La voix des déplacés

Affrontements entre gangs armés, les déplacés nous parlent.

Ndiaga Seck
Une jeune fille dans le site des déplacés.
UNICEF/UN0632316
09 mai 2022

Depuis le 24 avril, des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants ont été contraints de fuir leur foyer alors que des affrontements entre gangs rivaux éclataient dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, en Haïti. Quelque 9 000 personnes ont été déplacées de Croix-des-Bouquets, Tabarre et Cité Soleil en raison de l'insécurité. Au 3 mai, 752 personnes dont au moins 124 femmes et 200 enfants ont trouvé refuge sur neuf sites autour de Clercine à Tabarre. En 10 jours, 10 enfants ont été tués, dont six en une seule journée.

En Haiti, un demi-million d’enfants ont perdu l'accès à l'éducation en raison de la violence liée aux gangs. Près de 1 700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince alors que des affrontements entre gangs rivaux ont éclaté depuis fin avril.

Une jeune fille dans le site des déplacés.
UNICEF/UN0632313
Marceline S. a 12 ans, elle souhaite rentrer chez elle et retourner à l'école.

« Je voudrais rentrer et retourner à l’école »

« Je m’appelle Marceline S., j’ai 12 ans. Ma maman a été obligée de fuir avec nous pour que nous ne soyons pas victimes des affrontements entre les gangs.  Nous avons emprunté des routes détournées pour que les hommes armés ne nous voient pas. Sinon, ils allaient nous forcer à rester dans la zone et nous tirer dessus. Ils brûlent des maisons et tuent des innocents. Ils ont fait beaucoup méchanceté.

Je ne peux pas rester à la maison car il y a beaucoup de tirs et c'est pourquoi, je suis ici malgré tout. Je n’aime pas l’endroit où l’on se trouve maintenant parce que les gens se disputent et font beaucoup de bruit. J’aimerais que tout redevienne normal pour que je puisse rentrer chez moi et retourner à l'école. Mon rêve est d’étudier la médecine pour aider mes parents ».

Quelque 93 familles déplacées ont trouvé refuge dans l'école privée du site de Kay Castor, dont 145 enfants dont beaucoup ont moins de cinq ans. Ils vivent dans des conditions précaires sans hygiène et assainissement adéquats, sans accès aux services de base, sans eau potable et sans intimité pour les femmes et les enfants avec un risque accru de violences basées sur le genre.

Une femme dans le site des déplacés.
UNICEF/UN0632314
Morose G. agée de 42 ans a fui son quartier à cause de l'insécurité.

« J’ai six enfants and nous avons tous fui les mains vides »

« Je m’appelle Morose G., et j’ai 42 ans. J’ai été obligée de partir de chez moi pour venir dans cet abri provisoire à cause des tirs qu’il y’a chaque jour dans la zone. J’ai six enfants and nous avons tous fui les mains vides. Avec l’insécurité dans la zone, les écoles sont fermées, alors les enfants ne peuvent pas s’y rendre. J’avais peur dans mon quartier à cause de l’insécurité et les violences sexuelles. Heureusement, nous n’avons pas ce type de problème ici.

Nous voudrions recevoir une assistance financière pour nous réorganiser, trouver un autre endroit où nous loger pour que les enfants puissent être en sécurité. Si les autorités veulent répondre à notre requête, nous aimerions qu’elles choisissent un autre endroit pour nous, ou qu’ils nous donnent un petit appui financier afin qu’on puisse se rendre en province et nous installer là-bas».

Les femmes et les enfants de la capitale haïtienne craignent pour leur vie et celle de leurs enfants. Ils souffrent d'enlèvements, de maisons incendiées, de meurtres et de déplacements, car leur vie est constamment mise en danger par la violence persistante des gangs urbains. Déjà touchées par les effets néfastes du COVID-19, en plus des catastrophes naturelles du pays, les familles haïtiennes continuent de fuir pour sauver leur vie.

Une jeune femme aide un enfant déplacé.
UNICEF/UN0632319
Desire, une infirmière déplacée, participe aux activités sur le site de personnes déplacées en aidant d'autres femmes et des enfants.

« L’unique option que nous avions, c’était de quitter nos maisons »

 « Je m’appelle Desire M., et j’ai 30 ans. La raison pour laquelle je suis là de manière inattendue, c’est qu’après mon boulot samedi soir, nous avons entendu beaucoup de coups de feu… L’unique option que nous avions, c’était de quitter nos maisons pour venir dans cet endroit avec le risque de ne pas avoir à manger ou à boire. Vous pouvez remarquer qu’il y’a des femmes enceintes, des enfants et même des nouveau-nés. Je ne connais pas la cause de ces affrontements à l’arme à feu, mais nous étions obligés d’évacuer la zone pour ne pas être victimes.

La vie ici n’est pas satisfaisante mais on s’y fait comme on peut. Ce lieu n’est pas adéquat pour toutes ces personnes, nous dormons à même le sol sans couvertures, les enfants risquent d’attraper le rhume avec les fenêtres ouvertes et le vent qui souffle… Beaucoup d’entre eux ont attrapé une grippe sévère et risquent une pneumonie en dormant presque nus sur le sol. Les enfants n’ont pas la possibilité d’aller à l’école parce que les parents n’ont pas assez d’argent pour les envoyer à l’école. Sans rien à manger, les familles sont obligées d’acheter l’essentiel avec ce qu’elles ont en main, dont des couches de bébé, du lait, etc. Tous ces gens sont traumatisés par la situation et c’est pourquoi, ils ne pensent à envoyer leurs enfants à l’école ».

En Haïti, l'avenir des enfants est menacé par les gangs. L'insécurité prive des milliers d'enfants de leur éducation. De nombreuses écoles de la capitale restent vides en raison de la violence des gangs, occupées par les gangs ou par les familles déplacées.  

Un staff UNICEF parle à un déplacé.
UNICEF/UN0632318
Un staff de l'UNICEF discute avec Nelson J. sur sa situation depuis les affrontements entre les gangs.

« En cours de route, nous avons été dépouillés par les bandits »

« Je m’appelle Nelson J., et j’ai 32 ans. Nous étions entrain de dormir quand nous avons entendu les détonations d’arme à feu, les gens hurlaient dehors. Je ne pouvais pas sortir parce qu’il faisait encore nuit. Le matin, j’ai pris ma femme, mes enfants et quelques affaires pour quitter la zone mais en cours de route, nous avons été dépouillés par les bandits. Je n’ai gardé que le drap pour le bébé. Je vis depuis dimanche avec la famille sur ce site et je ne sais pas si ma maison a été détruite ou pas.

Avant ces affrontements, je vivais bien, j’avais une boutique et les affaires marchaient bien. Maintenant, pour nourrir ma famille, je dois aller quémander. C’est frustrant car ma famille et moi ne sommes pas habitués à vivre dans la précarité. »

L'UNICEF et son ONG partenaire OCCED'H ont organisé des activités psychosociales pour aider les enfants déplacés à oublier leur calvaire et les horreurs dont ils ont été témoins.

Des enfants en train de sourire en participant à des activités psychosociales.
UNICEF/UN0632309
Des enfants participent à des activités psychosociales organisées par l'UNICEF et son partenaire OCCED'H sur le site de personnes déplacées de Kay Castor à Port-au-Prince, en Haïti.

« Les familles, les femmes et les enfants ont peur de sortir de chez eux, les enfants ont peur d'aller à l'école. Aucun enfant ne peut aller à l'école alors que des balles volent en l'air, c'est dangereux et cela ne doit pas l'être », a dit Bruno Maes, Représentant de l'UNICEF en Haïti.