La traite des enfants : Xavier et Lenka, partagent leur histoire
Le Burundi est un point chaud de la traite, où les victimes sont exploitées à l'intérieur et à l'extérieur du pays. La traite externe touche souvent les natifs des provinces frontalières comme Muyinga, Makamba et Ngozi.
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Nous allons nous intéresser à l'histoire de Xavier et Lenka. [1]. Ils sont originaires du même village, une commune appelée Ruhohoro, dans la province de Ngozi.
Xavier, 17 ans, a abandonné l'école parce que ses parents ne pouvaient pas payer ses frais de scolarité. Il se souvient que parfois, sa famille allait au lit avec la faim en raison de leur situation financière précaire. Fatigué de cette vie, il a cherché un moyen d'en sortir. M. Jean Claude, un homme de son quartier, lui avait dit qu'il pouvait avoir une meilleure vie et des pâturages plus verts en Tanzanie. Avec cette information, et sans prévenir ses amis ou sa famille, Xavier est parti avec cet homme.
En arrivant en Tanzanie, il a travaillé comme garçon de ménage pendant trois mois sans salaire ; son employeur a directement versé le paiement à M. Jean Claude. Chaque fois que Xavier demandait sa rémunération, il se heurtait à des mots violents et à des malédictions. Il a essayé de contacter Jean Claude à ce sujet, mais on lui a répondu que l'homme était parti au Congo.
« Je me souviens qu'un jour, après avoir travaillé pour mon employeur pendant 2 mois, j'ai redemandé mon salaire. Il est passé directement à l'insulte, me traitant de voleur. Il m’a répondu : ‘les Burundais sont comme ça, ils demandent leur salaire en sachant que l'argent a été donné à leurs gardiens’. J'ai essayé de joindre M. Jean Claude en vain, j'ai demandé son numéro à mon employeur, mais j'ai reçu encore plus d'insultes et de frustrations, je n'avais pas d'issue ». À l’évocation de ces souvenirs, les larmes commencent à couler.
Frustré, Xavier a pris la sage décision de retourner au Burundi. En arrivant dans son pays d'origine, il a été approché par l'administration locale de la commune de Ruhororo qui, avec le Comité de protection de l'enfance basé dans la communauté, a contacté la Fondation Stamm, l'organisation partenaire de l'UNICEF, pour obtenir son soutien.
Lors d'une conversation avec le point focal de la Fondation Stamm, on a demandé à Xavier ce qu'il voulait faire maintenant qu'il était de retour dans le pays : voulait-il retourner à l'école ou apprendre un métier ? Il a préféré le métier. L'organisation a préparé une session de formation à la coiffure pour des jeunes, dont beaucoup, comme Xavier, ont été victimes de la traite des enfants.
Il a, en plus, rejoint un groupe de solidarité avec ses pairs. Ces groupes de solidarité sont des associations d'épargne et de crédit dont les membres versent une somme convenue sur une base hebdomadaire qui est mise en commun pour investir dans une activité génératrice de revenus et pour fournir des microcrédits aux membres. Ce groupe de solidarité s'est réuni avec d'autres groupes de solidarité pour former une coopérative.
« Je suis très reconnaissant à la Fondation Stamm pour tout le soutien qu'elle m'a apporté. Aujourd'hui, je peux travailler et économiser pour mon avenir, et surtout aider ma famille. Je ne veux pas que mes frères et sœurs vivent la même tragédie que moi, alors je travaille pour les aider à aller à l'école », raconte Xavier. Il travaille dans un salon de coiffure financé par la coopérative, où il gagne sa vie et élève actuellement des porcs grâce à une compétence supplémentaire qu'il a apprise et mise en œuvre avec le soutien de la Fondation Stamm.
De la traite externe à la traite interne, l'autre face d'une même tragédie
Lenka a abandonné l'école à l'âge de 14 ans et a donc décidé de commencer à travailler. Un voisin lui a parlé d'une « opportunité de travail » à Gitega et l'a recrutée alors qu'elle n'avait que 16 ans. La jeune fille s'est rendue dans la capitale et s'est lancée dans cette « opportunité de travail », sans aucun filet de sécurité et dans l'espoir de gagner suffisamment d'argent pour aider sa famille au pays.
Lenka a travaillé pendant six mois sans être payée, en attendant de recevoir les revenus prévus. Après six longs mois sans salaire, elle a été battue par ses employeurs et licenciée de son travail simplement parce qu'elle exigeait d'être payée.
Lenka, qui avait alors 17 ans, a fui Gitega et a décidé de retourner auprès de sa famille, en espérant qu'elle l'accueillerait à nouveau, mais sans les revenus qu'elle espérait amener avec elle.
À son retour à la commune de Ruhororo, la Fondation Stamm, organisation partenaire de l'UNICEF, a découvert son histoire. Après avoir reçu une assistance psychosociale, Lenka a souhaité rejoindre une coopérative avec d'autres jeunes membres et a été encouragée par un superviseur de jeunes à choisir une profession parmi plusieurs options disponibles. Lenka s'est orientée vers le métier de coiffeur et a rejoint d'autres jeunes qui travaillent dans un salon de coiffure créé avec le soutien de la Fondation Stamm, dans un kiosque alimenté par des panneaux solaires. Grâce aux panneaux solaires, les jeunes parviennent à tirer un revenu non seulement du salon de coiffure, mais aussi d'une borne de recharge mobile et d'un magasin d'alimentation installé dans ce kiosque.
Son intégration dans la coopérative et sa réintégration sociale dans la communauté l'ont aidée, elle, sa famille mais aussi de nombreux membres de sa communauté. Grâce au témoignage de Lenka, ainsi que d'autres jeunes membres de la coopérative qui ont été victimes de la traite et qui se soutiennent mutuellement, une prise de conscience a eu lieu sur les signes, les risques et les conséquences de la traite.
Xavier, Lenka et beaucoup d'autres enfants comme eux ont été aidés par le projet UNICEF-Fondation Stamm « Solidarité Communautaire pour la Protection des Enfants et Réintégration Socio-économique des Filles Socialement Marginalisées » financé par USAID. Le projet a été lancé en 2018 dans les provinces de Bujumbura, Ngozi et Rumonge.
[1] Les deux noms sont fictifs afin de protéger les personnes concernées.