Intervention et prévention : lutter contre le choléra en Haïti

Objectif ultime : éliminer le choléra en Haïti à l’horizon 2022

Par Cornelia Walther
A woman and man in Haiti
UNICEF Haiti/2017/Bradley

10 mars 2017

DÉPARTMENT DU SUD-EST/LA MONTAGNE, Haïti, le 10 mars 2017 – « Se laver les mains avant de manger et de nourrir le bébé, se laver les mains après s’être soulagé, utiliser Aquatabs pour purifier l’eau. » Mademoiselle Desloges, 64 ans, n’a aucun mal à réciter, d’une voix calme et légèrement monotone, les actions qui les protègeront du choléra, sa famille et elle.

Elle semble parfaitement au fait de ce qu’il faut faire et ne pas faire et cependant son mari, Emmanuel, s’est senti mal la nuit précédente et a été emmené au Centre de traitement des diarrhées aiguës de Jacmel pour une suspicion de choléra.

Après une réhydratation par voie intraveineuse, son état s’est stabilisé et après quelques jours passés au centre et une thérapie par réhydratation orale, il pourra rentrer chez lui.

>> En savoir plus sur les besoins humanitaires des enfants en Haïti

epuis janvier 2017, 88 équipes mobiles d’intervention rapide sont opérationnelles dans tout le pays
UNICEF Haiti/2017/Bradley
Depuis janvier 2017, 88 équipes mobiles d’intervention rapide sont opérationnelles dans tout le pays. Ces équipes se concentrent sur les communes les plus à risque, notamment dans les régions touchées par l’ouragan Matthew en octobre 2016.
Une intervention rapide

Comme tout cas suspect de choléra, celui d’Emmanuel a déclenché le mécanisme d’intervention rapide standard établi en 2013 en Haïti et mis en œuvre depuis dans tout le pays avec des résultats encourageants. 

« Lorsque nous arrivons dans une localité, nous commençons par rendre visite à la famille du patient. Nous interrogeons ses proches sur la base d’un questionnaire standard contenant des questions sur des sujets comme les pratiques d’hygiène dans le foyer, le point d’eau habituel de la famille, d’éventuels voyages récents du patient et de sa famille, le métier du patient, etc. », explique René Colon, 32 ans, qui travaille au sein de l’équipe d’intervention rapide de Solidarités International depuis 2014. « Le but est d’identifier la cause de l’épidémie aussi rapidement que possible afin d’éviter toute nouvelle propagation de la maladie. »

Depuis janvier 2017, 88 équipes mobiles d’intervention rapide sont opérationnelles dans tout le pays. Ces équipes se concentrent sur les communes les plus à risque, notamment dans les régions touchées par l’ouragan Matthew en octobre 2016. Chaque équipe est composée à la fois de représentants d’ONG et du gouvernement afin de permettre une intervention efficace et coordonnée.

UNICEF Haiti/2017/Bradley

Lorsque l’équipe d’intervention arrive dans une localité, elle commence par rendre visite à la famille du patient et interroge ses proches sur des questions telles que les pratiques d’hygiène dans le foyer, le point d’eau habituel de la famille, etc.

Protéger les familles et les voisins

Lorsque René a terminé l’entretien, son collègue Renie Fodoas, 35 ans, désinfecte systématiquement la maison du patient et son environnement immédiat au chlore pour éliminer tout résidu du virus du choléra. Cette étape est cruciale pour empêcher les autres membres de la famille de tomber malades.

« La dernière étape de notre visite est la sensibilisation et la prévention. Nous ne faisons pas que parler, nous montrons concrètement aux gens comment ils peuvent se protéger contre le choléra », précise Josepha Bellita, 28 ans, qui représente le Ministère de la santé au sein de l’équipe. 

 « Les gens savent souvent ce qu’il faut faire. Mais dès que la menace imminente du choléra est levée, ils retombent dans leurs anciens travers comme puiser l’eau à une source non protégée et ne pas la purifier », soupire-t-elle.

Après la séance de démonstration, la famille se voit remettre des doses de chlore pour un mois, du savon et un seau muni d’un couvercle dans lequel l’eau peut être traitée avant d’être utilisée.

Avant le départ de l’équipe mobile, Josepha administre une dose d’antibiotiques à chacun des membres du foyer dans le but d’établir un « bouclier d’immunité » de quinze jours et d’interrompre la chaîne de transmission.

L’équipe désinfecte systématiquement la maison du patient et son environnement immédiat au chlore pour éliminer tout résidu du virus du choléra
UNICEF Haiti/2017/Bradley
L’équipe désinfecte systématiquement la maison du patient et son environnement immédiat au chlore pour éliminer tout résidu du virus du choléra. Après la séance de démonstration, la famille se voit remettre des doses de chlore pour un mois, du savon et un seau muni d’un couvercle dans lequel l’eau peut être traitée avant d’être utilisée.
Isoler les bactéries

En appliquant le protocole décrit non seulement à la maison de la famille du patient, mais aussi aux habitations situées à proximité directe, l’équipe d’intervention rapide établit un « cordon sanitaire ».

Ou comme le dit Renie : « Nous cherchons à isoler les bactéries et à protéger les voisins du patient. » Après avoir traité les maisons, son équipe et lui continueront d’inspecter le village à la recherche d’autres cas de diarrhée aiguë et de morts suspectes.

Dans les zones de résurgence massive du choléra, les équipes mobiles retournent voir les familles après leur visite initiale pour effectuer un suivi post-distribution. Le but est de vérifier que les foyers et les autres personnes à l’intérieur du cordon sanitaire se souviennent des mesures préventives et les mettent en œuvre.
 

A patient receives treatment.
UNICEF Haiti/2017/Bradley
A patient receives treatment. In the past few years the number of suspected cholera cases has continuously decreased - from over 350,000 suspected cases in 2011 to just over 41,000 cases in 2016.
Travailler ensemble pour éliminer le choléra

Depuis 2010, l’UNICEF soutient le Gouvernement haïtien dans sa lutte contre le choléra, notamment dans le cadre de l’élaboration du Plan national d’élimination du choléra en 2013.

Au cours des dernières années, le nombre de cas suspects de choléra n’a cessé de diminuer, passant de plus de 350 000 en 2011 à un peu plus de 41 000 en 2016.

Les progrès réalisés sur le long chemin vers l’éradication de la maladie n’auraient pas été possibles sans le soutien permanent de généreux donateurs comme la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (ECHO) et le partenariat solide avec le Gouvernement haïtien, le système des Nations Unies et six partenaires non gouvernementaux.

Malgré cette tendance positive, nous ne pouvons relâcher nos efforts : il reste tant à accomplir pour protéger les enfants de La Montagne, leurs familles et tous les habitants d’Haïti et pour éliminer le choléra à l’horizon 2022. 

>> Soutenez les opérations d’aide de l’UNICEF après le passage de l’ouragan Matthew en Haïti