Zéro chance pour les maladies évitables par la vaccination

Malgré la crise dans l’est du Tchad, la mobilisation en faveur de la vaccination des enfants reste forte

Brice Kevin DA
A mother presents her child’s vaccination card.
Brice Kevin Da
21 avril 2026

Pour accéder à la salle de vaccination du centre de santé de Farchana, il faut se frayer un passage entre les mères et leurs enfants assis sur des nattes devant l’entrée. La terrasse est bondée. Faute de place, des femmes accompagnées de leurs enfants, tentent de s’abriter sous l’ombre maigre des arbustes. Certains enfants dorment profondément, bercés par une forte chaleur, d’autres sont allaités en silence, tandis que quelques-uns observent avec curiosité les allées et venues du personnel de santé.

Une atmosphère qui, pour les agents de cette structure sanitaire, est tout à fait ordinaire.

Des agents de santé échangent avec les mères pendant qu’elles attendent le tour de leurs enfants pour la vaccination.
Brice Kevin Da Des agents de santé échangent avec les mères pendant qu’elles attendent le tour de leurs enfants pour la vaccination.

« Fatimé Yaya ! » lance à haute voix un agent chargé de l’appel.

Serrant son bébé Usman contre elle, Fatimé se dirige rapidement dans la salle de vaccination. Elle remet aussitôt le carnet de son fils à un autre agent de santé. Quelques questions de routine, puis vient le moment pour Usman de se faire vacciner.

Une dernière dose de vaccin pour renforcer l’immunisation du petit Usman.
Brice Kevin Da Une dernière dose de vaccin pour renforcer l’immunisation du petit Usman.

Réfugiée soudanaise originaire de Moudeina, dans la province du Darfour au Soudan, Fatimé et sa famille ont fui les violences pour trouver refuge à Farchana, une localité de la province du Ouaddaï dans l’est du Tchad, qui abrite à la fois des villages et un camp de réfugiés.

Face à l’afflux massif de populations déplacées, les services de santé sont fortement sollicités. Les infrastructures, déjà limitées, doivent désormais répondre à des besoins croissants en matière de soins de santé.

La vaccination est essentielle parce qu’elle protège les enfants contre des maladies comme la polio, la tuberculose ou le tétanos.

Fatimé

Cependant, à l’instar de beaucoup de mères, Fatimé n’a pas toujours défendu cette conviction. Dans son village d’origine au Soudan, des rumeurs circulaient ; certains pensaient à tort, que les vaccins pouvaient rendre les enfants malades ou stériles, provoquant ainsi la peur, l’hésitation et le refus de la vaccination.

Les interventions de communication pour le changement social et comportemental organisées par l’UNICEF en collaboration avec ses partenaires dans le camp et les villages environnants ont contribué à transformer durablement les perceptions chez beaucoup des personnes. À l’aide d’images et de messages simples et clairs, des relais communautaires parcourent la localité ; ils rassurent, écoutent et répondent aux inquiétudes des familles. Les doutes du passé font place aujourd’hui à une forte adhésion des communautés à la vaccination.

Ce travail de proximité est au cœur de l’approche de l’UNICEF, qui, en soutien au Ministère de la Santé publique du Tchad, s’appuie sur des relais communautaires issus des communautés elles-mêmes, pour renforcer la confiance et encourager l’adoption de comportements favorables à la vaccination. Des sessions de rattrapage couvrant plusieurs villages sont aussi organisées, permettant d’atteindre de nombreux enfants dans les zones difficiles d’accès.

 

« Aujourd’hui, nous ne rencontrons presque plus d’enfants non vaccinés dans le camp », explique Hassan Garanga, chargé de mobilisation communautaire à APRODEV, une ONG partenaire de l’UNICEF. Hassan consacre la majeure partie de son temps à la mobilisation dans les camps de réfugiés, mais appuie également les équipes au centre de santé, constamment débordées par l’affluence des patients.

Hassan Garanga, un agent de santé communautaire.
Brice Kevin Da Hassan Garanga, un agent de santé communautaire.
Dans la salle de vaccination, Hassan interagit avec un mère au sujet de son enfant.
Brice Kevin Da Dans la salle de vaccination, Hassan interagit avec un mère au sujet de son enfant.

Malgré ces avancées notables, le personnel de santé évoque une difficulté liée à l’acquisition d’un réfrigérateur adapté, qui sera exclusivement dédié à la conservation des vaccins.

Au Tchad comme ailleurs, la vaccination demeure l’un des moyens les plus efficaces pour faire barrière aux maladies évitables comme la polio, la tuberculose, la rougeole, la diphtérie...

Avec le soutien financier de Gavi, l' Alliance du vaccin, l’UNICEF et ses partenaires habituels dont l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appuient le gouvernement tchadien pour renforcer la vaccination dans les villes, les villages et camps de réfugiés à travers le pays.

En 2025, quatre campagnes de vaccination de masse contre la poliomyélite ont permis de protéger près de 5 millions d’enfants de 0 à 59 mois, y compris ceux issus des populations nomades et transfrontalières, difficiles à atteindre. Grâce à ces efforts conjoints et à une meilleure mobilisation communautaire, la couverture vaccinale de routine s’est nettement améliorée ces dernières années, passant de 36 pour cent en 2014 à 55 pour cent en 2020 et 68 pour cent en 2024 selon des estimations de l’OMS et UNICEF (WUENIC).

Usman est à présent à jour de ses vaccins. Fatimé repart avec lui, confiante et rassurée. Son enfant a désormais de meilleures chances de grandir en bonne santé; une chance, mais surtout un droit pour chaque enfant vivant au Tchad.
Un droit rendu possible grâce à des investissements soutenus et à une mobilisation continue et renforcée de tous les acteurs de la vaccination.