L’UNICEF lance un appel de fonds à finalité humanitaire
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Accès à la justice pour les enfants en mobilité et autres enfants vulnérables

L’UNICEF et ses partenaires sont à pied d'œuvre pour aider les enfants en mobilité et autres enfants vulnérables en Afrique de l’Ouest.

Myriam Dossou
Aicha Sanou est un fille retrouvé, prise en charge au centre d'accueil et de transit de Bobo Dioulasso.
UNICEF Burkina Faso/2024/Dossou M.
10 février 2024

« Je viens de Koumbia, une commune rurale de la province du Tuy, dans la région des Hauts-Bassins. Je vivais là-bas avec mon père. Je n’ai jamais connu ma mère car elle m’a abandonnée quand j’avais deux ans. Pour continuer mes études, mon père m’a envoyée en ville, ici à Bobo Dioulasso, chez sa petite sœur. Il m’avait dit que c’était pour mon bien ».

Adjaratou Sangaré aura bientôt 15 ans. Elle s’était accrochée à l’espoir de continuer ses études, comme le lui avait promis son père, mais son histoire sera tout autre.

« Quand je suis arrivée chez ma tante, j’ai été victime de beaucoup de maltraitance physique. Quand j’allais à l’école, je dormais tout le temps. On ne me donnait pas à manger et parfois même, je ratais les cours pour me reposer sous un arbre », relate-t-elle.

C’est sous cet arbre où elle se reposait d’habitude que sa vie va changer. Comme d’autres enfants, elle vit actuellement au centre d’accueil et de transit de Bobo Dioulasso.

« Un jour où je n’ai pas pu aller à l’école et j’étais sous l’arbre, une vieille dame s’est rapprochée de moi pour comprendre ce que je faisais là. Je lui ai raconté mon histoire, et c’est ainsi qu’elle m’a orientée vers l’action sociale. Quand ma tante a vu ça, elle m’a abandonné dans la rue. Mais comme je connaissais le chemin pour revenir au centre d’accueil, je suis revenue ici pour ne pas traîner dans la rue. Depuis que je suis ici, je mange bien, je dors bien et on s’occupe de moi », ajoute-t-elle.

A Bobo Dioulasso au Burkina Faso, un projet d'amélioration de l'accès à la justice pour les enfants en mobilité et autres enfants vulnérables a été mis en œuvre depuis 2022 par l’ONG Terre des Hommes, avec le financement de l’Union européenne. Il vise à ouvrir davantage l’accès des enfants à une justice adaptée à leurs besoins grâce à des mécanismes de justice pour mineurs, tenant compte de l'âge et du sexe, tout en offrant des alternatives à la détention pour les enfants en déplacement et les enfants vulnérables en Afrique de l'Ouest. Dans le cadre de ce projet, le gouvernement du Burkina Faso et l’UNICEF ont ouvert un centre d’accueil et de transit à Bobo Dioulasso où bon nombre d’enfants ont trouvé refuge, avec l’aide de travailleurs sociaux.

Adjaratou Sangaré – 2eme à partir de la gauche, un foulard jaune sur la tête – est avec les autres filles de son dortoir au centre d'accueil et de transit de Bobo Dioulasso.
UNICEF Burkina Faso/2024/Dossou M. Adjaratou Sangaré – 2eme à partir de la gauche, un foulard jaune sur la tête – est avec les autres filles de son dortoir au centre d'accueil et de transit de Bobo Dioulasso.

Madame Amina Sanou est agent au service de la Famille et de l’Enfant. Elle travaille au centre d'accueil et de transit de Bobo Dioulasso, et se charge de l'accueil des enfants. « Quand les enfants arrivent, on les accueille d'abord au Guichet Unique InterSectoriel (GUIS),  une salle où on reçoit les enfants en mobilité et les enfants vulnérables. Ici, nous les enregistrons et nous les dirigeons vers les gestionnaires de cas. En moyenne, on peut recevoir cinq enfants en mobilité et six enfants vulnérables en même temps. En ce moment, nous avons 15 enfants dont 9 filles, en plus de deux adultes. En règle générale, un enfant ne doit pas faire plus de sept jours au centre, mais certaines situations font que, parfois, on les garde plus longtemps, afin de retrouver leurs parents ou de les placer dans des familles d'accueil », explique-t-elle.

