Enrayer le fléau du choléra

La promotion de l’hygiène est essentielle pour inverser la tendance au Burundi

Ruben Julian Hamburger
Rachelle se lave les mains avec un dispositif offert par l'UNICEF
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23 mars 2022

Cibitoke, Burundi – Rachelle Nizigiyimana, une grand-mère de 64 ans, se souvient à peine de ce sombre jour où le choléra a failli l'emporter. Pourtant, c’était il y a tout juste deux mois.

« Je n'ai pas attendu longtemps avant d'appeler à l'aide », dit-elle, assise à l'intérieur d’une petite maison d’adobe à Rugombo, dans la province de Cibitoke, où elle et ses deux petits-enfants vivent sans eau ni électricité. « Après quelques heures de diarrhée brutale et de vomissements incessants, je savais que j'étais à l'article de la mort. »

Rachelle se souvient vaguement que son frère aîné l'a emmenée à moto au centre de santé le plus proche. « Je ne me souviens pas de ce qui s'est passé ensuite », dit-elle.

Titubante, déshydratée et à peine consciente, Rachelle fut admise dans le service du centre dédié au choléra, où elle a reçu une perfusion de glucose, d'électrolytes et d'eau. Lorsqu’elle pouvait à nouveau déglutir, on lui a donné un antibiotique et une solution de réhydratation orale. Au bout de quatre jours, elle a pu sortir de l'hôpital.

Rachelle pose devant sa maison à Rugombo, Cibitoke.
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Rachelle, 64, standing in front of her tiny, mud-brick home.

Âgée, veuve et parente, Rachelle est extrêmement pauvre et dépend entièrement du revenu de son frère pour survivre. Elle et ses petits-enfants n'ont souvent d'autre choix que de boire les eaux troubles du lac Dogodogo, situé à environ deux kilomètres de là. Nombre de ses voisins sont dans la même situation.

Dans les zones où l'assainissement est insuffisant, les milieux aquatiques sont le berceau de Vibrio cholerae, la bactérie responsable du choléra. Lorsqu’elle pénètre les intestins humains, celle-ci émet une toxine si virulente que le corps cherche à se débarrasser de tous ses fluides.

La grande déshydratation qui s’en suit donne à ses victimes un teint pâle et cendreux. En l’absence de traitement, elles peuvent mourir d'un collapsus et d'une défaillance d’organe, parfois quelques heures seulement après l'apparition des premiers symptômes.

« L'eau potable est difficile à trouver », dit Rachelle. « Pour s’en procurer, il faut aller sur la colline de Mparambo, à environ six kilomètres d'ici. »

« Et ce n'est pas gratuit. Il faut payer entre cent et deux cents francs [0,05 à 0,10 dollar] pour vingt litres. » Dans l'un des pays les plus pauvres du monde, de tels coûts sont prohibitifs pour beaucoup.

Yves, le petit de Rachelle, transfère de l'eau dans un jerrycan offert par l'UNICEF.
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Yves, Rachelle's seven-year-old grandson, transfers water into a UNICEF-distributed jerrycan.

Au Burundi, la menace du choléra tend à évoluer de manière cyclique, surgissant et disparaissant parmi les nombreux cas de diarrhée. Les flancs occidentaux du pays, qui bordent les rives du lac Tanganyika, sont particulièrement endémiques.

La dernière vague d'épidémie de choléra s'est propagée dans la région en 2019 et 2020, avec près de 1.300 cas signalés. Après 18 mois de dormance, seuls neuf cas ont été signalés à la fin de 2021. Mais il reste forcément des endroits où la bactérie peut se propager. Pour 2022, le risque d'une nouvelle épidémie est réel.

L'UNICEF Burundi, avec l'appui du Comité national suisse pour l'UNICEF, soutient quelque 290 agents de santé communautaires à Rugombo et dans quatre autres communes endémiques. Ces agents vont de maison en maison pour fournir à plus de 700.000 personnes des informations sur la manière de se protéger des maladies diarrhéiques en nettoyant et en stockant l'eau potable, en adoptant une bonne hygiène, en se lavant les mains, en préparant et conservant les aliments de manière sécurisée, et en sachant comment réagir lorsqu’un membre de la famille tombe malade.

En outre, l'UNICEF Burundi et ses partenaires fournissent à 1.500 familles vulnérables de ces zones, dont celle de Rachelle, des kits d'hygiène contenant des jerrycans, du savon, des dispositifs de lavage des mains et des comprimés de chloration.

« Avant, je me lavais les mains avec de la cendre », dit Rachelle en me montrant l'une des barres de savon qu'elle a récemment reçues. « Depuis que je suis tombée malade, j'ai pris conscience de l'importance d'une bonne hygiène. J'ai même commencé à sensibiliser mes voisins ! »