Le jour où la curiosité a changé sa vie : l’histoire de la courageuse Mairo

Soutenue par le FEPLEM et l’UNICEF, Mairo se reconstruit, s’émancipe et entraîne d’autres femmes vers l’autonomie et la dignité

Ahmed Ousman Nib Ngom
Mairo se tient devant ses étals de manioc séchés à l'Est du Cameroun
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom
19 février 2026

Il y a un peu plus de six ans, alors qu’elle arpentait les rues de son quartier dans la petite ville de Mandjou, à l’Est du Cameroun, Mairo, 40 ans, mère de famille, remarque une concession qu’elle n’avait encore jamais vue.

Intriguée sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi, sous un soleil ardent à son zénith, elle s’arrête et interpelle un passant. Elle lui demande ce qui est écrit sur le bâtiment, car Mairo ne sait pas lire. L’homme lui répond simplement : « Centre de promotion de l’entrepreneuriat féminin. »

Cette information, aussi claire soit-elle, ne suffit pourtant pas à calmer sa curiosité. Quelque chose l’appelle. Mairo décide alors de se rendre directement à l’intérieur de l’association pour obtenir la réponse à la source.

Elle ne le sait pas encore, mais sa vie est sur le point de basculer.

Une vue de la façade extérieure du Centre de Promotion de l'Entrepreneuriat Féminin
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom

Une vue de la façade extérieure du Centre de Promotion de l'Entrepreneuriat Féminin

Des femmes en plein apprentissage de couture au centre
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom

Des femmes en plein apprentissage de couture au centre

Une vie marquée par la débrouillardise

Mairo est mère d’un enfant. Depuis, sa vie est rythmée par ce que l’on appelle communément au Cameroun la débrouillardise.

Elle vit au jour le jour, sans certitude quant au lendemain. Mais cette vie, elle n’en veut plus.

C’est donc une Mairo déterminée et curieuse qui se présente à l’accueil de l’Association Femmes pour la Promotion du Leadership Moral (FEPLEM).

« Bonjour s’il vous plaît, vous faites quoi ici ? » demande-t-elle.

On lui explique alors que le FEPLEM est un centre d’accueil pour les femmes et les jeunes filles. Parmi ses missions figurent la prise en charge des violences basées sur le genre, la formation à des métiers comme la couture ou l’agriculture, mais aussi l’alphabétisation.

À ces mots, Mairo ne cache pas son enthousiasme.
« Je veux apprendre à lire et à écrire, pardon. »

Chose dite, chose faite. Mairo commence sa formation.

Apprendre, produire, espérer

Malheureusement, ayant des problèmes ophtalmologiques, Mairo n’a pas pu continuer sa formation. Sans se décourager, elle bénéficie d’une autre formation. Une opportunité en entraînant une autre, le FEPLEM met à disposition des femmes une parcelle de terre, accompagnée d’intrants agricoles, après une formation préalable en transformation agricole.

Mairo fait partie des bénéficiaires. Et là, un nouveau tournant s’opère.

Disposant à présent d’un champ à cultiver grâce au FEPLEM, elle entrevoit le début d’une autre vie.


« Dans le champ, je cultivais le manioc, le maïs, l’arachide et d’autres légumes divers que je vendais ensuite », raconte-t-elle.

Mairo en train d'étaler son manioc
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom

Mairo en train d'étaler son manioc

D’apprentie à leader communautaire

Forte des formations reçues, Mairo se découvre une nouvelle mission. Celle d’aider d’autres femmes à croire en une vie meilleure.

« Ce n’était pas facile, mais j’ai réussi à convaincre d’autres femmes de venir au centre. Elles ont reçu des formations et nous avons eu des discussions éducatives », explique-t-elle.

Aujourd’hui, ces femmes cultivent elles aussi, vendent leurs produits et gagnent en autonomie. Lorsqu’une femme est victime de violences, Mairo n’hésite plus : elle la réfère directement au centre.

Aller plus loin, malgré les épreuves

Après avoir connu des problèmes de santé prolongés, Mairo comprend qu’elle doit diversifier ses sources de revenus.

Une fois encore, le destin semble lui tendre la main. L’UNICEF, avec le soutien de la Korean International Cooperation Agency (KOICA), lance un appui dans le cadre de la collaboration pour le soutien, le monitoring et la supervision des associations fournissant des services de proximité en protection, nutrition et santé communautaire.

Cet appui vise notamment à renforcer les formations en couture, transformation agricole, informatique et autres compétences clés. Grâce à une dotation de 4 millions de FCFA, le centre renforce ses capacités, forme davantage de femmes, recrute des volontaires et améliore son matériel.

Après cette nouvelle formation en couture, Mairo économise les revenus issus de la vente de la poudre de manioc et acquiert deux machines à coudre.

Indépendance, transmission et solidarité

Aujourd’hui, Mairo vit de l’agriculture et de la couture. Elle subvient aux besoins de sa famille, est leader d’un groupe de femmes et est devenue formatrice.

« J’ai commencé à former les filles en couture, et même les garçons », confie-t-elle.
« Dans notre groupe de femmes, nous sommes solidaires. Nous nous soutenons pour renforcer les capacités des femmes de la communauté. »

 

Mairo transmets son savoir-faire aux plus jeunes
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom

Mairo transmets son savoir-faire aux plus jeunes

Des défis qui persistent

Mais ce parcours inspirant n’est pas sans obstacles. Mairo le reconnaît avec lucidité :

« Les femmes et les jeunes ont vraiment besoin de formation. L’une de mes machines est en panne, ce qui limite le nombre de personnes que je peux former. »
Elle ajoute : « Nous avons aussi besoin de matériel roulant pour transporter nos récoltes. Les coûts de transport sont élevés et la brouette, sur de longues distances, est physiquement éprouvante. »

Un impact réel, mais encore trop limité

Depuis 2022, l’UNICEF, avec le soutien financier de la KOICA et de ses partenaires, collabore étroitement avec le FEPLEM. Cette collaboration permet de toucher et de protéger environ 50 femmes chaque année.

La communauté se porte mieux grâce à ces actions, mais aussi grâce à l’effet domino créé par des femmes comme Mairo.

Cependant, dans une région aussi vaste que l’Est du Cameroun, ces initiatives restent insuffisantes si elles demeurent isolées.

Pour avoir un impact plus large et durable, il est essentiel que les actions de l’UNICEF et de ses partenaires s’étendent à d’autres associations et communautés.

Car derrière chaque centre soutenu, il y a des Mairo. Et derrière chaque Mairo, des familles entières dont la vie peut changer.