Tribunal des filles : quand un procès fictif révèle des leaders insoupçonnées

À la colonie de vacances de Parakou, des adolescentes découvrent leurs droits, leur voix et leur pouvoir de changement à travers la mise en scène de procès fictifs.

Aymar Konti
Odile Orou Mousse, 15 ans, élève en 1ère C au CEG 1 Kandi, présidente du tribunal, micro à la main, entourée de son équipe
UNICEF BENIN aout 2025 Yeloiga Boni
08 septembre 2025

« Dans nos communautés, les enfants sont souvent éduqués à “se taire”, à “ne pas répondre aux adultes”, ce qui les rend encore plus vulnérables en cas de violation de leurs droits.

 À Parakou, l’initiative « Tribunal des droits de l’enfant » a transformé une salle de classe en une cour de justice fictive.

Dans ce tribunal pas comme les autres, ce ne sont ni des magistrats professionnels, ni des avocats expérimentés qui prennent la parole. Ce sont des adolescentes, âgées de 14 à 18 ans, qui jouent les rôles clés dans un procès simulé inspiré de faits bien réels : mariage des enfants, déscolarisation, violences, maltraitance.

Un outil pour éveiller les consciences

Conçue par un groupe d’étudiantes de la faculté de Droit à l’université de Parakou comme un espace d’éveil juridique et citoyen, cette initiative permet à ces jeunes filles de se familiariser avec leurs droits, les lois qui les protègent, et les moyens de dénoncer les abus.

Les participantes se sont glissées dans la peau de juges, d’avocats, de procureurs ou de témoins.

L’encadrement de ces filles a été conduit par Lovely ZOUIHOUE, étudiante en droit à l’Université de Parakou. Ses motivations pour la conduite de cette initiative, résulte du fait qu’au Nord-Bénin, beaucoup d’enfants ne connaissent pas leurs droits et n’ont pas l’habitude de prendre la parole en public. « Dans nos communautés, les enfants sont souvent éduqués à “se taire”, à “ne pas répondre aux adultes”, ce qui les rend encore plus vulnérables en cas de violation de leurs droits » indique-t-elle. Le procès simulé se révèle être donc un moyen qui combine l’apprentissage des droits de l’enfant et la prise de parole en public. 

À gauche, Gloria Egom, élève en classe de 6e et sa collegue Afi (à droite) dans le rôle d'une juge d’instruction.
UNICEF BENIN aout 2025 Yeloiga Boni À gauche, Gloria Egom, élève en classe de 6e et sa collègue Afi (à droite) dans le rôle d'une juge d’instruction.

Lors de la colonie à Parakou, Lovely a d’abord élaboré un cas fictif inspiré des violences que subissent certains enfants au Bénin en général et au Nord du pays en particulier. Ensuite, des rôles de juge, avocats, procureur, greffier, victime, témoins ont été attribués aux filles identifiées. Enfin, des ateliers de formation pour expliquer le fonctionnement d’un procès, le rôle des différents acteurs de la justice et des séances intensives de préparation ont suivi. « Nous avons répété ensemble plusieurs fois, parfois plus de deux heures durant, afin que chacune se sente prête et confiante. Le grand procès simulé a été tenu devant les autres filles participantes de la colonie et des autorités présentes. À la fin du processus, je note que les filles sont fières de ce qu’elles ont accompli et je le suis également. Le procès a été pour elles un atelier de changement, un moment qui restera gravé dans leur mémoire ».

Cette initiative étant à sa première édition, Lovely souhaite que le procès simulé des enfants s’inscrive dans le temps et devienne un programme d’envergure nationale afin de faire des enfants, des défenseurs de leurs droits. Pour elle, il faudra que «le procès simulé soit pérennisé dans le programme colonie de vacances des filles afin que d’autres générations puissent bénéficier de cette expérience et former un réseau d’enfants ambassadeurs des droits de l’enfant, pour qu’ils deviennent les premiers défenseurs de leurs droits."

Lors du procès fictif d'Abdoulaye Soumaïla, Raoudatou, 14 ans, élève en classe de 3e au CEG1 de Pèrèrè (Commune de Pèrèrè), incarne le rôle du ministère public en prenant notes des échanges des prévenus
UNICEF BENIN aout 2025 Yeloiga Boni Lors du procès fictif d'Abdoulaye Soumaïla, Raoudatou, 14 ans, élève en classe de 3e au CEG1 de Pèrèrè (Commune de Pèrèrè), incarne le rôle du ministère public en prenant note des échanges des prévenus.

Abdoulaye Soumaïla Raoudatou, 14 ans, élève en 3e au CEG 1 de Pèrèrè, a joué le rôle de Procureur spécial de la cour défendant les intérêts de la société. Son témoignage révèle une étincelle retrouvée. « Je suis première de ma classe. Grâce à cette colonie, j’ai repris espoir. Les modèles qui sont passés m’ont inspirée. Aujourd’hui, je suis convaincue que je peux devenir diplomate ».

Pour Adjé Chancelle, 17 ans, élève en Terminale D au CEG Akpassi, cette semaine fut une vraie révélation personnelle. « Au début, j’étais pleine d’appréhensions. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais j’ai découvert que j’ai du potentiel. Je suis une leader. Je suis sortie de ma zone de confort. Avant, je ne pouvais pas parler devant un public. Maintenant, je crois en moi ».

Un des avocats prend note des temoignages
UNICEF BENIN aout 2025 Yeloiga Boni À gauche, Idane Toni, 16 ans, et à droite, Adjé Chancelle, 17 ans, incarnant les avocates de la partie civile lors du procès fictif.

Apprendre, s’exprimer, agir

L’initiative « Tribunal des droits de l’enfant » démontre qu’en investissant dans la connaissance des droits, la confiance en soi et le leadership, on peut libérer un potentiel immense chez les adolescentes.