Une journée aux côtés d’un vaccinateur au Mali

Aller jusqu’au bout pour que chaque enfant, où qu’il vive, puisse se faire vacciner.

Fatou Diagne
Un homme face camera
UNICEF/Keïta
22 avril 2020

Adama Traore habite à Sadiola, un village situé dans la région de Kayes, dans l’ouest du Mali. Cela fait plus de dix ans qu’il exerce, dans le centre de soins communautaire, le métier de vaccinateur.

« Quand j’étais petit, une famille pauvre habitait dans le voisinage. Un jour, l’un des enfants est soudainement tombé malade. Éruption cutanée, yeux rouges, forte fièvre : il avait attrapé la rougeole, mais ses parents n’avaient pas les moyens de l’emmener à l’hôpital et de lui acheter des médicaments. Au bout d’une semaine, un voisin a eu la bonté de conduire l’enfant à l’hôpital. Celui-ci a eu la chance de guérir sans aucune séquelle, mais son grand frère, atteint de la même maladie deux ans plus tôt, ne s’en était pas sorti. C’est ce qui m’a motivé par-dessus tout à devenir vaccinateur. »

Un homme se déplace a moto
UNICEF/UN0293883/Keïta

Aujourd’hui, Adama va rejoindre des enfants vivant dans les mines d’or de Massakama.

S’il a décidé de devenir vaccinateur, c’est pour améliorer la santé des enfants de sa communauté. « Beaucoup de familles viennent vivre et travailler sur ce site d’orpaillage. Leurs enfants sont complètement coupés du monde et privés de tout accès aux soins. »

 

Un homme manipule des vaccins
UNICEF/UN0293874/Keïta

À 7 h 30, Adama quitte son domicile pour se rendre au centre de soins communautaire de Sadiola, où il récupère sa moto. Avant de prendre la direction de Massakama, il s’arrête au centre de soins communautaire de Kobokotossou, le plus proche de sa destination finale, pour y récupérer les vaccins. Grâce au soutien du Canada, l’UNICEF a équipé ce centre d’un réfrigérateur solaire qui permet de stocker les vaccins à température constante.

 

Un homme charge des boites de vaccins sur une moto
UNICEF/UN0293870/Keïta

Si Adama a déjà parcouru 60 kilomètres, Massakama se trouve encore à 50 kilomètres de là. Sur sa moto, Adama a arrimé solidement sa glacière contenant les vaccins. Il transporte également son registre de vaccination et une boîte de gants. « Avant de me mettre en route, je m’assure d’avoir bien fixé mon chargement et je vérifie que j’ai tous les vaccins vitaux dont je pourrais avoir besoin : coqueluche, tuberculose infantile, tétanos, poliomyélite, rougeole et diphtérie, hépatite, rotavirus, pneumonie, fièvre jaune et méningite. En effet, chacun d’eux peut sauver la vie d’un enfant. »

 

Une homme cicule a moto
UNICEF/UN0293866/Keïta

Il est 8 h 30 et, en plein soleil, la température avoisine déjà 40 degrés Celsius. Adama commence alors une course contre la montre. L’objectif : arriver à Massakama et vacciner le plus d’enfants possible afin d’être rentré avant le coucher du soleil. La route qu’il doit emprunter est mauvaise, isolée et dépourvue d’infrastructure. C’est un trajet dangereux.

 

Un homme sur sa moto
UNICEF/UN0293915/Keïta

Après deux heures de route, Adama arrive enfin sur le site de Massakama, épuisé mais déterminé.

 

Une jeune fille travaille dans une mine d'or
UNICEF/UN0293787/Keïta

Situées près de la frontière avec le Sénégal, les mines d’or de Massakama accueillent chaque jour plus de 2 000 personnes, y compris des familles avec leurs enfants. Il n’y a ni école ni centre de santé à proximité. Bon nombre d’enfants n’ont d’autre choix que de travailler sur ce site, privés de leurs droits à la protection, à l’éducation, à la survie et au développement. Mariam*, 14 ans, est orpailleuse depuis cinq ans maintenant et elle n’est jamais allée à l’école. « Je veux partir d’ici, parce que je suis fatiguée. Je rêve d’aller à l’école comme mes amis. »

 

Vue aerienne d'une mine
UNICEF/UN0293865/Keïta

À peine descendu de moto, Adama se retrouve entouré de mères et d’enfants.

« Je viens d’arriver sur le site et mon enfant n’a jamais été vacciné », raconte la maman d’un petit garçon de 6 mois. « On m’a dit que trois adolescents du Sénégal avaient eu la rougeole et que si je ne faisais pas vacciner mon fils, il risquait d’attraper cette maladie et d’en mourir. »

 

Une homme vaccine un enfant qui est porté par sa mere.
UNICEF/UN0293785/Keïta

Dans son registre, Adama inscrit le nom de chaque enfant vacciné et consigne les renseignements nécessaires. Lorsque son stock est épuisé, il note les vaccins qu’il devra prévoir à sa prochaine visite.

À 14 heures, Adama indique aux parents qu’il reviendra dans une semaine. Il range son matériel sur sa moto et rentre à Sadiola avant la tombée de la nuit.

« Adama fait un excellent travail », se réjouit le chef du village de Massakama. « Ici, les parents à la recherche d’or travaillent tous les jours et restent jusqu’à très tard. Sans cette solution de vaccination mobile, la plupart d’entre eux n’auraient jamais eu l’occasion de faire vacciner leurs enfants. »

 


L’UNICEF et ses partenaires, à l’image de Gavi, soutiennent le Ministère de la santé en vue de fournir directement des vaccins aux enfants les plus isolés et les plus vulnérables. Dans la région de Kayes, seuls 41 % des enfants ont reçu tous les vaccins nécessaires pour rester en bonne santé.

*Le nom et l’âge de cette personne ont été modifiés.

 

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