Manifeste des filles du Cameroun pour le respect de leurs droits

Il est urgent de féminiser les droits de l'enfant

des filles chantent lors du forum national des filles
UNICEF/2025/Marc Antoine

Points forts

Nous, filles du Cameroun, nous déclarons notre engagement indéfectible envers nos droits, notre dignité et notre avenir. Nous vous appelons à vous joindre à nous pour construire un pays où chaque fille vit en sécurité, estimée et autonomisée, sans aucune forme de discrimination, et où elle ne va pas seulement survivre, mais vivre et s’épanouir. Notre cause est urgente, nos besoins sont criants et nos droits ne sont pas négociables !

Nous exigeons que toutes les filles aient enfin accès à une éducation inclusive et de qualité. L'éducation est la clé pour briser le cycle de la pauvreté, de l'ignorance et des inégalités. Une fille éduquée, c’est une communauté qui prospère, où la santé s'améliore, la croissance économique s'accélère et la stabilité sociale se renforce.  Nous appelons donc à un investissement soutenu dans les écoles, à la formation des enseignants à la sensibilité au genre et à la suppression de tous les obstacles financiers, sociaux ou culturels qui empêchent les filles d'aller à l'école et d'y rester.

Nous devons grandir sans crainte ni violence, dans le respect et la protection de nos droits.  Nous appelons à l’abolition des pratiques néfastes qui blessent nos corps, nos esprits et nos âmes au nom de la tradition. Les mariages, les grossesses précoces, les mutilations génitales et toutes les formes de violence et d'abus nous privent de notre enfance, de notre santé, de notre éducation et de notre potentiel. Nous exigeons des lois intransigeantes, et des campagnes de sensibilisation agressives pour une tolérance zéro, et que les auteurs soient tenus pour responsables de leurs actes. Nous ne tolérons AUCUNE exception, AUCUNE excuse !!!

Nous revendiquons nos droits à l'autonomisation et à l'égalité des chances. Nous, filles du Cameroun, ne sommes pas seulement des leaders de demain, mais des actrices d'aujourd'hui qui contribuent activement et largement à la société. Il est temps de nous considérer comme des partenaires à part entière. Nous avons des rêves, des idées et des droits. Nous sommes capables de faire nos choix concernant notre corps, notre éducation et notre avenir. Nous exigeons le respect de notre dignité dans nos foyers, nos écoles, nos communautés pour nous épanouir en toute confiance et estime de nous-mêmes.

Encore faut-il que nous ayons des opportunitésNous revendiquons ainsi l'égalité d'accès à la formation professionnelle, à la technologie, aux activités culturelles et sportives, ainsi qu'au leadership ! Les politiques nationales doivent encourager activement notre autonomisation et notre participation aux décisions.

Au nom des milliers de filles que nous représentons, nous réclamons :

À nos parents et tuteurs :

Bannissez toute forme de châtiment corporel à la maison et à l'école ! La discipline est bien plus efficace quand elle se fonde sur des interactions bienveillantes et respectueuses, le dialogue est plus fécond que la violence, les coups et les humiliations. Nous réclamons des conversations ouvertes qui renforcent notre construction et nos valeurs, et nous attendons de vous l'exemple de comportements respectueux, de la gentillesse et de l'empathie.  Partagez avec nous votre sagesse, vos valeurs et votre culture à travers des discussions sereines, empreintes de respect et de patience.

 

A nos frères :

Soutenez vos sœurs, vos amies en dénonçant la violence, le harcèlement, la discrimination et les stéréotypes qui dévalorisent les filles.  Ne fermez pas les yeux sur les défis auxquels nous, filles, sommes confrontées, du mariage précoce à toutes les formes d’oppression. Vous êtes à nos côtés des leviers du changement. Jouez au football avec nous, au lieu de nous reléguer aux tâches ménagères ! Votre voix en écho aux nôtres briseront les croyances néfastes et dégradantes. Soyez nos alliés, ne devenez pas nos oppresseurs.

A nos enseignants, voisins, dirigeants communautaires et chefs religieux :

Le silence sur les violences que nous subissons est un silence complice. Signalez les abus et agissez contre eux !  Vous avez l'obligation morale de créer des espaces sûrs où nous pouvons nous exprimer sans crainte, demander justice et obtenir réparation. Nous ne laisserons pas la violence définir nos vies.

 

Au Gouvernement :

La vie, la dignité et notre avenir dépendent de votre engagement immédiat et sincère. Le temps des promesses est révolu, celui de la clémence envers les agresseurs aussi. L'heure est désormais aux mesures décisives pour éradiquer toutes les formes de violence, de discriminations et d'inégalités qui nous menacent.

Soyez audacieux et pionniers à nos côtés en promouvant enfin une politique nationale favorable à nos droits. Allouez des ressources pour créer des environnements sûrs et inclusifs où les filles peuvent s'épanouir sans crainte ni oppression. Investissez sans relâche dans des politiques sensibles au genre, appliquez les lois sans complaisance et mettez en œuvre des programmes consistants de lutte contre la violence et les pratiques néfastes et violentes. 

 Aux Nations Unies :

En défenseurs des droits des filles, exigez des engagements contraignants en faveur de l'égalité des sexes, soutenus par des plans d'action concrets et nourris de résultats tangibles.

Usez de votre influence pour accompagner les gouvernements dans le respect de leurs obligations internationales, telles que la Convention relative aux droits de l'enfant, la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant, le Protocole de Maputo et la Déclaration et le Programme d'action de Beijing.

 

A tous :

Célébrez les réalisations extraordinaires des filles. Entendez la voix des filles des dix régions du Cameroun, de celles qui, demain, représenteront la moitié des habitants de ce pays, et qui méritent de se forger un avenir sans violence et riche en opportunités. Il est urgent de conjuguer les droits au féminin.

Ce Manifeste a été rédigé par un groupe de travail composé de filles dans le cadre du mouvement des filles, à partir des consultations menées lors de la Caravane qui a traversé les dix régions du Cameroun en juillet 2025 et recueilli les témoignages et les attentes de plus de 5 600 adolescentes. Il a été officiellement remis à madame le ministre de la promotion de la Femme et de la Famille en partenariat avec les MINESEC, MINEDUB, MINJEC et MINAS et avec le soutien de Onu Femmes, UNFPA, UNHCR, le PAM et le FEICOM, à l’occasion du Forum national du Mouvement des filles, placé sous son égide, à Yaoundé le 28 novembre 2025.

Vous êtes une jeune fille camerounaise ou vous souhaitez soutenir ce Manifeste des jeunes filles du Cameroun ? Vous pouvez manifester votre adhésion ou votre soutien à ce texte sur change.org

des filles chantent lors du forum national des filles
Auteur
UNICEF Cameroon
Date de publication
Langues
Anglais, Français