Mélissa, l'espoir d'une nouvelle vie!
Dans le sud du Tchad, la formation professionnelle donne aux jeunes l'espoir d'un avenir meilleur.
Dans la salle de classe, tout le monde est silencieux. On n'entend que le bruit des machines, des ciseaux, du froissement des tissus. Chacun est concentré sur sa tâche. Mélissa Oussoumri, 15 ans, originaire de Moissala, dans la province du Mandoul, au sud du Tchad, est l'une des 23 élèves du centre qui forme des jeunes à la couture et à la menuiserie. "Je n'ai jamais connu ma mère et j'ai perdu mon père à l'âge de 10 ans", explique Melissa. Depuis, Mélissa a été recueillie par une tante de la famille qui l'a élevée. À 15 ans, la famille lui a dit qu'elle n'avait plus les moyens de la maintenir à l'école. Après quelques mois de désespoir, une offre lui a redonné espoir :
Lorsque j'ai été contactée pour aller à l'école de couture, j'ai été très heureuse. C'est une nouvelle chance pour moi d'apprendre. Je pourrai coudre des vêtements, gagner de l'argent et, je l'espère, retourner à l'école.
Mélissa
Le Centre de formation professionnelle de Moissala accueille des jeunes, des adolescents et des jeunes femmes vulnérables, réfugiés et populations hôtes, dans le cadre d'un projet d'insertion socioprofessionnelle soutenu par le gouvernement japonais. Au centre, une formation professionnelle est dispensée dans le cadre de la protection des femmes et filles vulnérables identifiées par la gestion des cas, afin de réduire leurs vulnérabilités, leur stigmatisation, leur exposition à la violence ou d'accroître leur résilience.
Plus de 19 000 réfugiés centrafricains sont installés dans quatre sites de la province de Mandoul. Cet afflux de réfugiés a exacerbé les problèmes de chômage et de manque de formation professionnelle chez les jeunes. L'UNICEF collabore avec l'ONG World Vision pour mettre en œuvre un programme visant à trouver des solutions à ces problèmes urgents, notamment pour les jeunes filles vulnérables comme Mélissa.
Les apprenants sont sélectionnés par un comité de pilotage composé de représentants du ministère de l'égalité des sexes, d'organisations des Nations unies et d'ONG, la vulnérabilité étant le principal critère de sélection - la plupart des étudiants sont des réfugiés, des orphelins, des mères célibataires ou des victimes de violences basées sur le genre.
Certains ont quitté l'école sans diplôme ou n'ont pas été scolarisés du tout. Ils n'ont donc aucune perspective professionnelle. Apprendre la couture ou la menuiserie en 6 mois leur permet de devenir autonomes et d'espérer une nouvelle vie, comme l'explique Mélissa :
Si la couture me permet de financer la continuité de mes études, je rêve de devenir défenseur des droits des enfants et des femmes.
Oussoumri Mélissa
Après 7 semaines de formation, Melissa a déjà acquis quelques compétences : "J'ai appris à installer une machine à coudre, à la faire fonctionner et à confectionner des vêtements simples. Le chemisier que je porte, je l'ai fait moi-même", dit-elle avec un large sourire.
"Mélissa apprend vite. Elle est curieuse. Au cours des six mois de formation, chaque apprenant devrait maîtriser les bases de la couture pour hommes et femmes. J'apprécie particulièrement la stratégie actuelle qui consiste à donner aux apprenants des kits en fin de formation. Cela contribuera à leur autonomie", explique Masra Ngueadoumadji, le formateur principal de l'atelier.
Masra Ngueadoumadji, formateur principal.
Mélissa n'avait jamais envisagé devenir couturière, mais elle espère que cette formation lui permettra d'aller de l'avant et de réaliser ses rêves. Son amie Madjilem Chancella, elle, a toujours rêvé de devenir couturière. Depuis qu'elle a quitté la République centrafricaine il y a un an, elle vit sur le site de Gon, à 35 km de Moissala. Âgée de 20 ans, mère de deux enfants et sans soutien, Chancella voit dans cette formation l'occasion de se prendre en main et de travailler dans un domaine qui l'a toujours passionnée.
Mélissa et Chancella incarnent la volonté des autorités tchadiennes et des partenaires de créer une symbiose autour des programmes de développement afin de favoriser la cohabitation pacifique des populations hôtes et des réfugiés. Mélissa envisage ouvrir un atelier de couture à Moissala et Chancella dans le camp de réfugiés de Gon. Dans le cadre du projet, elles recevront un tabouret, une machine à coudre, une table, un fer à repasser, des ciseaux et du tissu.
La superviseuse du projet, Gisèle Djimtoidé, espère maintenant élargir la portée de la formation : "Nous voulons ajouter à notre programme de formation, des modules sur l'entreprenariat, le marketing et la gestion financière".
Avec le soutien du gouvernement japonais, l'UNICEF a permis à 80 jeunes, dont 41 garçons et filles vulnérables aux abus, à l'exploitation et à la violence, originaires des provinces du Mandoul et du Moyen Chari, de participer à ces programmes de formation professionnelle dans le but d'accroître leur résilience. A travers ces cycles de formation de courte durée, l'UNICEF vise à donner aux garçons, aux femmes et aux filles, les moyens de se prendre en charge et de réduire leur vulnérabilité. La pratique d'une activité génératrice de revenus est, pour beaucoup, un gage d'autonomie et d'indépendance financière.