Trouver le moyen d’arriver à l'école en Palestine

Près de 25 % des garçons de 15 ans ne vont plus à l’école.

Par Anees Barghouthi
Marwan traverse un checkpoint.
UNICEF/UN0222686/Izhiman

26 juillet 2018

Hébron, Palestine, le 26 juillet 2018 – « Si ce checkpoint est fermé, j’irai à un autre, mais je trouverai un moyen [d'arriver à l’école] », déclare Marwan, 14 ans.

Marwan vit dans la ville d’Hébron, en Cisjordanie, dans la zone dite « H2 », dont la population est estimée à 40 000 personnes.

Pour rejoindre leur école, Marwan et ses camarades doivent passer les checkpoints de sécurité qui jalonnent la zone H2.

Parfois, des heurts se succèdent aux jets de pierre. À ce risque s'ajoute celui pour les enfants d’être retenus au checkpoint ou d’être victimes de harcèlement et de violence sur le trajet qu’ils effectuent deux fois par jour.

« Si ce checkpoint est fermé, j’irai à un autre, mais je trouverai un moyen [d'arriver à l’école] »

Marwan assis sur le toit de sa maison pour étudier.
UNICEF/UN0222667/Izhiman
Marwan s’assoit sur le toit de sa maison pour étudier. Ce lieu lui offre le calme qui lui fait défaut à l’intérieur ou à l'extérieur de chez lui. Il vit en effet avec ses parents, cinq frères et sœurs, sept membres de la famille de son oncle et une autre famille de trois personnes.
Trouver un chemin sûr pour se rendre à l’école

« Quand je vais à l’école, j’attends deux de mes amis pour me déplacer en groupe. Bien sûr que je réfléchis à ma situation et au fait que d’autres enfants n’ont pas à subir ce que je vis », me confie-t-il sur le toit de sa maison. 

Ce sont les vacances d'été, mais il lit un manuel scolaire pour la rentrée. Le toit lui offre le calme qui lui fait défaut à l'intérieur ou à l’extérieur de la maison.

« Je ne peux pas étudier pendant la journée [...] alors en général, j’attends que tout le monde soit endormi pour avoir un peu de tranquillité », m’explique-t-il. Il vit en effet avec ses parents, cinq frères et sœurs, sept membres de la famille de son oncle et une autre famille de trois personnes.

Son père, Mufid, soutient pleinement le désir de ses six enfants de poursuivre leurs études, mais tout cela a un prix.

« Je suis fier de mes enfants mais je ne cesse de m’inquiéter pour eux à cause des violences. Je ne sais pas comment elles affecteront leur vie. »

En vue de contribuer à la protection des enfants et à la sécurisation de leur trajet jusqu'à l'école, l’UNICEF et ses partenaires déploient une présence protective dont bénéficient quelque 8 000 enfants en Cisjordanie. Des bénévoles sont présents aux checkpoints et, dans certaines zones, ils accompagnent même les enfants jusqu’à l’école.

« C’est une simple présence, mais cela fait que l’on y réfléchit à deux fois avant de provoquer une altercation ou un retard », déclare Katya*, bénévole suisse de 41 ans pour trois mois dans la région.

Marwan avec son petit frère âgé de 8 ans.
UNICEF/UN0222675/Izhiman
Marwan et son petit frère de 8 ans, Hamid, s'approchent d'un checkpoint situé au bout de leur rue.
Ne jamais baisser les bras

Marwan est bien décidé à ne pas laisser la situation venir troubler son éducation. « Je dois continuer d’aller à l'école, cela me permet de former mon esprit », déclare-t-il. « J'aimerais être photographe plus tard, et pour ça, j’ai besoin d'étudier. » 

Pour certains enfants et leur famille, cette difficulté est parfois celle de trop, celle qui les conduit à arrêter l'école. Les adolescents, notamment, sont ceux qui ont le plus de risques d’interrompre leur scolarité.

Un nouveau rapport de l’UNICEF, intitulé State of Palestine: Country Report on Out of School Children et rédigé en coopération avec le Ministère palestinien de l’éducation et de l’enseignement supérieur, révèle qu’à 15 ans, un garçon sur quatre ne va plus à l’école. De plus, il montre que les garçons entre 14 et 15 ans représentent près de la moitié des enfants déscolarisés alors même que l’école est obligatoire jusqu'à 15 ans.

Toujours selon le rapport, la piètre qualité de l’éducation, souvent perçue comme non pertinente pour les jeunes, les violences physiques et émotionnelles perpétrées par les professeurs et les élèves et le conflit armé font partie des raisons qui conduisent à rompre avec l’école.

Si Marwan a atteint l’âge « à risque », il ne doute pas de sa capacité à réussir. « Apprendre, je ne trouve pas ça dur, mais le plus difficile, vu la situation, c’est d’arriver à l’heure en classe. »

* Le nom a été modifié