Meri, un refuge pour l’enfance brisée

entre reconstruction et espoir

Fadimatou Aboubakar Atta Mama
adolescentes au centre de transit de Méri
UNICEF/2025/Fadimatou Aboubakar Atta Mama
21 octobre 2025

Dans l’arrondissement de Meri, au cœur de l’Extrême-Nord du Cameroun, de nombreux enfants tentent de se reconstruire après avoir été associés à des groupes armés non étatiques. Arrachés à leur enfance, enrôlés de force ou influencés par la violence, ils cherchent aujourd’hui à retrouver leur place dans la société, à redevenir tout simplement des enfants. Grâce au soutien de l’Union européenne, à travers le projet FPI sur la réintégration et la réconciliation des ex-associés, Meri devient un lieu de refuge, de soins et d’espoir pour ces jeunes affectés par la guerre.

Au Centre de désarmement, de démobilisation et de réintégration (CNDDR) de Meri, l’UNICEF, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Comité National de Désarmement de Démobilisation et Réinsertion, et les organisations de la société civile telles que ALDEPA, LOYOC et ALVF, accompagne ces jeunes dans un parcours de réhabilitation psychosociale, de réintégration scolaire et de redécouverte de soi. Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet « Soutien à la réintégration et à la réconciliation des ex-associés des groupes armés non étatiques (GANE) pour renforcer la cohésion sociale en faveur de la paix et du développement durable dans l’Extrême-Nord du Cameroun », financé par l’Union Européenne à travers l’instrument FPI.

Mais que signifie « vivre à Meri » quand on est un enfant ex-associé ? Les réponses sont aussi diverses que les parcours.

Ali Sali, 15 ans, confie : 

« J’ai envie de retourner chez moi au Nigéria. Ici, je ne me sens pas bien. Je suis comme emprisonné. On m’avait dit que ce serait mieux, mais je n’arrive pas à être heureux. »

 Ali porte encore les blessures invisibles de son passé. Le déracinement, la nostalgie, le manque de repères sont autant de défis que les équipes sur place s’efforcent de surmonter avec lui.

Falta Gambo, elle, vit une expérience différente : 

« Je n’ai pas envie de partir avec mes parents. Je suis tranquille ici. Je vais à l’école. » Pour elle, Meri est devenu un lieu d’équilibre, un refuge où elle retrouve une routine et une normalité oubliée.

Mais la vie après le centre reste difficile. Mal Abakar témoigne : 

« Mes parents ont du mal à nous prendre en charge. On ne bénéficie plus de l’aide du centre. Moi, je ne peux pas travailler car je vais à l’école. C’est vraiment difficile. »

La transition vers l’autonomie est un défi majeur. C’est pourquoi l’UNICEF, en lien avec les autorités locales et les partenaires communautaires, redouble d’efforts pour accompagner chaque étape du processus de réinsertion sociale et économique.

Malgré les obstacles, des signes d’espoir émergent. Les relations avec les enfants de la communauté hôte sont empreintes de solidarité. Yasmine, abandonnée par sa mère, confie : 

« Je souris tout le temps avec les amis du centre. Nous n’avons aucun problème entre nous. » Suzanne Samuel, orpheline, ajoute : 

« Je suis bien avec mes amies. Il n’y a pas de problème. Je suis à l’aise en leur compagnie. »

Et pour Ibrahim Hayatou, enfant de la communauté locale :

 « J’ai beaucoup d’amis parmi eux. On s’entend super bien. Depuis leur arrivée, la nourriture est moins chère et l’accès à l’eau s’est amélioré. Leur venue est une bénédiction pour nous. »

L’histoire de ces enfants et jeunes à Meri n’est ni noire ni blanche. Elle est faite de nuances, de douleurs, mais aussi de sourires, de progrès, de moments partagés. Grâce à l’engagement de l’Union européenne à travers le projet FPI, et à l’action coordonnée de l’UNICEF et de ses partenaires, chaque enfant a la possibilité d’écrire une nouvelle page de son histoire, en sécurité, avec dignité.