Comores : des communautés mobilisées pour renforcer leur résilience climatique

Grâce à des financements de l'UNICEF et de l’agence coréenne de coopération internationale (KOICA), les Comores multiplient les initiatives pour protéger les enfants et préparer les communautés aux chocs climatiques

Abderemane Soilihi Djae & Odette Kwizera
Séances de sensibilisation dans les écoles sur les causes et conséquences du changement climatique
UNICEF Comores/Inaya
28 novembre 2025

Cyclones plus violents, inondations récurrentes, pénuries d’eau, érosion du littoral : les Comores subissent déjà les effets du changement climatique, et les enfants restent les plus vulnérables face à ces crises.

Pour répondre à cette urgence, le Gouvernement de l’Union des Comores et l’UNICEF, avec le soutien financier de l’agence coréenne de coopération internationale (KOICA), ont lancé un vaste projet pluriannuel (2024–2027) visant à renforcer la préparation, la prévention et l’adaptation des communautés sur les trois îles.

Ces initiatives combinent le renforcement des services sociaux, l’implication active des jeunes, la sensibilisation des enfants dans les écoles et des actions participatives qui permettent aux communautés de mieux anticiper et gérer les risques croissants. Plusieurs interventions majeures illustrent déjà cette dynamique. 

 

Former les élèves à comprendre et agir face au changement climatique

Séances de sensibilisation dans les écoles sur les causes et conséquences du changement climatique
UNICEF Comores/Inaya Séances de sensibilisation dans les écoles sur les causes et conséquences du changement climatique
Séances de sensibilisation dans les écoles sur les causes et conséquences du changement climatique
UNICEF Comores/Inaya Séances de sensibilisation dans les écoles sur les causes et conséquences du changement climatique

Avec l’appui de l’UNICEF et le soutien financier de KOICA, le ministère de l’Éducation nationale a lancé une vaste campagne de sensibilisation au changement climatique dans 120 écoles préscolaires et primaires des îles de Ngazidja, d’Anjouan et de Mohéli, dans les zones les plus exposés aux risques climatiques.

Un groupe de formateurs composé d’inspecteurs pédagogiques et membres des clubs des adolescents et deux personnes ressources, à l’origine concepteurs des carte climats, ont formé des agents du ministère de l’éducation nationale aux outils confectionnés de sensibilisation sur les effets du changement climatique. 

Pendant plusieurs jours, ces agents ont sillonné les établissements scolaires pour sensibiliser les enfants aux causes et conséquences du changement climatique. Grâce à des posters colorés et des cartes de jeux ludiques spécialement conçues pour leur âge, les élèves ont pu découvrir les risques spécifiques auxquels la population comorienne – y compris eux-mêmes – est exposée, tels que les cyclones, l’érosion côtière ou la pénurie d’eau.

Ces outils pédagogiques ont permis aux enfants d’apprendre tout en s’amusant, en mémorisant plus facilement les gestes simples à adopter pour protéger la planète. Les séances, à la fois ludiques et interactives, mêlent sketches, jeux, contes, ateliers de dessin et discussions guidées. Chaque rencontre se conclut par un engagement collectif et la plantation d’arbres dans la cour de l’école, permettant aux enfants d’apprendre en passant à l’action.

Les enfants, sensibilisés aux enjeux environnementaux, traduisent désormais leurs apprentissages en paroles et en actions concrètes : « Aujourd’hui, j’ai compris que couper les arbres, c’est être l’ennemi de la planète. Mais quand on plante, on devient son ami », confie Zaïda, élève de CM2 à l’EPP Dzahadjou Oichili.  

Cette vaste campagne de sensibilisation étalée sur près d’une vingtaine de jours dans l’ensemble des trois iles vise à toucher plus de 28 563 250 élèves du pré primaire et du primaire afin de promouvoir des comportements éco-responsables dès l’enfance. Cette initiative s’accompagne de la préparation d’un curriculum et de livrets pédagogiques pour intégrer la thématique du changement climatique dans les programmes scolaires dès l’année prochaine. La réussite de cette opération repose sur une coordination étroite entre les directions régionales, les équipes locales et les conseils d’école, garantissant une couverture efficace des zones ciblées.

Dans le même esprit, le programme prévoit la modernisation des infrastructures de 11 écoles identifiées, qui recevront des kits informatiques complets (ordinateurs, imprimantes-photocopieurs, vidéoprojecteurs), des systèmes de connexion, des panneaux solaires ainsi que des armoires métalliques pour la conservation des matériels scolaires. Ces équipements permettront aux établissements de fonctionner en toutes circonstances et d’offrir aux élèves et enseignants un accès aux plateformes numériques éducatives développées dans le cadre du projet, renforçant ainsi l’impact de la sensibilisation et l’adoption des bonnes pratiques.

 

Dialogue communautaire : comprendre les risques pour mieux agir   

 Vue des participants au dialogue communautaire dans de la commune d’Itsandra Yahari- Moroni
UNICEF Comores/Odette kwizera Vue des participants au dialogue communautaire dans de la commune d’Itsandra Yahari- Moroni

La résilience commence au plus près des communautés. C’est dans cet esprit que la Direction Générale de la Sécurité Civile (DGSC), avec l’appui de l’UNICEF et le financement de KOICA, a lancé une série de dialogues communautaires dans les villages les plus exposés de Ngazidja, Anjouan et Mohéli.

