Une nouvelle crise se développe dans le département du Centre en Haïti
Alors que les groupes armés renforcent leur emprise sur Mirebalais et Saut d'Eau, des milliers d'enfants sont déplacés. L'UNICEF et ses partenaires répondent en fournissant une aide vitale.
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Hinche, 16 mai 2025 – Les habitants de Mirebalais, une petite commune du département du Centre en Haïti, se souviennent de manière vivante du jour où leur vie a changé à jamais. Le 31 mars 2025, des groupes armés ont lancé une attaque coordonnée sur la ville. Rien n'était hors de portée des armes. L'hôpital de Mirebalais, la station de police et la prison ont été attaqués et restent inaccessibles à ce jour ; des maisons et des véhicules ont été incendiés.
Pris dans les tirs croisés, les gens ont fui avec peu de choses, seulement ce qu'ils pouvaient emporter. Selon le système de suivi des déplacements de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), pPlus de 51 000 personnes, dont 27 000 enfants, sont désormais déplacées dans le département du Centre, avec plus de 12 500 personnes bloquées dans près de cent sites de déplacement spontanés. Beaucoup dorment à l'extérieur ou trouvent refuge dans n'importe quel bâtiment accessible – y compris des écoles – avec un accès limité à l'eau potable, à la nourriture et aux services essentiels.
Malgré d'énormes défis, l'UNICEF est présent sur le terrain depuis début avril et travaille en étroite collaboration avec les autorités locales et les partenaires pour fournir une assistance urgente aux familles déplacées et aux communautés hôtes, et pour restaurer un semblant de normalité à des milliers d'enfants dont la vie a une nouvelle fois été bouleversée par la violence.
La réponse de l'UNICEF
Pour répondre aux besoins croissants, l'UNICEF a déployé une équipe d'urgence multisectorielle à Hinche, avec des missions à Boucan-Carré, l'une des zones les plus durement touchées, pour coordonner, évaluer et initier une réponse. À la fin du mois d'avril, l'UNICEF avait atteint plus de 8 500 personnes avec des interventions vitales dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l'eau et de l'assainissement, de la protection de l'enfance, de l'éducation et de la communication pour le changement de comportement.
Services de santé et de nutrition en première ligne
En collaboration avec Caritas et les autorités sanitaires locales, l'UNICEF a déployé des cliniques mobiles de santé dans les sites de déplacement à Hinche et Boucan-Carré. Plus de 400 personnes ont déjà reçu des consultations dans les sites de déplacement, y compris des soins pédiatriques, des dépistages de malnutrition, des conseils prénataux et des vaccinations. Les équipes de santé mènent également des sessions de sensibilisation à la prévention du choléra et du paludisme.
À Boucan-Carré, où 12 000 personnes déplacées internes (PDI) ont été enregistrées, l'UNICEF prévoit d'intensifier la couverture mobile de santé. Des kits médicaux d'urgence envoyés depuis Cap-Haïtien aideront à traiter jusqu'à 30 000 patients dans les hôpitaux surchargés de Hinche, Cange et Boucan-Carré au cours des trois prochains mois.
Protéger le bien-être mental des enfants
Les enfants déplacés portent les cicatrices psychologiques de la violence, du déplacement et de la peur. Certains ont vu leurs amis recrutés par des groupes armés ; beaucoup redoutent le même sort. L'UNICEF, en partenariat avec l'Institut de Bien-être Social et de Recherche et la Croix-Rouge haïtienne, offre un soutien psychosocial et des activités récréatives pour aider les enfants à surmonter cette épreuve et à se sentir à nouveau en sécurité.
Depuis le 25 avril, plus de 1 200 enfants dans neuf sites à Hinche ont participé à des activités de groupe, des jeux et des séances de conseil individuelles visant à soutenir leur bien-être psychosocial.
Restaurer l'éducation au milieu de la crise
Avec plus de 40 écoles servant actuellement de refuges pour les déplacés, l'accès des enfants à l'éducation a été gravement perturbé. En réponse, l'UNICEF et les autorités locales de l'éducation ont élaboré un plan pour réintégrer les enfants déplacés dans les écoles existantes et fournir une éducation non formelle lorsque cela est nécessaire.
Après des consultations avec les directeurs d'école, des centaines d'enfants déplacés ont déjà repris les cours à Hinche. À Boucan-Carré, la réouverture progressive des écoles est coordonnée avec la relocalisation des familles déplacées.
Eau potable et hygiène
L'accès à l'eau potable reste essentiel. L'UNICEF, par l'intermédiaire de son partenaire Caritas, a livré plus de 13 000 litres d'eau potable et distribué des kits d'hygiène dans les sites de déplacement. Des agents de santé communautaires animent également des séances de promotion de l'hygiène pour prévenir la propagation des maladies d'origine hydrique comme le choléra.
Changement de comportement et engagement communautaire
Plus de 1 400 personnes ont été sensibilisées avec des messages vitaux sur le lavage des mains, le traitement de l'eau et la prévention des maladies. L'UNICEF forme également le personnel local de la Protection civile et de la Croix-Rouge pour soutenir les interventions psychosociales et assurer la redevabilite envers les populations touchées.
Défis et contraintes d'accès
Les conditions de sécurité demeurent volatiles. Les groupes armés continuent de contrôler certaines parties du département du Centre, limitant l'accès aux communautés vulnérables et restreignant l'espace humanitaire. Les principales routes reliant Hinche à Mirebalais, Lascahobas et la ville frontalière de Belladère sont impraticables en raison de la présence de groupes armés, ce qui restreint les déplacements et retarde l'aide humanitaire. Les équipes humanitaires dépendent de routes alternatives et de négociations locales pour atteindre les personnes dans le besoin.
Un appel au soutien
Plus d’un million de personnes en Haïti – dont la moitié sont des enfants – ont été déplacées par la violence. L’ampleur de la crise humanitaire qui se déroule dans le pays est inimaginable. Et alors que la violence armée s’étend au-delà de Port-au-Prince et de l’Artibonite, l’avenir des enfants d’Haïti semble plus incertain que jamais.
Une action urgente est nécessaire – non seulement pour fournir une aide vitale, mais aussi pour trouver des solutions à moyen terme à la crise croissante des déplacements. Les autorités et les acteurs humanitaires doivent unir leurs efforts pour soutenir à la fois les familles déplacées et les communautés hôtes qui leur ont ouvert leurs portes.
La réponse d'urgence de l'UNICEF dans le département du Centre nécessite 1,2 million de dollars US au cours des six prochains mois pour soutenir chaque enfant vulnérable. À ce jour, seulement 295 000 dollars US ont été sécurisés, soit moins de 25 % de ce qui est nécessaire.
Sans financement urgent et flexible, des milliers d'enfants resteront sans soins de santé de base, sans eau potable, sans éducation et sans protection. L'UNICEF appelle les donateurs et les partenaires à intensifier leur soutien pour garantir une réponse rapide et soutenue pour les enfants d'Haïti.