Des vaccins pour sauver des vies

Au Mali, la vaccination dans les lieux de rassemblement comme des marchés permet de sauver des vies d’enfants

Par Fatou Diagne
Un bébé sourit
© UNICEF/UN0296662/Keïta

26 avril 2019

KAYES, Mali - « J’ai perdu mon premier enfant d’une maladie que je ne connaissais pas. Mon mari m’a expliqué que c’était en lien avec sa respiration », dit Aminata, les yeux remplis de larmes.

Il est 9h du matin et le marché du quartier Kayes plateau, est déjà bondé de femmes venues écouler leurs marchandises. La plupart d’entre elles sont accompagnées de leurs tout-petits. Aminata Soumaré, 16 ans, est vendeuse de céleri. Elle est déjà maman et son mari Abdoulaye Traoré, 45 ans, est gardien dans une radio privée de la ville.

Ils ont eu 2 enfants, dont Mariam Traoré, 10 mois, qui n’a pas encore été vaccinée. Leur fille aîné, Doussouba Traoré, est décédée d’une pneumonie à 45 jours.

Cette douloureuse expérience vécue par Aminata et Abdoulaye n’est malheureusement pas un cas isolé. Au Mali, un enfant sur 10 meurt avant de célébrer son 5ème anniversaire de causes pour la plupart évitables. Seulement 45 % des enfants âgés de 12 à 23 mois reçoivent tous les vaccins de base et 14 % ne reçoivent aucun vaccin.

Une homme et une femme sont assis. Un enfant est sur les genoux de l'homme.
UNICEF/UN0296668/Keïta
Aminata et Abdoulaye, ici avec leur fille Mariam, ont déjà perdu un premier enfant à cause d'une pneumonie

A Kayes, la situation est encore plus problématique : seuls 41 % des enfants ont reçu tous les vaccins de base. Les difficultés d’accès aux soins pour les familles les plus vulnérables et le manque d’information et de sensibilisation des parents constituent les principales barrières à la vaccination complète des enfants.

Pour parer à ce problème, l’UNICEF au Mali et ses partenaires ont identifié 11 districts comptant le plus grand nombre d'enfants n’ayant pas reçu de vaccins. Dans ces districts, l’UNICEF a – en étroite collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé, l’alliance Gavi, le gouvernement du Canada, USAID et d'autres partenaires – mis en œuvre des approches innovantes telles que la vaccination dans des lieux de rassemblement.

« Pour susciter un changement de comportement chez les parents, il faut d’abord essayer de comprendre leur réalité.  »

L’organisation de campagnes de vaccination dans des lieux comme les marchés est particulièrement bénéfique pour des personnes comme Aminata, dont la journée débute à 6 heures du matin par la vente des petits gâteaux à la gare routière et se finit bien après la fermeture du marché. « Je ne trouve jamais le temps d’aller au centre de santé. Le seul salaire de mon mari ne nous permettait pas de nous nourrir ne serait-ce qu’une semaine », confie Aminata.

« Pour susciter un changement de comportement chez les parents, il faut d’abord essayer de comprendre leur réalité et les relais communautaires jouent un rôle de sensibilisation primordial », explique Fatoumata Diagouraga, relai communautaire pour le Centre de santé communautaire du quartier de Kayes plateau.

Deux femmes dans un marche discutent. L'une d'entre elles tient un bebe dans ses bras
© UNICEF/UN0296698/Keïta
Fatoumata Diagouraga, discute avec Aminata, au marché Kayes.

 « La semaine dernière, j’ai été abordée par Fatoumata. Elle m’a demandé si Mariam était vaccinée et je lui ai répondu non », déclare Aminata. « Je lui ai raconté ce qui était arrivé à ma fille aînée, et elle m’a expliqué que si elle avait été vaccinée, elle aurait pu être sauvée. Alors, dès que j’ai aperçu l’équipe de vaccination aujourd’hui, je suis allée à leur rencontre pour que Mariam puisse recevoir ses vaccins. »

Abdoulaye, lui-même atteint de polio, a conscience de l’importance de la vaccination.

« Si mes parents avaient eu accès à ce type de service de vaccination, je pense que je n’aurais jamais eu cette maladie. Une goutte de polio dans la bouche aurait pu m’éviter ce handicap aujourd’hui », confie-t-il. « Je souhaite que Mariam grandisse en bonne santé, qu’elle fasse des études et qu’elle devienne – peut-être – ministre. »


Au Mali, le taux de couverture vaccinale est passé de 39 % en 2013 à 45 % en 2018 chez les enfants âgés de 12 à 23 mois depuis la mise en place d’approches nouvelles et innovantes telles que la création de registres numériques des enfants vaccinés, l’utilisation d’équipes de vaccination mobiles pour atteindre les populations vivant dans des zones difficiles à atteindre, l’utilisation des frigos solaires pour conserver les vaccins à  une température optimale, la mise en place de sessions de vaccination dans des lieux de grand rassemblement (marchés, écoles, mosquées et principales gares routières) et l’utilisation de la téléphonie mobile pour rappeler aux parents le calendrier de vaccination de leurs enfants.