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Coudre pour vivre, coudre pour rêver

Vivant avec le VIH depuis sa naissance, Stéphanie a trouvé dans la couture une voie vers l’autonomie, la dignité et l’espoir.

Aurelia Jessica Emmanuella ICKONGA
Stephanie à son atelier de couture
UNICEF/2025/ICKONGA
02 septembre 2025

Dans un paisible quartier périphérique [1] au nord de la ville de Brazzaville, le bruit régulier d’une machine à coudre accompagne les journées de Stéphanie [2] . Assise devant son atelier improvisé, elle sourit timidement. Dans la vingtaine, cette jeune femme a déjà traversé plus d’épreuves que beaucoup n’en connaissent au cours d’une vie entière. Mais aujourd’hui, chaque point de couture est une victoire, un pas vers l’autonomie et la dignité retrouvée.

Le Congo est l’un des pays les plus touchés par le VIH en Afrique de l’Ouest et du Centre, avec une prévalence estimée à 4,14 % dans la population générale, soit environ 149 730 personnes vivant avec le virus. Parmi elles, plus de 12 000 enfants de moins de 15 ans et près de 10 000 adolescents âgés de 10 à 19 ans. Les jeunes filles et adolescentes paient un tribut particulièrement lourd : elles sont deux fois plus exposées aux nouvelles infections que les garçons et représentent un quart de la mortalité maternelle. Le manque de connaissances sur le VIH, combiné à un faible recours au dépistage et aux services de santé sexuelle et reproductive, aggrave encore leur vulnérabilité.

Stéphanie connaît trop bien cette réalité. Née séropositive de parents eux-mêmes porteurs du virus, elle a grandi dans un climat d’incertitude et de fragilité. Après la mort de ses parents, ellea trouvé refuge auprès de ses proches. Son adolescence a été marquée par des échecs et des drames : un baccalauréat manqué, une grossesse interrompue, une rupture douloureuse. Ces épreuves l’ont plongée dans une dépression profonde qui a duré plus d’un an. Grâce à un suivi psychologique, elle a lentement retrouvé le goût de vivre et une force nouvelle.

Son rêve d’enfance était de devenir infirmière. Mais la vie l’a conduite vers une autre passion : la couture. Tout a commencé chez un cousin tailleur. Curieuse et appliquée, Stéphanie observait chaque geste, chaque découpe, chaque finition. Petit à petit, elle a appris à poser des boutons, à repasser les tenues, à réaliser les finitions. De fil en aiguille, elle est devenue son apprentie, puis a rejoint un maître tailleur avec lequel elle partageait ses premiers revenus.

Malgré sa détermination, la précarité persistait. « J’ai passé des jours sans manger, raconte-t-elle. Et cela mettait ma santé en danger car mes médicaments nécessitent une bonne alimentation. »

Le déclic est venu d’une rencontre. Lors d’une consultation, sa psychologue lui parle d’un projet financé par l’UNICEF et mis en œuvre avec l’ONG GSDR à Brazzaville et TSF à Pointe-Noire, sous la coordination du Programme national de lutte contre le sida (PNLS) et avec le financement de l’ONUSIDA. Ce projet prévoit d’accompagner, entre autres, 150 jeunes mères vivant avec le VIH et des jeunes filles à risque en soutenant le développement d’activités génératrices de revenus. Interrogée sur ce qu’elle aimerait faire, Stéphanie n’a pas hésité : « Si j’avais une machine, je pourrais travailler à mon compte et un jour ouvrir mon propre atelier. »

Grâce à une modeste subvention, elle a pu acheter une machine à pédales, quelques pagnes, des cintres et un peu de mercerie. C’est ainsi qu’elle a lancé sa petite activité. Mais la joie a été rapidement ternie par la stigmatisation. Elle a dû affronter la stigmatisation dans son entourage, en raison de sa séropositivité, dissuadant les clients de fréquenter son atelier et fragilisant son activité et ses revenus. Beaucoup venaient déposer des tissus puis repartaient en silence sans les récupérer. Ses revenus ont chuté au point qu’elle n’arrivait plus à payer son loyer. Forcée de quitter le quartier, elle est retournée vivre auprès de ses proches, où elle a décidé de rouvrir son atelier dans un environnement plus favorable.

Cette fois, les choses ont pris une tournure différente. Soutenue par son entourage et armée de courage, Stéphanie a pu fidéliser ses clients et développer ses créations. Elle confectionne désormais des vêtements pour les enfants et gagne suffisamment pour subvenir à ses besoins. « Cette machine m’a sauvé la vie, confie-t-elle. Elle m’a redonné confiance et l’envie de continuer à me battre. »

Le parcours de Stéphanie illustre les immenses défis auxquels font face les jeunes vivant avec le VIH, mais aussi leur force et leur résilience. Avec un accompagnement adapté – un soutien psychologique, un appui matériel et un accès garanti aux soins – il est possible de redonner espoir et dignité à des milliers de jeunes femmes comme elle. Aujourd’hui, la jeune fille continue de rêver : devenir styliste professionnelle, créer sa propre marque et, pourquoi pas, un jour, reprendre son premier rêve d’enfant, celui de soigner les autres.


[1] Le nom du quartier a été changé par soucis de confidentialité

[2] Ceci est un nom d’emprunt pour éviter tout acte de stigmatisation et de discrimination envers la personne