Au centre d'accueil, avec l’aide des travailleurs sociaux, les enfants essaient de se reconstruire en attendant de trouver un lieu plus accueillant. La majorité de ces enfants sont victimes de maltraitance physique, de mutilations génitales féminines ou de mariage d’enfants. D’autres sont des enfants perdus qui ne retrouvent plus le chemin de leur maison. Des équipes mobiles constituées de travailleurs sociaux ont été déployées pour trouver les enfants dans le besoin.

Kouballa Ouattara, membre de l'équipe mobile discute avec Guelilou Ouedraogo , 6 ans, enfant retrouvé, au poste de Lafiabougou à Bobo Dioulasso.
UNICEF Burkina Faso/2024/Dossou M. Kouballa Ouattara, membre de l'équipe mobile discute avec Guelilou Ouedraogo , 6 ans, enfant retrouvé, au poste de Lafiabougou à Bobo Dioulasso.

A la Gare de Lafiabougou de Bobo Dioulasso, un enfant se balade avec un seau d’arachide sur la tête. C’est Guelilou Ouedraogo. Âgé de 6 ans et originaire de Dandé, il a fui son village à cause de la situation sécuritaire. Maintenant, il vit avec sa grand-mère à Bobo Dioulasso. Quand il était à Dandé, il allait à l’école, en classe de CP1. Aujourd’hui, il vend des arachides dans la ville et n’étudie plus. C’est par hasard qu’il s’est retrouvé dans la Gare de Lafiabougou, et une travailleuse sociale, membre d’une équipe mobile, s’est approchée de lui pour comprendre sa situation. Elle voulait que le petit garçon lui indique sa maison afin qu’elle puisse discuter avec sa grand-mère et leur apporter de l’aide. Comme Guelilou, bon nombre d’enfants ont besoin d’assistance, d’où l’importance du projet.

En dehors de ces enfants-là, il y en a d’autres qui sont tout aussi vulnérables, ce sont les enfants en conflit avec la loi, et le projet les prend aussi en charge également. Ils bénéficient de ce qu’on appelle « une médiation pénale », qui permet de trouver une manière de résoudre les problèmes judiciaires de ces enfants à l’amiable, avec l’intervention des leaders religieux. Lorsqu’un accord est trouvé, l’enfant est suivi par les travailleur sociaux.

C’est le cas d’Abdoulramane Sanou, 15 ans, qui a eu des démêlés avec la justice à la suite d’un vol. Aujourd’hui, il assure qu’il a compris la leçon et qu’on ne l’y reprendra plus. Actuellement, il suit une formation de soudeur, et il aimerait à la fin de sa formation dans deux ans, ouvrir son atelier et s’offrir une vie meilleure. 

Au Burkina Faso, les enfants sont confrontés à de nombreux défis lors de l'accès aux systèmes judiciaires, tels que la longueur des procédures et l’absence d'aide juridique gratuite. L'UNICEF accompagne les efforts des autorités pour un meilleur respect des normes internationales.

En 2023, 3150 enfants en mobilité dont 1259 filles, ont été pris en charge dans les 7 guichets uniques intersectoriels mis en place dans le cadre du projet. Aussi, 684 enfants en conflit avec le loi ou en mobilité et autres enfants vulnérables dont 108 filles, ont bénéficié de mesures alternatives aux poursuites pénales, de substitution à la peine d’emprisonnement ferme, d’un accompagnement social spécialisé intégrant une réinsertion professionnelle ou d’une assistance juridique. Au total 52 familles d’accueil ont été formées sur la prise en charge des enfants en conflits avec la loi et des enfants en mobilité et 27 cellules communautaires de protection de l’enfant ont été mises en place et formées dans le cadre du projet.

Pour accompagner les enfants en déplacement dans l'accès aux services, le Ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, et de la Famille et l’UNICEF ont mis en place des stratégies de prise en charge innovantes comme les équipes mobiles et le guichet unique de protection sociale, pour offrir des services multi sectoriels. Des familles d'accueil prennent aussi en charge des enfants migrants, en conflit avec la loi ou victimes de violence, placés par des juges pour une protection temporaire.