Enceintes et déplacées dans le nord-est du Nigéria

Après avoir fui les violences dans leur ville natale, des femmes n’ont d’autre choix que d’accoucher dans des camps dangereux et surpeuplés.

Par Kusali Kubwalo
La pesée d’un bébé dans un dispensaire du Nigéria
UNICEF/UN0233276/Naftalin

23 octobre 2018

BORNO, Nigéria, 17 octobre 2018 – Hauwa Bukhar attend patiemment avec sa petite fille, Haishat, et d’autres femmes assises sur une rangée de chaises dans un dispensaire situé dans le camp de personnes déplacées de Muna Garage, à Maiduguri, au Nigéria. Elles sont venues pour une consultation. La plupart d’entre elles sont mères, et toutes ont enduré l’épreuve d’être forcées à fuir de chez elles.

Le camp de Muna Garage héberge plus de 35 000 résidents. Le conflit qui ravage le nord-est du Nigéria a provoqué le déplacement d’au moins 1,76 million de Nigérians qui ont été dépossédés de leurs biens après le pillage de leur village. Pour eux, la vie ne sera plus jamais la même. La majorité des personnes déplacées vit dans l’État de Borno, épicentre de la crise. C’est ici que se trouve le camp de Muna Garage.

Hauwa et sa famille ont été déplacées il y a un an. Un groupe armé a assailli leur village et emporté avec lui le bétail et des villageois, pour la plupart des jeunes femmes. Hauwa a réussi à s’enfuir, mais elle a tout perdu, dont quatre de ses enfants lorsqu’ils ont été séparés. La jeune femme a fini par retrouver ses enfants et son mari au bout de quatre mois interminables, et la famille s’est installée dans le camp de Muna Garage.

« Ces quatre mois ont été les pires mois de ma vie, je ne savais pas si mes enfants avaient été enlevés ou tués », nous confie-t-elle, à travers les larmes.

Une sage-femme confie un nouveau-né à sa mère, au Nigéria
UNICEF/UN0233279
Aisha Mustafa, agente de santé, tend Haishat à Hauwa dans un dispensaire soutenu par l’UNICEF à Muna Garage, un camp de personnes déplacées à Maiduguri, dans l’État de Borno, dans le nord-est du Nigéria.
Accoucher dans des camps surpeuplés

« C’est difficile pour ces femmes, mais nous faisons de notre mieux pour les aider. Les femmes enceintes ont besoin d’espace, de confort et de tranquillité d’esprit, mais les femmes qui vivent dans le camp sont privées de tout cela. C’est encore pire lorsqu’elles doivent accoucher la nuit », témoigne Aisha Mustapha Kolo, sage-femme dans l’un des dispensaires du camp.

Ces quatre mois ont été les pires mois de ma vie, je ne savais pas si mes enfants avaient été enlevés ou tués.

La nuit, aucun service de santé n’est disponible dans le camp, car les déplacements deviennent trop dangereux pour les agents de santé une fois le soleil couché. Les femmes pour qui le travail commence la nuit doivent donc accoucher chez elles. D’autres décident d’accoucher chez elles quoi qu’il arrive en raison de croyances traditionnelles. Mais la plupart des résidents du camp vivent dans une simple hutte avec des toilettes partagées. Cela signifie que de nombreuses femmes doivent donner naissance à leur bébé dans des sanitaires collectifs.

Cela fait un peu plus d’un an qu’Aisha travaille dans le dispensaire. Selon elle, 600 naissances et 10 décès d’enfants de moins de 5 ans ont eu lieu dans le camp en 2017. Aucun décès de nouveau-né n’a été enregistré cette année-là, mais la plupart des mères qui perdent leur bébé chez elles peu de temps après sa naissance ne signalent pas le décès de l’enfant au centre de santé.

Une sage-femme pèse un nouveau-né dans un dispensaire au Nigéria
UNICEF/UN0233278/Naftalin
Aisha pèse la petite fille d’Hauwa durant un examen de santé au dispensaire. « Elle est en parfaite santé », indique la sage-femme.
Une fin heureuse

Aujourd’hui, Aisha examine la petite fille d’Hauwa, qui est « en parfaite santé ».

« C’est mon sixième enfant. Mais cette grossesse a été la plus difficile, je n’étais pas sûre que mon bébé allait survivre », confie Hauwa. « J’ai eu de la chance, elle est arrivée pendant la journée et j’ai pu accoucher ici, au dispensaire. »

L’histoire d’Hauwa fait partie des rares histoires qui se terminent bien. Beaucoup de mères ont des histoires tragiques à raconter.

L’UNICEF soutient le gouvernement de l’État de Borno en fournissant des soins de santé primaires dans les deux dispensaires installés dans le camp de Muna Garage ainsi que dans les quelque 50 autres camps situés dans les États de Borno, d’Adamawa et de Yobe, les États les plus touchés par la violence. Ce soutien comprend la formation des agents de santé, l’approvisionnement des dispensaires en médicaments, fournitures et matériel d’urgence, et le versement d’allocations mensuelles aux volontaires qui travaillent dans les camps et dans les zones récemment libérées. Il inclut en outre le traitement des maladies courantes, la mise en place de services de vaccination, l’apport de soins anténatals et postnatals, et de soins pendant l’accouchement, l’approvisionnement des dispensaires en suppléments de vitamine A et en comprimés vermifuges, l’organisation de campagnes de sensibilisation à l’hygiène, la mobilisation des communautés et la fourniture de services d’orientation, notamment pour l’entretien des ambulances.

Quelque 7 000 nouveau-nés meurent chaque jour à travers le monde. Faites entendre votre voix afin d’exiger que chaque mère et chaque nouveau-né aient accès à des soins de santé abordables et de qualité.