A travers l’art, les jeunes du Sénégal s’expriment sur le changement climatique

A l’occasion de la Journée mondiale de l’enfance, 100 jeunes des pays du Sahel se réunissent pour débattre sur le changement climatique

Lalaina F. Andriamasinoro
Climate change
UNICEF Senegal/2020/Tremeau
17 novembre 2021

DAKAR (Sénégal), le 17 novembre 2021 – "Chez nous, le réchauffement climatique nous détruit, nous devons parcourir des kilomètres pour trouver de l’eau de puits, des enfants meurent sous les ravages de la famine, des jeunes émigrent tournant le dos à leur famille, pendant ce temps, chez les pêcheurs, on ne tire que des filets vides".

Ces mots rythmés ressortent de la plume de Siga Diop, 18 ans, participante au grand débat en ligne sur le changement climatique mené par les jeunes du Sahel, dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de l’enfance.

A travers la poésie et le slam, Siga a tenu à attirer l’attention des responsables à tous les niveaux sur l’impact dévastateur du changement climatique, "déjà ressenti par les enfants et les jeunes du Sénégal" explique-t-elle.

"Un stylo et des mots pour un avenir meilleur. J’aime bien mettre en voix notre cri du cœur et faire entendre les rêves des enfants. Je reste convaincue que l’art est un des meilleurs moyens qui nous permettent de faire entendre notre voix et de mieux faire passer le message" ajoute-t-elle.

Mariama, 19 ans, a pour sa part opter pour les dessins afin d’illustrer la problématique de l’érosion côtière dans certaines parties du Sénégal.

"L’avancée de la mer affecte déjà le mode de vies des populations dans plusieurs régions du pays. Des actions doivent être prises maintenant, sinon, des communautés entières risquent de courir à la catastrophe. Il est important pour nous que les dirigeants du monde entier voient en images ce que ces communautés endurent au quotidien" explique-t-elle. 

Ils sont au total quinze adolescents et jeunes à représenter le Sénégal dans le cadre de ce débat public en ligne, qui regroupe une centaine de jeunes des pays de la région du Sahel.

Des séries de débats ont été – en amont - organisés au niveau national afin d’aider les jeunes à mener leur propre plaidoyer. Le débat public sera animé à cette occasion par Juan Gomez, animateur et producteur de Radio France internationale, et verra la participation d’experts et de responsables à tous les niveaux.

Le Sénégal est sujet à des vulnérabilités chroniques et saisonnières, principalement dues au changement climatique. L’érosion des côtes commence à prendre forme dans certaines régions du pays, mettant à mal les moyens de subsistance de certaines communautés. La sécheresse affecte les régions du nord, du centre et de l'est, provoquant une insécurité alimentaire et nutritionnelle, mettant les jeunes enfants et les femmes en danger de malnutrition.

Les inondations sont plus fréquentes dans les zones urbaines des régions de l'ouest et du centre pendant la saison des pluies : au moins 150 000 personnes risquent d'être touchées par les inondations chaque année et 20 000 par des épidémies.

Au Sénégal, l’UNICEF a récemment conduit une série de consultations auprès d'environ 6,000 jeunes et adolescents dans les régions touchées par les chocs climatiques (érosion côtière, sécheresse) afin de recueillir leur perception sur la question du changement climatique et de porter leur voix auprès des responsables à tous les niveaux.

Certains d’entre eux, dont Moustapha Mangassy, 21 ans, vont rejoindre le groupe des jeunes du Sahel pour porter la voix des jeunes dans ce combat. 

"Chaque voix de la communauté compte. Le changement climatique nous impacte tous. Il se manifeste par la rareté des pluies, des canicules comme celui que nous vivons actuellement, une montée du niveau de la mer causant des inondations et d’autres catastrophes, qui menacent notre survie et notre environnement. Il est donc indispensable que nous nous engagions pour limiter les dégâts" a-t-il déclaré.

"Les enfants et les jeunes sont des citoyens à part entière. Il est primordial de donner une voix aux enfants et de reconnaître qu'ils ont leur mot à dire dans l'action climatique. Ils doivent avoir l'espace nécessaire pour diriger et participer à toutes ces actions en tant qu'agents pour un changement positif, en tant que partenaire à part entière du gouvernement pour la cause des pays en développement victime du changement climatique produit par les nations plus développées" a déclaré Georges Gonzales, représentant adjoint de l’UNICEF au Sénégal.

Dans un récent rapport intitulé "la crise climatique est une crise des droits de l’enfant", l’UNICEF a appelé tous les acteurs à agir à leurs niveaux respectifs. 

Les gouvernements doivent veiller à ce que les politiques environnementales soient adaptées aux enfants. Les entreprises doivent s'assurer que leurs pratiques protègent l'environnement naturel dont dépendent les enfants. Les émissions de gaz à effet de serre et les polluants environnementaux doivent être considérablement réduits. Les services destinés aux enfants doivent intégrer la résilience climatique et la durabilité environnementale. Les écoles doivent éduquer aux compétences vertes.

"Chaque action que nous prenons maintenant peut donner aux enfants une longueur d'avance pour éviter de pires défis à l'avenir" a conclu M. Gonzales.

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