Zahra CHEIKH MALAININE
Cheffe de Section Communication, Plaidoyer et C4D
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Bonjour. Pouvez-vous vous présenter et nous dire depuis combien de temps êtes-vous à l’UNICEF ?
Je m’appelle Zahra Cheikh Malainine, Socio-économiste de formation, j’occupe la fonction de Cheffe de section Plaidoyer et Communication au sein de l’UNICEF.
Entre l’UNICEF et moi c’est une histoire qui dure depuis 7 ans ! avant cela, je travaillais pour des multinationales à l’international puis pour le Secrétariat des Nations-Unies en tant que conseillère humanitaire et manager de l’information.
En quoi consiste votre travail et comment contribuez-vous au bien-être des enfants ?
Bonne question ! A l’UNICEF, lorsqu’on dit « communication », on ne pense pas uniquement à la visibilité de l’organisation.
Cela va bien au-delà ! Je chapaute en ce moment une équipe de 36 personnes (incluant les consultants) qui s’occupe de la communication externe et digitale, du plaidoyer stratégique auprès des décideurs, du changement de comportements des communautés et des normes sociales mais également du volet participation de la jeunesse.
Cela fait beaucoup de choses, assez hétérogènes, je vous le concède ! Mais toutes convergent vers un objectif commun : travailler dans l’ombre pour mettre la lumière sur les problématiques, amplifier la voix de ceux qui ne sont que rarement audibles, promouvoir les droits notamment auprès des plus vulnérables et plaider auprès des preneurs de décisions pour que chaque enfant en Mauritanie puisse jouir de ses droits : où qu’il soit et qui qu’il soit.
Vous êtes la cheffe de la section plaidoyer et communication, qui est la vitrine de l'UNICEF en Mauritanie et aussi un poste généralement exercé par le personnel international dans la plupart des bureaux de l'UNICEF. Comment assumer cette responsabilité ? Quels sont les enjeux et comment les surmontez-vous ?
Vous avez raison ! Je suis l’unique Cheffe de section à être également mauritanienne, mais aussi la plus jeune.
C’est d’abord et avant tout une marque de confiance que l’UNICEF m’accorde et j’en suis reconnaissante.
Mais c’est aussi- j’ose espérer- le fruit de plusieurs années de travail.
J’ai intégré l’UNICEF en 2014 en tant que spécialiste communication et plaidoyer, je n’avais à l’époque ni équipe ni budget. Et la manière d’exercer ce métier n’était pas la même.
J’ai dû bousculer quelques codes, démontrer l’importance de certaines initiatives, innover, y croire, parfois échouer et recommencer.
Une fois sa légitimité gagnée au sein de l’organisation, il faut gagner sa place auprès des partenaires et des homologues gouvernementaux. Ce n’est pas aisé d’être jeune et d’être femme à certaines tables. Comment surmonter cela ? A force de détermination, de professionnalisme et d’amour du travail bien fait. En gardant en ligne de mire son objectif, même les roseaux les plus réticents finissent par plier !
Mon équipe et moi-même gérons aujourd’hui des projets phares de l’organisation, participons aux processus stratégiques les plus importants et accompagnons le gouvernement dans plusieurs de ses initiatives clés.
Nous avons également réussi à imposer notre image dans l’espace public et notre ton dans la sphère digitale.
UNICEF n’est plus uniquement connu en Mauritanie pour avoir son logo sur les maillots du Barça (rires !)
Quelle a été votre expérience la plus positive depuis que vous êtes à ce poste ?
Vous me posez une colle ! Il y’en a tant !
Je pourrais vous parler du centre SAFIA et de la fierté que c’est de voir une idée que vous avez griffonné sur le bord d’un carnet se transformer en réalisations pour près de 3000 filles déscolarisées de Nouakchott.
Je pourrais vous parler de notre détermination à répondre à la pandémie COVID et comment en 48h nous avons réussi à mettre sur pied un centre d’appels répondant aux normes internationales et qui a permis pendant 6 mois de sauver des vies et répondre aux sollicitations de plus d’1,5 millions de mauritaniennes et mauritaniens.
Je pourrais aussi humblement vous parler de la victoire que c’est de faire pénétrer des jeunes mauritaniens de tout horizon dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale pour crier au perchoir la Mauritanie qu’ils souhaitent. C’est pour moi, chaque année, un moment très émouvant !
Je pourrais enfin vous parler du sentiment profond de joie en tant que manager quand un jeune staff que vous avez encadré et épaulé décroche le poste de ses rêves à l’international.
Mais je pense, malgré tout, que les missions de terrain restent ce qui me fait le plus vibrer. Parcourir ce pays. Mon pays ! Ecouter un chef de village vous dire son combat quotidien pour garantir l’accès à l’eau à sa communauté.
Suivre une sage-femme qui a vu naitre tous les enfants d’un village pendant les vingt dernières années. Rencontrer une survivante de violences sexuelles qui vous attrape la main et vous raconte son histoire…Ce contact direct avec les communautés et avec la réalité permet de gagner en humilité et remet l’essentiel au centre. Ils sont ce pourquoi nous faisons ce métier.
Pour une femme désireuse de faire carrière dans votre domaine, quelles sont, selon vous, les compétences et qualifications indispensables pour réussir dans ce rôle ?
Il n’est de compétences et qualifications spécifiques aux femmes. Les femmes sont des Hommes comme les autres.
Pour quiconque souhaitant faire mon job, outre la formation initiale, je pense que l’essentiel est de renforcer ses compétences en leadership, ses capacités d’analyse et ses qualités rédactionnelles.
Il est aussi important d’être ouvert aux autres et au monde, de rester alerte, d’innover et toujours se donner les moyens de ses ambitions.
L’humilité est aussi une condition sine qua none à cette fonction. Surtout lorsqu’on travaille sur les normes sociales. Il en va du respect des communautés.
Un dernier élément clé : Garder la foi. Le changement prend du temps…et de l’énergie ! Il est des jours où la frustration nous pousse à vouloir baisser les bras. Il faut savoir trouver en soi la volonté de continuer, aussi lentes soient les avancées.
Que diriez-vous aux femmes qui veulent rejoindre l'UNICEF et participer à la promotion de la cause des enfants ?
Nous-autres femmes avons tendance à nous sous-estimer et nous autocensurer.
A être victime du « syndrome de l’imposteur » et toujours penser ne pas mériter notre place autour de la table.
Nous remarquons que lors des processus de recrutement, les candidatures féminines sont moindres.
Lorsque nous posons la question autour de soi, nous avons droit à des « Je n’ai pas le profil », « Ce n’est pas pour moi », « Ils ne me recruteront jamais ».
Il est grand temps que cela cesse ! La Mauritanie regorge de talents…. et de talents féminins !
Toute femme qui porte en elle cette vocation et qui est désireuse de s’investir pour la cause des enfants, des femmes et des plus vulnérables en travaillant pour UNICEF ne doit aucunement hésiter à postuler lorsqu’une opportunité se présente.
Et ne pas hésiter à recommencer quand sa candidature n’est pas retenue la première fois…