Conférence scientifique sur l’intégration des droits de l’enfant dans les politiques climatiques
Organisé par le ministère de l’Environnement et le Réseau Climat Océan Indien, avec l’appui de l’UNICEF et le financement de la KOICA, l’événement, couplé au lancement de la COY21, a réuni autorités, partenaires, chercheurs et plus de 200 jeunes engagés.
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Dans l’après-midi du 4 décembre 2025, l’hôtel Retaj de Moroni baignait dans une ambiance à la fois studieuse et stimulante. Après une matinée animée par les jeunes du Réseau Climat de l’Océan Indien (RCOI), qui avaient pris les rênes de la simulation de la COP avec enthousiasme et sérieux, la conférence scientifique de plaidoyer a rassemblé Gouvernement, partenaires, chercheurs et jeunes engagés dans un dialogue dynamique autour du climat et des droits de l’enfant, alliant expertise, engagement et volonté d’agir concrètement face aux défis climatiques aux Comores.
La conférence visait à répondre aux impacts croissants du changement climatique sur les droits des enfants en renforçant leur résilience et en intégrant leurs besoins et droits dans les politiques climatiques, à partir des données scientifiques, des témoignages d’enfants et de l’expertise institutionnelle.
Les discours d’ouverture ont donné le ton de la conférence, mettant en lumière un message central : pour une action climatique efficace, les enfants et les jeunes doivent être au cœur des politiques et des décisions.
Le Coordinateur du Réseau Climat Océan Indien (RCOI) a ouvert le bal en appelant les autorités à reconnaître pleinement l’engagement des jeunes : « Les jeunes ne sont pas seulement des bénéficiaires, mais des acteurs du changement et porteurs de solutions concrètes ».
Mustapha Ben Messaoud, Représentant de l’UNICEF aux Comores, s’est appuyé sur les données de l’Analyse du paysage climatique pour les enfants (CLAC) pour rappeler que les enfants comoriens figurent parmi les plus exposés aux risques climatiques, tout en restant insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques : « Derrière chaque statistique climatique, il y a un enfant : un enfant qui a soif, qui tombe malade ou qui ne peut plus aller à l’école ».
Par ailleurs, pour le ministère de la Jeunesse, représenté par Dr Ali Mohamed, la jeunesse constitue une force immédiate de transformation : « Il n’y a pas de Comores résilientes sans une jeunesse protégée, instruite et engagée dans la préservation de notre environnement ». De son côté, le ministre de l’Environnement, du Tourisme et de la Pêche, Aboubacar Ben Mahamoud, a insisté sur la responsabilité collective d’agir face à l’urgence climatique : « Nous sommes ici pour comprendre en profondeur les impacts du changement climatique sur les enfants afin d’y répondre de façon ciblée et d’agir plus vite ».
Enfin, Dr Edith Boni Ouattara, Cheffe de bureau de l’UNFPA aux Comores a élargi la perspective en rappelant la dimension humaine et sanitaire de la crise climatique : « Protéger les droits de l’enfant dans l’action climatique, c’est aussi protéger sa mère et garantir une naissance en sécurité, même après un cyclone ».
Pour conclure cette série de prises de parole, la parole donnée aux enfants a marqué les esprits. Une jeune participante à la simulation de la COP a rappelé que l’action commence dès le plus jeune âge : « Même petits, nous pouvons faire de grandes choses pour notre planète »
Panels : perspectives gouvernementales et scientifiques pour une action climatique centrée sur l’enfant
Le panel gouvernemental a permis de mettre en lumière les principaux défis et stratégies pour renforcer la résilience climatique aux Comores, en mettant particulièrement l’accent sur la protection et la participation des enfants.
Aboubacar Ben Mahamoud, ministre de l’Environnement, du Tourisme et de la Pêche, a rappelé que le pays fait face à des capacités techniques et financières limitées avec des difficultés d’accès aux financements internationaux destinés à des projets d’envergure. Mais il a rappelé que les Comores sont en première ligne du changement climatique et que la préparation n’est pas une option mais une urgence pour la survie et le développement du pays. « En attendant la solidarité internationale, il est essentiel de renforcer la conscience collective et l’action locale » a-t-il souligné.
Bacar Mvoulana, ministre de l’Éducation nationale, a insisté sur le rôle central de l’éducation dans la résilience durable : « Notre ambition est de faire des enfants comoriens non seulement des bénéficiaires, mais des acteurs pleinement engagés dans la transformation écologique ». Sa stratégie repose sur trois piliers : intégrer l’éducation climatique dans les programmes scolaires, renforcer les compétences pédagogiques des enseignants et impliquer les élèves et les communautés.
Les partenaires internationaux ont complété ces perspectives en mettant l’accent sur la dimension humaine et sociale de la crise climatique.
La Cheffe de bureau de l’UNFPA aux Comores a illustré l’impact concret des dérèglements climatiques : « Le changement climatique aux Comores, ce n’est pas une théorie (…) pour nous, c’est une femme enceinte qui marche dans la boue pour atteindre un centre de santé ; c’est un nouveau-né qui lutte contre une infection ; c’est un adolescent qui a perdu sa maison ». Elle a rappelé que pour répondre à ces situations, UNFPA déploie des sage-femmes supplémentaires, des cliniques mobiles et des soins adaptés pour protéger à la fois la mère et l’enfant.
Le Représentant de l’UNICEF aux Comores a souligné que la collaboration de l’organisation avec le pays repose sur plusieurs axes complémentaires pour renforcer la résilience face au changement climatique. Il a notamment insisté sur l’importance d’influencer les politiques publiques pour que les besoins des enfants soient systématiquement pris en compte, et de reconnaitre le rôle central des jeunes comme acteurs de transformation écologique : « Ces jeunes sont extrêmement capables, éveillés et moteurs », a-t-il affirmé, tout en soulignant que l’UNICEF accompagne les jeunes dans leur engagement. L’UNICEF protège également les communautés grâce à des mécanismes d’alerte, à l’amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’adaptation des écoles aux risques climatiques, tout en sensibilisant à la santé publique. « Nous aussi, entant qu’organisation, nous avons le devoir de réduire notre empreinte carbone en privilégiant les énergies vertes et en limitant l’usage des combustibles fossiles » a martelé le représentant de l’UNICEF.
Le panel scientifique s’est concentré sur la vulnérabilité des enfants face au changement climatique et sur les moyens de renforcer leur protection et celle des communautés. Les discussions ont abordé les impacts climatiques les plus récurrents aux Comores et leurs effets directs sur les enfants, en s’appuyant sur les données de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, la pêche et l'environnement (INRAAP). Les chercheurs du Centre National de Documentation et de Recherche Scientifique (CNDRS) ont mis en avant l’importance des savoirs locaux pour anticiper et réduire ces risques, tandis que les équipes universitaires ont présenté comment la recherche peut contribuer à renforcer la résilience des communautés et proposer des recommandations concrètes pour mieux protéger l’enfance. Un point central a également été la gestion durable et la restauration des mangroves, reconnues comme un levier essentiel pour protéger les enfants vivant dans les zones côtières face aux risques climatiques croissants.
Un autre moment fort de la conférence a été la désignation des Champions du Climat pour l’Enfance, des personnalités issues des sphères publiques, scientifiques, communautaires ou gouvernementales, appelées à devenir les porte-voix de la résilience climatique des enfants aux Comores. La clôture s’est effectuée lors d’un dîner de gala, célébrant les initiatives locales et le rôle des partenaires dans la promotion de la résilience climatique des enfants.