Sagalou : Agir ensemble contre les épidémies

Avec l’appui d’ECHO, UNICEF aide le gouvernement djiboutien à améliorer l’accès à l’eau potable et à réduire les maladies hydriques

UNICEF Djibouti
Dans le village de Sagalou, dans la région de Tadjourah à Djibouti, Madina, mobilisatrice communautaire du Croissant-Rouge djiboutien, sensibilise la communauté aux bonnes pratiques d’hygiène pour prévenir les maladies hydriques et les épidémies, à l’aide d’une « boîte à images », lors de séances de porte-à-porte.
UNICEF Djibouti / Agence Neuvième
03 novembre 2025

Abdallah Mohamed, gardien du forage du village de Sagalou, se souvient des sentiments partagés qui ont traversé les habitants de son village et des hameaux voisins l’année dernière : « Cette épidémie a été un véritable choc. D’abord, nous avons connu la stupeur, puis la honte, et enfin la colère face à l’apparition inattendue de cas de diarrhée aiguë en octobre 2024. »  

A Sagalou, cette crise sanitaire a cependant marqué un tournant : une prise de conscience collective.  

Les leaders et relais communautaires, les enseignant·e·s, le personnel de santé ainsi que l’ensemble des habitant·e·s se sont mobilisé·e·s pour faire face à cette urgence sanitaire. Toutes et tous ont compris que leur village, le plus peuplé de la sous-préfecture de Lac Assal avec environ 5 200 habitants, était devenu vulnérable face à la propagation de la maladie. Il était urgent d’agir. 

Madina, mobilisatrice communautaire du Croissant-Rouge djiboutien, explique : «  Mon rôle est d’informer la population sur les bonnes pratiques d’hygiène pour éviter les maladies, à l’aide d’une boite à images je vais à la rencontre des habitants directement chez eux, malheureusement, j’ai déjà rencontré des familles qui ont perdu des enfants à cause des maladies liés à l’eau. Quand une maman me dit qu’elle a changé ses habitudes pour protéger ses enfants, je me dis que notre travail est important. » 

 

Une habitante du village de Sagalou à Djibouti, ayant perdu un de ses enfants à cause de la diarrhée aiguë aqueuse.
UNICEF Djibouti / Agence Neuvième Une habitante du village de Sagalou à Djibouti, ayant perdu un de ses enfants à cause de la diarrhée aiguë aqueuse.

Abdallah tient à exprimer sa profonde gratitude envers les autorités régionales de Tadjourah, l’hôpital régional et l’UNICEF car leur intervention rapide a permis de contenir l’épidémie, d’assurer l’accès aux soins dans les postes de santé local, et de maintenir la continuité des services éducatifs pour les enfants. Toutefois, il rappelle que cette crise a révélé une problématique structurelle majeure : un système d’Adduction d’Eau Potable (AEP) en panne. En effet, le village ne dispose que de quelques puits traditionnels non protégés contre les contaminations, fournissant une eau de mauvaise qualité et insuffisante pour répondre aux besoins croissants de la population.

Halima, commerçante locale, met également en lumière la fragilité du contexte environnemental. Sagalou, bordé de palmiers et situé en aval de plusieurs oueds, est particulièrement exposé aux aléas climatiques. En 2018, le village a été durement touché par le cyclone Sagar, une tempête tropicale qui a provoqué des inondations soudaines, des dégâts matériels importants et une dégradation des conditions sanitaires. Ce phénomène a renforcé la vulnérabilité des habitant·e·s, déjà confrontés à des conditions difficiles. 

Abdallah Mohamed, gardien du forage et de la pompe à eau du village de Sagalou à Djibouti.
UNICEF Djibouti / Sibylle Desjardins Abdallah Mohamed, gardien du forage et de la pompe à eau du village de Sagalou à Djibouti.

Sagalou, un point de passage sur une route migratoire active 

Les jeunes du village expliquent que Sagalou sert de refuge temporaire à de nombreuses personnes en mobilité, notamment des personnes en transit vers les pays du Golfe. Cette dynamique favorise la transmission et la diffusion de maladies, accentuant les risques sanitaires tant pour les communautés locales que pour les personnes en mobilité. 

Soutenu par la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO), l’UNICEF, avec l’appui du Croissant Rouge Djiboutien (CRD) et d’autres partenaires, a renforcé la promotion des bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement, procédé à la désinfection des points d’eau à risque, et entrepris la réhabilitation du système d’approvisionnement en eau du village. Ces travaux comprennent la remise en état du réseau de distribution et du réservoir d’eau, la construction de deux bornes-fontaines, ainsi que le raccordement du centre de santé au réseau. « Nous avons partagé nos doléances lors des dialogues communautaires et sollicité l’appui des autorités locales et nationales », explique Abdallah. Pour lui, comme pour les jeunes du village, la création de Comités de Gestion des Points d’Eau (CGPE), les campagnes de désinfection et les sensibilisations aux bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement sont essentielles pour la bonne santé des habitant.e.s du village comme pour les personnes de passages. 

Halima, habitante de Sagalou, se réjouit de l’installation prochaine des nouvelles bornes-fontaines : « Les longues corvées d’eau seront un mauvais souvenir ! » confie-t-elle avec soulagement. Mais au-delà du gain de temps et de confort, ce qui la rassure le plus, c’est de savoir que les femmes et les filles seront désormais mieux protégées contre les violences basées sur le genre (VBG). En effet, dans de nombreuses communautés, la corvée d’eau repose presque entièrement sur les épaules des femmes et des filles. Cette routine quotidienne les expose non seulement à l’épuisement physique, mais aussi à des risques accrus liées aux violences comme le harcèlement et les agressions physiques et sexuelles. L’installation de bornes-fontaines à proximité des habitations représente donc bien plus qu’un simple accès à l’eau potable : elle contribue à alléger la charge pesant sur les femmes et les filles, à renforcer leur sécurité, et à améliorer durablement les conditions de vie de toute la communauté. 

Grâce au soutien de la Direction générale de la protection civile et des opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO) de la Commission européenne, l’UNICEF appuie le gouvernement djiboutien dans sa prévention et réponse aux urgences sanitaires dans les régions de Tadjourah et d’Obock à Djibouti. Cet appui vise à garantir un accès durable à l’eau potable, à renforcer les capacités des communautés en matière de gestion et d’appropriation des services, et à promouvoir l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène, au bénéfice des communautés hôtes comme des personnes en mobilités. Au total, plus de 40 000 filles, garçons, femmes et hommes bénéficient directement de ces actions, contribuant ainsi à bâtir des communautés plus résilientes et mieux préparées face aux urgences sanitaires. 

Vue aérienne du village de Sagalou, à Djibouti.
UNICEF Djibouti / Agence Neuvième Vue aérienne du village de Sagalou, à Djibouti.
Vue aérienne du village de Sagalou, à Djibouti.
UNICEF Djibouti / Agence Neuvième Vue aérienne du village de Sagalou, à Djibouti.