Mayahi, modèle d'un Niger « Ami des enfants »
Au Niger, les chefs traditionnels sont les gardiens des valeurs culturelles
En plein cœur du Niger, là où les traditions séculaires rencontrent les enjeux du développement moderne, le Dr Issa Gado Sabo, Chef de Canton de Mayahi, redéfinit le rôle des autorités coutumières. À travers l’initiative « Sultanat et Cantons amis des enfants », il transforme son influence en un outil pour la protection des plus vulnérables.
Ce vendredi matin, la cour du chef de canton de Mayahi respire la sérénité. Dans cet espace où la tradition rencontre la modernité, le Dr Issa Gado Sabo, à la tête du Canton depuis janvier 2023, reçoit l’imam de la grande mosquée. L’entretien est studieux : l’imam prépare le sermon du jour. Aujourd'hui, il ne s’agira pas seulement de spiritualité, mais de l’importance pour les parents d’inculquer une éducation de qualité aux enfants. Les deux hommes profitent de cette audience pour élargir les horizons, ils échangent sur d’autres thématiques que l’imam vulgarisera auprès des autres imams du canton : la coexistence pacifique, le mariage des enfants et la santé maternelle.
Au Niger, les chefs traditionnels sont les gardiens des valeurs culturelles et sont très écoutés dans leurs communautés. Depuis plus d'un an, dans le cadre d'un partenariat étroit avec l'UNICEF soutenu par la Coopérations Allemande, ces leaders se sont mobilisés à travers l’initiative « Sultanat et Cantons amis des enfants ».
Pour le Dr Issa Gado Sabo, cet engagement est un devoir : « Le plus important pour nous, c’est que les gens sachent que les autorités coutumières peuvent et doivent jouer un rôle important dans le développement, et surtout en ce qui concerne la santé de la mère et de l’enfant », explique-t-il avec conviction.
Le canton de Mayahi est une vaste toile de plus de 200 villages administratifs, complétée par plus d'une centaine de hameaux. Chaque entité dispose d'un chef de village, créant une structure pyramidale sous le leadership du Dr Sabo. C'est ici, au cœur des foyers, que se jouent les droits des femmes et des enfants.
« Dans la plupart des cas, les litiges familiaux affectant les femmes et les enfants sont réglés par les autorités coutumières », note le Chef de Canton. Il reconnaît qu'il arrive que certains droits soient opprimés. Sa mission ? Veiller à ce que toute sa structure administrative soit imprégnée de ces thématiques de protection. « Si le chef est engagé, il veillera à ce que toute la structure existante travaillant sous sa direction soit bien informée et s'engage pleinement. Si c'est le cas, soyez assurés qu'il y aura une réduction des violences. »
L'engagement du Dr Issa Gado Sabo ne se limite pas aux discours.
Face aux difficultés liées aux pénuries de sang, qui peuvent aggraver les risques pour les mères et les enfants, le Chef de Canton a mobilisé la communauté, y compris la diaspora et les volontaires locaux. En une année, 24 missions de terrain ont été organisées et 990 poches de sang collectées. Derrière ces chiffres, il y a des femmes mieux prises en charge, des enfants qui ont une chance supplémentaire de survivre, et une communauté qui comprend que la protection de la vie commence aussi par la mobilisation locale.
Qu’il s’agisse d’éducation ou de santé, le Chef de Canton est en alerte permanente. Informé par les services techniques, il n'hésite pas à lancer des missions de médiation pour résoudre des problèmes de scolarisation ou pour lever des résistances face à la vaccination.
« Chaque fois que nous voyageons à travers le canton, c'est l'occasion pour nous d'attirer l'attention des familles sur l'éducation », affirme-t-il.
Cette approche repose sur une conviction simple : les changements durables prennent racine lorsque les communautés elles-mêmes s’approprient les messages, lorsque les leaders locaux les portent, et lorsque les familles comprennent que protéger les enfants, c’est investir dans l’avenir de toute la communauté.
À Mayahi, l’initiative « Sultanats et Cantons amis des enfants » montre qu’il est possible de bâtir des ponts entre tradition et droits de l’enfant. Elle montre aussi que les autorités coutumières peuvent devenir des alliées décisives pour prévenir le mariage des enfants, encourager la scolarisation, promouvoir la santé maternelle et infantile, et renforcer la protection au sein des familles.
Dans la cour du chef de canton, les échanges continuent. Des messages partiront vers les mosquées, les villages, les familles et les hameaux, portés par les voix des imams, des chefs de village, des relais communautaires et des parents.
À Mayahi, la tradition ne regarde pas seulement vers le passé. Elle devient un levier pour construire un avenir où chaque enfant peut grandir protégé, en bonne santé, éduqué et reconnu dans ses droits.