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Lutte contre le paludisme : enfin un vaccin pour sauver des milliers de vies d’enfants du Burkina

Après le Cameroun en janvier, le Burkina Faso a introduit début février, le vaccin RTS S contre le paludisme. Lors de cette première phase, plus de 218.000 enfants âgés de 5 à 23 mois seront vaccinés.

Bruno Sanogo
Lavido Yiwizyna Bakiono, premier bébé, à recevoir sa dose de vaccin contre le paludisme au burkina Faso
UNICEF Burkina Faso/2024/Sanogo B.
07 février 2024

Ce lundi 5 février 2024 est comme un jour de délivrance pour la famille d’Innocent Bakiono. Venus du secteur 4 de la ville de Koudougou, ils ont fait vacciner leur fille, Lavido Yiwizyna âgée de 5 mois. Elle est parmi les quatre premiers enfants du Burkina Faso à recevoir les premières doses de vaccin contre le paludisme. « Pour moi, c’est vital de pouvoir la prévenir le paludisme, qui fait encore beaucoup de victimes dans notre pays, surtout chez les enfants de moins de 5 ans », s’enthousiasme Bénédicte, 41 ans, la mère du bébé Lavido.

La famille Bakiono, assise devant leur maison, maman à gauche, Lavido, Mohamed, Papa, et Assana
UNICEF Burkina Faso/2024/Sanogo B. La famille Bakiono, assise devant leur maison, maman à gauche, Lavido, Mohamed, Papa, et Assana

Bénédicte Bakiono a cinq enfants et elle sait donc de quoi elle parle. D’autant que, «Mohamed, notre avant-dernier fils, est tombé malade du paludisme à la dernière rentrée des classes pendant plusieurs jours. Nous avons épuisé nos ressources pour acheter tous les médicaments que les agents de santé nous ont prescrits. Mon mari est un travailleur saisonnier dans le domaine de la construction. Il n’avait plus de travail et donc, plus de revenus », détaille Bénédicte. Et son mari, assis à ses côtés, de renchérir : « J’ai dû faire appel aux membres de ma famille, qui m’ont prêté de l’argent pour pouvoir acheter certains des médicaments prescrits ».  

En effet, dans les hôpitaux et centres de santé du Burkina Faso, le paludisme représente le principal motif de consultation et d'hospitalisation. Pour la seule année 2023, le pays a enregistré 10 199 441 cas de paludisme dont 502 077 cas graves et 5 203 décès. 3 721 des décès liés au paludisme concernent des enfants de moins de 5 ans, soit près de 72%.

Mohamed, le fils des Bakiono, a 7 ans aujourd’hui. Il espère refaire sa rentrée en classe de CP1 en septembre 2024.
UNICEF Burkina Faso/2024/Sanogo B. Mohamed, le fils des Bakiono, a 7 ans aujourd’hui. Il espère refaire sa rentrée en classe de CP1 en septembre 2024.

Mohamed, le fils des Bakiono, a 7 ans aujourd’hui. Guéri du paludisme, il espère refaire sa rentrée en classe de CP1 en septembre 2024.

La mise au point du vaccin RTS S contre le paludisme utilisé au Cameroun et au Burkina Faso, est le résultat de presque 40 ans de recherche et des phases d’essais ont été conduites dans certains pays d’Afrique les plus touchés par cette maladie. Elle a connu la contribution d’éminents chercheurs africains tels que le professeur burkinabè, Halidou Tinto.

Le vaccin RTS S a un schéma à 4 doses chez l’enfant à partir de 5 mois. Après 4 ans de suivi, les chercheurs ont observé 39% de réduction de cas clinique ; 29% de réduction de cas grave ; 37% de réduction du taux d’hospitalisation ; 62% de réduction de cas d’anémie liés au paludisme grave ; 29% de réduction de besoin en transfusion sanguine.

« C'est le lieu pour moi de féliciter nos valeureux chercheurs qui ont été des acteurs majeurs dans le développement de ce vaccin. Je voudrais faire une mention spéciale à un digne fils de ce pays, reconnu sur le plan mondial, le Professeur Halidou Tinto. Nous sommes fiers de dire haut et fort ce jour, qu'il y a du burkinabè dans ce précieux vaccin », a déclaré à la tribune du lancement le Ministre burkinabè de la Santé et de l’Hygiène Publique, Dr Lucien Robert Kargougou.

