Au front de la polio : ces sentinelles qui protègent l’Est Cameroun

Ils parcourent ruelles et villages pour que chaque enfant soit protégé. Agents de santé et volontaires, Camerounais et réfugiés, ils forment une ligne de défense essentielle contre la polio dans l’Est.

Ahmed Ousman Nib Ngom
Bintou recupère des ustensiles de cuisine après l'incendie à Kolofata
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom
06 mars 2026

Dans la lutte pour l’éradication de la poliomyélite, la véritable ligne de défense se trouve au plus près des familles. À travers les villes et villages de l’Est du Cameroun, des agents de santé communautaire, jeunes et aînés, Camerounais et Centrafricains, sillonnent les quartiers du lever au coucher du soleil pour protéger chaque enfant. Leur engagement discret mais essentiel rappelle que la santé publique repose avant tout sur la confiance et la proximité.

Un contexte de vigilance permanente

En 2025, au Cameroun, 4 variants de poliovirus de type 2 ont été enregistrés. Néanmoins, le pays continue de poursuivre ses efforts pour prévenir la résurgence de la poliomyélite, notamment face aux risques liés aux variants circulants et aux mouvements de population.

Les campagnes de vaccination restent alors un pilier central pour protéger les enfants et éviter toute flambée épidémique. Dans ce contexte, l’action de proximité devient décisive. Atteindre chaque foyer, informer, rassurer et vacciner.

C’est précisément là qu’interviennent les agents de santé communautaire, véritables relais entre le système de santé et les familles.

Sur le terrain, au rythme des communautés

Du 07 au 15 février 2026, dans plusieurs localités de l’Est, ils ont arpenté les ruelles poussiéreuses, traversé des quartiers animés et parcouru des villages parfois éloignés. Dès l’aube, munis de leurs fiches, de craies pour marquer les domiciles, des vaccins et de leur détermination, ils frappent aux portes pour s’assurer qu’aucun enfant ne soit oublié.

Leur rôle ne se limite pas à accompagner la vaccination. Ils expliquent, écoutent, répondent aux inquiétudes et rappellent l’importance de protéger les plus jeunes. Certains connaissent chaque famille par son nom, d’autres parcourent de longues distances pour atteindre des ménages isolés. Tout ceci est pour atteindre un objectif : préserver la santé de leur communauté.

« Ça fait 4 ans que je me suis engagé. Je suis en bonne santé, et je voyais les enfants de ma communauté souffrir des maladies que je savais évitables par la vaccination. J’ai donc décidé de protéger nos enfants à travers ça. », confie une agente de santé communautaire à la frontière avec la République centrafricaine d’un ton déterminé.

Une agent de santé communautaire à l'est du Cameroun
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom

Des visages multiples, un engagement commun

Ce qui frappe, c’est la diversité de ces acteurs. Parmi eux, des jeunes bénévoles pleins d’énergie, des doyens respectés, des réfugiés centrafricains engagés aux côtés de leurs voisins camerounais. Cette diversité renforce la confiance, car ils parlent la langue des communautés, au sens propre comme au sens figuré.

Leur présence rappelle que la santé publique est aussi une histoire de solidarité et de responsabilité partagée.

Sambal, agent de santé communautaire à l'est du Cameroun
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom

« La vaccination est très importante. On doit protéger nos petits enfants pour qu’ils grandissent aussi comme nous. » 

Sambal, agent de santé communautaire

« Notre effectif est relativement bas, les quartiers ici à Garoua Boulai sont très vastes. Un petit nombre aura toujours du mal à couvrir ce qui nécessiterait un quartier surtout à pied », nous explique un agent de santé dans la ville de Garoua Boulai. « À la supervision, c’est d’autant plus compliqué. Pour rattraper deux équipes par exemple, je vais faire en moyenne 5 à 6 heures de temps. » Conclut-il. 

Convaincre face aux réticences

Cependant, si la mission est salutaire, elle n’est pas sans difficultés. Dans certains foyers, la méfiance envers la vaccination persiste. Des rumeurs, couplées à la mauvaise information ou aux expériences passées, alimentent parfois le refus, exposant les enfants ainsi que l’ensemble de la communauté à des risques évitables.

Bien qu’ils soient formés pour dialoguer avec respect et patience, convaincre reste parfois un défi non négligeable. Chaque discussion devient alors un exercice d’écoute et de pédagogie, où la confiance se construit pas à pas.

À cela s’ajoute la question des moyens. Car malgré une détermination remarquable, leur nombre demeure insuffisant pour couvrir une région vaste de plus de 109 000 km². Le déficit en équipements et en matériels roulants affaiblit non seulement la confiance spontanée des familles, mais aussi la capacité de déploiement des équipes.

agent de santé communautaire à l'est du Cameroun
UNICEF/2026/Ahmed Ousman Nib Ngom

Investir dans ceux qui protègent

L’expérience de cette campagne met en lumière une évidence. Il est impératif de renforcer les capacités, les effectifs et les outils des agents de santé communautaire dans la région de l’Est pour consolider les acquis contre la poliomyélite. Leur proximité avec les populations en fait des acteurs clés non seulement pour la vaccination, mais aussi pour la promotion de comportements favorables à la santé.

Soutenir ces femmes et ces hommes, c’est investir dans la résilience des communautés et dans l’avenir des enfants.

Au-delà des chiffres et des indicateurs, leur travail raconte une histoire d’engagement silencieux. Sous le soleil ou sur des pistes difficiles, ils rappellent que chaque enfant compte et que la lutte contre la poliomyélite se gagne maison par maison, conversation par conversation.

Leur dévouement est un appel à l’action. Reconnaître, appuyer et valoriser ces sentinelles de la santé qui, chaque jour, rapprochent un peu plus les communautés d’un avenir sans polio.