Ces rencontres, organisées sous forme de débats ouverts, groupes de discussion et analyses participatives, permettent aux habitants d’identifier leurs vulnérabilités mais aussi leurs capacités d’action. L’utilisation de cartes de risques, de témoignages et d’outils visuels favorise une compréhension partagée des dangers locaux.

Les échanges réunissent chefs de villages, femmes leaders, jeunes, autorités locales et associations communautaires. Ensemble, ils définissent des solutions concrètes telles que la mise en place de comités de veille, le reboisement et restauration des mangroves, l’amélioration des voies d’évacuation ou encore le renforcement des systèmes d’alerte.

A Anjouan, ce dialogue a constitué une étape majeure dans la concertation et la coordination locale pour la réduction des risques. Les discussions ont révélé une volonté collective d’agir de manière proactive afin de renforcer la résilience des communautés. Les participants se sont engagés à identifier clairement les zones à risque, définir les rôles et responsabilités des différents acteurs, renforcer les capacités des communes pour anticiper et gérer les urgences, et promouvoir la prévention par la préparation et la sensibilisation communautaire.

Les échanges ont mis en évidence des préoccupations majeures des associations locales. L’Association AFAM, par exemple, a insisté sur l’impact des éboulements et inondations sur les familles et sur l’importance d’éduquer jeunes et femmes à des pratiques durables. De son côté, l’Association … (FSA) a alerté sur l’obstruction des caniveaux et la mauvaise gestion des déchets, soulignant la nécessité de campagnes de nettoyage régulières en partenariat avec les autorités.

Les recommandations clés portent sur la création de services communaux dédiés à la gestion des catastrophes avec des agents formés, l’interdiction de l’extraction manuelle de posolane, l’entretien régulier des caniveaux pour prévenir les inondations, et une meilleure coordination entre communes, DGSC, ONG et acteurs locaux. Les participants ont également proposé la construction d’espaces sûrs pour les sinistrés et la mise en place de points focaux communaux de protection civile. Comme l’a souligné un représentant associatif : « La création de refuges sécurisés et d’un système communautaire de protection civile est indispensable pour protéger les plus vulnérables. »

A Ngazidja, les discussions ont mis en évidence plusieurs préoccupations majeures : la prolifération des dépôts sauvages de déchets, favorisant les épidémies ; la pollution liée à la multiplication des usines de concassage dans la commune de Hamanvou ; les feux de brousse ; la montée des eaux dans le village de Bandamadji ; et l’érosion côtière.

Les participants ont formulé des recommandations concrètes, notamment : renforcer la collecte et le traitement des déchets pour éliminer les dépôts sauvages et sécuriser la décharge d’Itsoundzou; appliquer des normes environnementales strictes aux usines de concassage ; mener des campagnes de sensibilisation et créer des équipes communautaires pour prévenir les feux de brousse ; restaurer les écosystèmes côtiers (mangroves, végétation) et réglementer les activités dégradantes ; enfin, pérenniser le dialogue entre autorités et communautés, former les acteurs locaux aux outils de gestion des risques et impliquer la population dans les plans d’action.

« Beaucoup de jeunes ignorent comment réagir face aux catastrophes. Aujourd’hui, nous avons les moyens de nous préparer », souligne Ahmed Hatub, étudiant en géographie. Moinchani Mohamed Chami rappelle, quant à elle, que « les phénomènes extrêmes reviennent souvent » et insiste sur l’importance de diffuser l’information pour que chacun sache comment se préparer et réagir.

Ces dialogues, menés simultanément dans les trois îles, ont permis, non seulement d’identifier les risques prioritaires, mais aussi de poser les bases d’une stratégie concertée pour renforcer la résilience des communautés face aux changements climatiques et améliorer le bien-être des enfants et des familles.

 

Des cercles d’écoutes pour renforcer le dialogue communautaire 

Photo de famille des participants a la création des cercles d’écoute
UNICEF Comores/Chadya Photo de famille des participants a la création des cercles d’écoute

À Mohéli, une approche innovante vient compléter les efforts de prévention : les cercles d’écoute.

Inspirés du rôle essentiel des radios communautaires, qui touchent plus de 20 % des ménages chaque semaine selon l’enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS) 2022, ces espaces réunissent autorités communales, femmes leaders, jeunes, associations et comités villageois pour discuter des risques climatiques et identifier des solutions locales.

À Fomboni, les discussions ont porté sur les inondations et la gestion des déchets. À Nioumachoi, l’attention s’est concentrée sur l’érosion côtière et l’extraction du sable. Certains villages partagent déjà des bonnes pratiques, comme le rappelle Wazir Hamza, conseiller municipal : « Nous avons planté des arbres autour de la plage pour protéger nos côtes. »

Ces cercles sont accompagnés d’un important dispositif médiatique. Les échanges sont amplifiés sur les antennes de l’Office de Radio et Télévision des Comores (ORTC) et de Radio Mohéli, permettant d’informer une large partie de la population et d’encourager la participation citoyenne. Les animateurs, formés dans le cadre du projet, garantissent une facilitation professionnelle des débats.

Ce mécanisme ne se limite pas à l’échange : il sert de plateforme pour suivre des initiatives communautaires, renforcer le lien entre institutions et citoyens, et soutenir l’émergence de projets locaux de réduction des risques.

En combinant éducation, préparation et action communautaire, les Comores renforcent leur résilience face au changement climatique et protègent les enfants, garantissant ainsi un avenir plus sûr et durable pour tous.