Il faut tout un village : sauver la vie des nouveau-nés au Pakistan

Dans une région où le taux de mortalité des nouveau-nés est élevé, la formation de tous les agents de santé locaux sauve des vies.

Par Fatima Shahryar
 Une mère tient son nouveau-né dans les bras, Pakistan
UNICEF Pakistan/2018/Saiyna Bashir

20 octobre 2018

BAHAWALNAGAR, Pendjab (Pakistan), le 4 octobre 2018 – « Il y a deux ans, j’ai perdu mon bébé âgé de 5 jours », raconte Mafia Bibi, mère de trois enfants. « C’était la deuxième fois que je perdais un nouveau-né dans les quelques jours suivant la naissance. »

La perte de ses enfants l’un après l’autre pour des raisons inconnues s’est révélée si douloureuse pour Mafia Bibi qu’elle voulait être sûre de ne pas concevoir de nouveau avant un certain temps. C’est pourquoi elle s’est tournée vers son amie Razia, agente de santé communautaire – ou « Dame  agente de santé » comme on les appelle au Pakistan – pour obtenir des conseils sur l’espacement des naissances.

« Je connais Razia depuis plusieurs années maintenant, mais je ne lui avais jamais réellement demandé d’aide. Pour chaque accouchement, je me rendais chez mes parents, dans un autre village », explique-t-elle. « Cette fois-là, lorsque je lui ai demandé conseil, elle s’est montrée très douce et m’a patiemment guidée. Deux ans se sont écoulés avant que je ne retombe enceinte. »

Conformément aux recommandations de Razia, Mafia Bibi a par la suite accouché dans un établissement de santé, sous la supervision d’un médecin. Ses accouchements précédents s’étaient tous déroulés à domicile, sans professionnel de l’accouchement. Razia lui a également expliqué comment s’assurer que son bébé reste en aussi bonne santé que possible.

« J’allaite mon nouveau-né exclusivement au sein. Il s’appelle Mohammad Ramzan et il a maintenant 1 mois », explique Mafia Bibi.

Une agente de santé communautaire s’adresse à un groupe de femmes et d’enfants au Pakistan.
UNICEF Pakistan/2018/Saiyna Bashir
Razia Sardar, « Dame agente de santé » dans le village de Fateh Kot, informe les femmes de sa communauté lors d’une rencontre d’un groupe de soutien.
Des taux de mortalité de nouveau-nés élevés

Fateh Kot, le petit village où vit Mafia Bibi, se trouve à quelques kilomètres de la frontière avec l’Inde. La population vit essentiellement de l’élevage de bétail et d’emplois d’ouvrier. Beaucoup d’habitants vivent dans la pauvreté et n’ont pas accès à l’éducation ou aux connaissances concernant la santé et les pratiques d’hygiène. Respectant des traditions ancestrales, la plupart des femmes s’appuient sur les conseils des anciens pour l’accouchement, ce qui peut représenter un risque pour la santé de la mère et de l’enfant.

Le Pakistan est l’un des pays où le taux de mortalité des nouveau-nés est le plus élevé au monde. À Bahawalnagar, sur 1 000 naissances vivantes, environ 106 nourrissons meurent avant l’âge de 1 an, un chiffre supérieur à la moyenne de la province et du pays. Cela s’explique en partie par une pénurie de professionnels de l’accouchement qualifiés et par un faible taux d’allaitement maternel, de vaccination et de soins anténatals.

Pour augmenter le taux de survie des nouveau-nés et améliorer les soins de santé qui leur sont prodigués, l’UNICEF et ses partenaires ont formé tous les agents de santé communautaires de Bahawalnagar et leurs supérieurs à l’amélioration des soins des nourrissons à domicile. Les agents de santé ont reçu des fiches de conseils illustrées pour les aider à guider les mères du village.

Dans le cadre de ce projet, l’UNICEF a également fourni des thermomètres, des balances, des projecteurs portables pour diffuser des vidéos éducatives, ainsi que des minuteurs pour l’infection respiratoire aiguë permettant le diagnostic précoce des pneumonies par les agents de santé locaux et les établissements de santé.

Une agente de santé pèse un bébé sous les yeux de sa mère, Pakistan
UNICEF Pakistan/2018/Saiyna Bashir
Razia pèse un bébé à l’aide d’une balance.
De nouveaux conseils pour les jeunes mamans

Razia Sardar, l’agente de santé communautaire au village de Fateh Kot, est l’une des 1 400 personnes formées par l’UNICEF. Razia raconte son expérience : « Je travaille ici depuis 14 ans. À chaque fois qu’une nouvelle intervention ou amélioration est mise en place, je me renseigne et j’informe les femmes de mon village. »

Les agents de santé communautaires comme Razia organisent désormais régulièrement des rencontres de groupes de soutien auxquelles participent les mères et les femmes enceintes. Elles y reçoivent des conseils sur la santé maternelle, néonatale et infantile.

« Au départ, c’était très dur, car certaines femmes n’étaient pas autorisées par leur famille à participer à mes séances, tandis que d’autres écoutaient sans suivre les conseils », raconte Razia. « Ce fut un parcours difficile, mais utile, car tous les membres de ma communauté, femmes comme anciens, me font désormais confiance et viennent me voir pour me demander des conseils et des services. »

Grâce à de nouveaux équipements et à des moyens renforcés, les agents de santé communautaires contribuent désormais à l’augmentation du nombre de naissances en présence de professionnels qualifiés, et à la réduction des taux de mortalité infantile et post-infantile.

« Dans mon village, tous les enfants sont vaccinés, les femmes enceintes demandent activement des conseils en matière de soins de santé et les nouveau-nés reçoivent les meilleurs soins possibles à domicile », affirme Razia. « De plus, toutes les mères allaitent leurs nouveau-nés au sein, ce qui constitue pour moi une grande fierté. »


Le projet « Améliorer l’état de santé des nouveau-nés grâce aux soins à domicile » a pu être mis en place grâce au financement de Johnson & Johnson, en collaboration étroite avec le programme intégré de santé procréative, maternelle, néonatale et infantile (IRMNCH) du Pendjab. L’UNICEF prévoit de déployer le projet dans les autres districts de la province du Pendjab et dans d’autres provinces du Pakistan.