Parce que l’exil ne doit jamais priver un enfant de son identité

Dans les camps et les villages dans l’est du Tchad, l’UNICEF et ses partenaires appuient le gouvernement pour faciliter l’enregistrement des naissances.

Brice Kevin DA
Une mère porte sa fille dans ses bras.
UNICEF/2025/Da
25 novembre 2025

Sur le point de dire au revoir aux agents de la Croix-Rouge avec qui elle venait de discuter près de l’espace amis des enfants du camp de Farchana, Nafissa leur adresse un dernier sourire reconnaissant. Amna Issa Hassan, âgée de 2 mois, dort paisiblement, blottie contre sa mère, alors qu’elle détient déjà un bien précieux que de nombreux enfants ne possèdent pas : un acte de naissance, preuve d’une identité légale.  

Originaire d’Adikong dans la province du Darfour occidental au Soudan, Nafissa a fui la guerre il y a près de deux ans avec ses deux premiers enfants. Le voyage jusqu’à la frontière tchadienne fut long et éprouvant, marqué par la peur constante d’attaques d'hommes armés. Au camp de réfugiés de Farchana dans l’est du Tchad, elle s’efforce désormais de reconstruire une vie digne pour sa famille, malgré des conditions de vie difficiles.  

Amna, bercée dans les bras de sa mère.
UNICEF/2025/Da Amna, bercée dans les bras de sa mère.

Lors de ses consultations prénatales, Nafissa apprend l'existence de TASDJIL (‘’enregistrement’’ en lange locale arabe), une initiative soutenue par l’UNICEF et plusieurs partenaires pour simplifier et accélérer l’enregistrement des naissances au Tchad grâce à un outil numérique simple, intuitif et parfaitement adapté aux réalités du terrain. 

Grâce à ce mécanisme innovant, Nafissa a obtenu facilement et gratuitement l'acte de naissance de son bébé ; une démarche autrefois longue et presque inaccessible. 

Quelques jours après mon accouchement, le personnel du Centre de santé m’a orientée vers la Commission nationale d’accueil et de réinsertion des réfugiés (CNARR). De là-bas je suis repartie au Centre de santé pour faire enregistrer Amna. Deux jours plus tard, son acte de naissance était déjà disponible.

Nafissa

Le guichet unique d’enregistrement des naissances change désormais la vie de nombreuses familles. En quelques minutes à peine, il permet d’établir gratuitement un acte de naissance pour chaque enfant: qu’il soit né à la maternité, venu pour sa vaccination de routine, ou repéré par les relais communautaires parce qu’il n’avait jamais été enregistré. 

Vue extérieure du bureau d’état civil de Farchana, dans l’est du Tchad.
UNICEF/2025/Mahamat Vue extérieure du bureau d’état civil de Farchana, dans l’est du Tchad.
Togoum Eric, agent d’état civil au Bureau de Farchana.
UNICEF/2025/Mahamat Togoum Eric, agent d’état civil au Bureau de Farchana.

Les populations apprécient réellement le service que nous leur offrons. Et ce qui est particulièrement important, c’est que ce dispositif ne bénéficie pas seulement aux enfants tchadiens ; nous délivrons aussi des actes de naissance aux enfants issus des communautés réfugiées. Il n’y a pas de distinction ; aucun enfant n’est laissé de côté.

Togoum Eric, agent d’état civil au Bureau de Farchana.

Dans le camp, Hawa Ibrahim, une animatrice de la Croix-Rouge, informe les familles de l’existence de TASDJIL. Elle va de porte en porte, expliquant aux parents l’importance de déclarer la naissance de leurs enfants et la démarche simple à suivre. Elle anime régulièrement des rencontres de Groupes d’Apprentissage et de Suivi des Pratiques d’Alimentation (GASPA), qui rassemblent les femmes enceintes et les mères allaitantes autour des questions liées à la santé, la nutrition et le bien-être des enfants. Ces rencontres sont aussi l’occasion de rappeler à chaque femme l’importance fondamentale de l’acte de naissance. Pour les mères qui viennent au GASPA avec leurs enfants n’ayant pas encore été enregistrés à l’état civil, elle les oriente vers les Guichets Uniques d’Enregistrement des Naissances.  
 

Hawa Ibrahim, animatrice de la Croix-Rouge.
UNICEF/2025/Da Hawa Ibrahim, une animatrice de la Croix-Rouge

Nous invitons les femmes à prendre part aux GASPA, afin de les sensibiliser sur l’enregistrement des naissances, les visites prénatales et l'alimentation des enfant.

Grâce aux efforts conjoints des partenaires et des communautés, 3 235 enfants ont déjà été enregistrés depuis l’ouverture du bureau d’état civil dans le camp de Farchana. Mis en place en janvier 2024 à Farchana par le gouvernement tchadien, à travers l’Agence nationale des titres sécurisés (ANATS), en partenariat avec l’UNICEF et Technidev, et financé par le Gouvernement des États-Unis, les Coopérations allemande et suédoise, le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies et l’UNICEF, ce centre accueille chaque jour des parents, tous animés d’un même souhait : garantir à leurs enfants une reconnaissance officielle et une protection essentielle.