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Cours de rattrapage pendant les vacances : une deuxième chance pour les enfants déscolarisés

15.000 enfants issus de cinq régions du Burkina Faso bénéficient des cours de rattrapage organisés par l’UNICEF avec le financement du comité national japonais

Myriam Dossou
Cours de rattrapage
UNICEF/2023/MyriamDossou
25 juillet 2023

Il est 8 heures du matin, la cour de l’école primaire de Gaoua A est plutôt calme. Les enfants sont en classe. Dans la classe prévue pour les élèves du CM1, assis tout au fond avec un air très concentré se trouve Mohamed. Mohamed SAWADOGO a 14 ans. C’est un enfant déplacé interne. Lui et sa famille ont fui Walga, une localité située à une vingtaine de kilomètres de la ville de Kaya dans le centre nord du pays, à cause de l’insécurité. Il est arrivé à Kaya il y a 6 mois. L’école avait déjà commencé et il n’était plus possible pour lui de rattraper le temps perdu, surtout qu'il n’avait même pas pu commencer chez lui à Walga, parce que les écoles étaient fermées là-bas. C’est à pied, raconte-t-il, qu’avec sa mère, son père et ses deux sœurs, ils ont pu atteindre Kaya. Un vrai parcours du combattant.

« C’était très dur pour nous de venir ici. Mais depuis qu’on est là, les choses vont de mieux en mieux. Actuellement ce sont les vacances pour les autres mais quand ma maman a su qu’il y avait des cours de rattrapage pour des enfants comme moi, elle n’a pas hésité à m’inscrire. J’aime venir ici car en allant à l’école, je peux avoir l’opportunité de devenir un grand joueur de football comme Edmond TAPSOBA », raconte Mohamed.

Edmond Tapsoba, est un footballeur international burkinabè qui évolue en Europe. Mohamed est vraiment passionné de football. Quand il en parle, ses yeux brillent. A la pause et même les week-ends, il a l’habitude de rejoindre ses camarades pour jouer au football. Il compte même, avec son équipe, participer à un tournoi de quartier. Ce sport est son leitmotiv. C’est grâce au football qu’il a la volonté de venir relever son niveau scolaire et rattraper les mois perdus, à cause de la situation sécuritaire volatile.

Salamata, la mère de Mohamed est, quant à elle, un peu réticente mais contente de le voir motivé à travailler.

« Ces cours de rattrapage représentent pour moi un espoir de voir mon fils continuer ces études malgré tout. Quand on est venu ici il y a 6 mois, on n’avait rien du tout. C’est grâce à la gentillesse de la population que nous avons pu avoir un lopin de terre et y construire une petite maison. C’est le maître du CM1, qui est aussi un voisin, qui m'a parlé de ces cours. Je n'ai pas hésité à inscrire mon fils. Pour moi, il faut qu’il aille à l’école pour s'instruire et devenir quelqu’un », explique Salamata OUEDRAOGO.

Cours de rattrapage
UNICEF/2023/MyriamDossou Salamata OUEDRAOGO et son fils Mohamed qui bénéficie des cours de rattrapage.

A l’école primaire de Gaoua A (village de la province du Sanmatenga), plusieurs enfants sont dans le même cas que Mohamed. Sur 250 élèves prévus par le projet dans cette école, à peine quelques jours après son début, les enfants sont déjà au nombre de 330. La demande est forte et les parents ne cessent d’affluer dans la cour de l’école. Comme Mohamed, Assétou OUEDRAOGO est un enfant déplacé. Son père est venu ce matin l’inscrire à l’école. Il y a 3 mois de cela, elle a quitté son village, Tamsin, une localité de la province du Samantenga dans la région du Centre Nord à cause de l’insécurité. Assétou n’a donc pas pu terminer l’année scolaire passée. Ce matin, grâce à son profil, la direction de l’école primaire de Gaoua A, a pu l'insérer au CP2.

« Je suis très contente de recommencer l’école. Ici, je peux me faire de nouvelles amies et quand je serai grande, je voudrais aussi devenir enseignante pour aider les enfants comme moi », exprime Assétou.

Dans la cour de l’école, il a plusieurs enfants accompagnés de leurs parents. Ils cherchent tous à se faire enregistrer afin de pouvoir participer à ces cours de rattrapage.

Cours de rattrapage
UNICEF/2023/MyriamDossou Assétou OUEDRAOGO, déplacée âgée de 7 ans, suit les cours de rattrapage en classe de CP2 à l’école primaire de Gaoua A à Kaya,

Organisés par l’ONG EDUCO avec l’appui de l’UNICEF et sous l’égide du ministère de l’Éducation nationale, de l'alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales, les cours de rattrapage au Burkina Faso en sont à leur deuxième édition. Le programme consiste à donner une seconde chance à des enfants ayant subi une rupture de scolarité, afin de les réinsérer dans le cursus scolaire. Il est déployé dans les cinq régions du Burkina Faso à forts défis sécuritaires, à savoir le Nord, le Centre-Nord, la Boucle du Mouhoun, le Sahel et l’Est. En effet, le pays est en proie à l’insécurité depuis 2015. En mai 2023, environ 2.062.534 de personnes déplacées internes ont été enregistrés à l’intérieur du pays et 6.149 écoles ont été fermées, soit une école sur quatre au Burkina Faso. Les enfants des zones rurales représentent la majorité des enfants et adolescents non scolarisés (94,5 % pour les 6-11 ans et 91,5 % pour les 12-16 ans)***. En outre, 25% des enfants (dont 23% de filles et 26% de garçons)*** n'étaient déjà pas scolarisés avant leur déplacement, pour des raisons économiques et sociales.

Financés par le comité japonais de l’UNICEF, les cours de rattrapage font partie intégrante d’un projet dont l'objectif est de s'assurer qu'au moins 77.500 enfants et adolescents, affectés par le conflit armé et les déplacements, auront accès à des opportunités d'éducation formelle et non formelle, à un soutien psychosocial et à une formation professionnelle, grâce à un ensemble intégré et complet d'activités conçues pour renforcer rapidement les compétences d'apprentissage au sein des communautés à risque.

 

***Source : Rapport de l’étude sur les enfants et adolescent(e)s en dehors de l’école au Burkina Faso, septembre 2017, Ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation.

Cours de rattrapage
UNICEF/2023/MyriamDossou La salle de classe CP2 de l’école primaire Gaoua A a reçu plus d’élèves que prévus.