Dr Lucien Robert Kargougou, ministre de la Santé et de l'Hygiène publique, prononçant son discours à la tribune du lancement de la vaccination à Koudougou
UNICEF Burkina Faso/2024/Sanogo B. Dr Lucien Robert Kargougou, ministre de la Santé et de l'Hygiène publique, prononçant son discours à la tribune du lancement de la vaccination à Koudougou

Le ministre a rassuré sur la fiabilité du vaccin contre le paludisme tout en invitant les parents à massivement adhérer à la vaccination de leurs enfants. « Chers papas, mamans, saisissons cette opportunité que nous offre ce vaccin pour abréger les souffrances physiques, morales et socio-économiques qui nous sont lourdement imposées par cette maladie impitoyable qu'est le paludisme », a-t-il plaidé.

Comme Lavido Yiwizyna, un des premiers enfants vaccinés au Burkina Faso, ce sont 218 222 autres enfants âgés de 5 à 23 mois, qui pourront recevoir quatre doses de vaccin RTS, S, seul vaccin disponible à ce jour sur la place du marché mondial, pour la première phase.  Grâce aux efforts conjugués du Gouvernement et des partenaires Techniques et Financiers de la santé, comme l’OMS, UNICEF, GAVI, JHPIEGO, USAID et du Danemark, le Burkina Faso a pu obtenir environ 878 000 doses pour un besoin total d'environ 3 680 000 doses pour 2024.

Au cours de cette campagne de vaccination contre le paludisme, les agents de santé continuent la recherche d’enfants qui ont manqué des doses vitales de vaccin et qui ne sont pas entièrement protégés contre de nombreuses maladies évitables. Grâce au financement canadien, le système communautaire est renforcé pour intégrer la vaccination contre la COVID-19 dans le programme élargi de vaccination (PEV) et des enfants « zéro-dose » sont retrouvés et aidés à compléter leur calendrier de vaccination au Burkina Faso.

Dr John Agbor, representant de l'UNICEF, parlant en tant que Chef de file des PTFs Santé au Burkina Faso
UNICEF Burkina Faso/2024/Sanogo B. Dr John AGBOR, representant de l'UNICEF, parlant en tant que Chef de file des Partenaires Techniques et financiers (PTF) Santé au Burkina Faso

Au cours de cette campagne de vaccination contre le paludisme, les agents de santé continuent de suivre les enfants qui ont manqué des doses vitales de vaccin et qui ne sont pas entièrement protégés contre de nombreuses maladies évitables. Le financement canadien a également permis d'intégrer la vaccination contre la COVID-19 dans le programme élargi de vaccination (PEV), un soutien vital pour trouver et aider les enfants « zéro dose » à compléter leur calendrier vaccinal au Burkina Faso.

« La vaccination reste un des interventions les plus rentables en sante publique. Le Burkina a l’une des meilleures couvertures vaccinales chez les enfants en Afrique. La vaccination contre le paludisme aidera à réduire la charge économique de cette maladie sur le revenu des ménages, tout en réduisant le taux de morbidité et de mortalité chez les enfants », dit John Agbor, Représentant de l’UNICEF au Burkina Faso.

Pour une plus grande efficacité dans la lutte contre le paludisme et grâce à l’accompagnement des partenaires, le Gouvernement du Burkina Faso continue de distribuer des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longues durée d’action (MILDA), d’assurer un traitement préventif intermittent du paludisme chez la femme enceinte, d’offrir la chimio prévention du paludisme saisonnier (CPS), et de continuer la lutte antivectorielle à travers la destruction des gites larvaires, la pulvérisation intra domiciliaire et spatiale.

Un plan de vaccination stratégique ciblant les enfants comme la petite Lavido Yiwizyna, qui vivent dans les 27 districts sanitaires du pays, où il y a eu le plus grand nombre de cas et de décès liés au paludisme.