Face au choléra à Mokolo : les « U-Girls », héroïnes de la riposte sanitaire

Dans les marchés, les gares routières, les quartiers et les églises, les U-girls mobilisent et vaccinent contre le choléra

Marie Guy Bandolo
Balkissou, a U-Girl on the Front Line of Cholera Vaccination in Mokolo
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo
10 septembre 2026

Dans les dédales du marché central de Mokolo, ce jour-là, on tente de se frayer un chemin entre les étals de légumes où trônent des tomates rouges et fraiches.  Les premiers rayons de soleil pointent au-dessus des collines rocheuses qui veillent sur la ville. Une vapeur tiède s’élève de la terre encore mouillée par la pluie de la veille. Les commerçantes hèlent les indécis.es  pour les convaincre d’acheter.
Le cours de la vie offre une apparente sérénité. Pourtant, un ennemi invisible plane : le choléra.

Mokolo figure parmi des 9 districts de santé en épidémie confirmée dans la région de l’extrême- nord. Face au danger, la riposte a été immédiate. Une vaste campagne de sensibilisation menée par le ministère de la Santé publique avec l’appui de l’UNICEF. Elle a été suivie d’une offensive vaccinale. Pour couvrir une population de plus de 243 000 habitants, les U-reporters de Mokolo sont venus prêter main-forte au district de santé. Leur mission ? Appuyer la sensibilisation et la vaccination d’une population. Requalifiés en U-Responders, grâce à leur formation à la gestion des urgences et aux catastrophes, ces jeunes forment désormais un bouclier protecteur autour de leur communauté.

Honorine Taoga, U-Girl à Mokolo vaccine contre le choléra
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Honorine Taoga, a U-Girl, administers a cholera vaccine at Mokolo coach station
Hadidjatou Hamadou avec son porte-vaccins à Mokolo
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Hadidjatou Hamadou with her vaccine carrier in Mokolo

Une chorégraphie bien rôdée au cœur du marché

Aux avant-postes de la riposte, les U-Girls brillent par leur engagement. Un trio formé de Hadidjatou, de Maimouna et d’Honorine a pris d’assaut le marché central de Mokolo. Honorine, 15 ans porte en bandoulière, la boite isotherme bleue de vaccins. Maimouna, 23 ans, administre. Hadidjatou, 22 ans, délivre les cartons de vaccination et réalise le décompte. Dans une chorégraphie bien maîtrisée, les jeunes filles se relaient.

« Protéger les miens c’est ma plus grande fierté. En première ligne du ménage et de la cuisine, nous, les filles, sommes plus exposées au choléra », confie Hadidjatou Hamadou.

 Malgré quelques soucis de santé, elle a tenu à maintenir son engagement. C’est sa toute première campagne de riposte contre le choléra. Aux côtés, de Maimouna et d’Honorine, Hadidjatou, d’habitude timide, a le courage d’aborder des inconnu.e.s pour les sensibiliser et leur proposer le vaccin. Son public privilégié ? des jeunes filles comme elle.



« Il est plus facile pour moi de convaincre une fille de se faire vacciner contre le choléra parce qu’entre nous les filles, nous nous comprenons et le courant passe vite », explique-t-elle.

Honorine, Hadidjatou et Maimouna en pleine opération de vaccination au marché de Mokolo
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Honorine, Hadidjatou and Maimouna taking part in a cholera vaccination campaign at Mokolo market
Maimouna vaccine contre le choléra au marché de Mokolo
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Maimouna receives a cholera vaccination at Mokolo market

Bloquer le virus aux portes de la ville 

 

À quelques kilomètres de là, dans une agence de voyages interurbains, des voyageurs surveillent du coin de l’œil, la manipulation des colis par les bagagistes. La file d’attente devant le guichet de billets s’amenuise à mesure que l’heure du départ approche. Les voyageurs venus plus tôt attendent impatiemment sur des bancs en bois, le départ du bus. Dans une allée parallèle, des bus à l’arrivée se vident de leurs passagers.
Au milieu de ce tumulte, les U-Reporters se faufilent avec leur boîte isotherme de vaccins. Avec l’accord du chef d’agence, ils mobilisent contre le choléra et proposent des vaccins.
Les agences de voyage sont des lieux critiques de transport du virus cholérique d’une localité à une autre. Les U-Reporters en ont fait un champ de bataille privilégié.

Ici, Balkissou Sadou, 23 ans, prend les devants. Elle parle avec aisance des symptômes de la maladie et des mesures barrières. Lorsqu’il y a des cas de refus, elle est appelée en renfort. Damien Ndjekaye, 19 ans, travaille à ses côtés avec enthousiasme.

“La présence des U-Girls facilite la sensibilisation au sein de notre communauté. Elles obtiennent aussi facilement le consentement à la vaccination. C’est une chance de les avoir à nos côtés »,témoigne-t-il avec soulagement.

Balkissou vaccine contre le choléra dans une gare voyageurs à Mokolo
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Balkissou vaccine contre le choléra dans une gare voyageurs à Mokolo

L’engagement des filles, moteur de résilience

Tout comme Hadidjatou, Balkissou s’indigne de la vulnérabilité accrue des filles et des femmes au choléra. Cantonnées dans  leur rôle traditionnel de collecte de l’eau, de cuisine et de l’entretien du ménage, elles sont plus susceptibles de contracter la maladie. En attendant que les hommes participent plus aux tâches ménagères, les U-Girls misent sur la prévention.

 « Le message que j’adresse à toutes les femmes en tant que U-Girl. C’est de rendre la maison très propre, bien cuire les aliments, faire l’hygiène des toilettes, rendre les enfants propres, bien potabiliser l’eau »

L’UNICEF est convaincu que l’engagement des jeunes et spécifiquement des filles s’impose comme un levier puissant de protection et de développement de nos communautés. Maimouna, Hadidjatou, Balkissou, Honorine et toutes les U-Girls démontrent que miser sur les jeunes filles en situation d’épidémie ou d’urgence renforcent la résilience de nos communautés. Comme le résume Maimouna Feudjio, 23 ans

« Grâce à notre action, il y a moins de personnes exposées au choléra »