Quand il n'y a pas la paix, rien ne marche
À travers des formations en gestion de conflits, des initiatives locales et des projets d'autonomisation, 20 779 jeunes bénéficiaires impactent positivement leur communauté avec le soutien de l'Union Européenne.
Dans le contexte difficile de la crise au Sahel, contexte marqué par les conflits armés, l’instabilité politique, les défis environnementaux et les problèmes socioéconomiques, et qui impactent fortement les communautés du Nord Bénin, un groupe de jeunes a décidé de changer le récit. Leur engagement envers la paix, la cohésion sociale et l’autonomisation a permis de créer les conditions d’un avenir plus prometteur pour eux-mêmes et pour leurs communautés.
Le Bénin, comme d'autres pays de la sous-région, fait face à des défis considérables dans le secteur éducatif. Selon le Plan Sectoriel de l’Éducation (PSE) 2018-2030, environ 831 000 jeunes restent hors du système scolaire, soit près de 43,6% des enfants non scolarisés. Cette réalité, marquée par un faible niveau d’instruction et un accès limité à la formation professionnelle, laisse une grande partie des jeunes dans une impasse. Mais dans les communes de Cobly, Matéri, Tanguiéta, Natitingou, Kérou, Banikoara, Karimama et Ouaké, une initiative a vu le jour pour changer cette routine.
En effet, 160 jeunes ont été formés en gestion des conflits, cohésion sociale et dialogue communautaire. Pendant trois jours, ils ont exploré des solutions pour promouvoir la paix et la cohésion sociale dans leurs communautés.
La séance a été très riche. Chacun de nous a pu s'exprimer sur les stratégies à mettre en œuvre pour vivre dans un environnement de paix et de cohésion sociale. La phrase qui m'a le plus marqué est : « C'est de pouvoir toujours trouver des solutions entre nous dès qu'un problème survient au sein de la communauté » témoigne Tchoumbote Mamam, représentant des chefs d’arrondissement de la commune de Ouaké.
Les initiatives des jeunes ont eu un impact au-delà des formations. La communauté U-Reporters de la commune de Ouaké, composé de Joares, Sadaté, et d'autres jeunes engagés, a reçu un financement d'un million de francs CFA (1.000.000) pour mener des activités dont celle liée à la sensibilisation sur les conflits entre éleveurs et agriculteurs. Ces actions ont été complétées par des émissions radiophoniques diffusées en langue locale Foudo par des jeunes de la communauté voire des formations sur des activités génératrices de revenus. Un contrat est signé avec la radio pour animer des émissions même après le programme.
Parallèlement, le programme a permis à des jeunes comme Nadia, 29 ans, de se lancer dans l'entrepreneuriat. Après avoir suivi une formation sur la fabrication de perles et de savon liquide, elle a démarré sa propre activité de fabrication de porte-clés, des bracelets et de savon de bain. "Aujourd’hui je suis installée à mon propre compte. Cela me permet d’avoir un peu d’argent pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma sœur qui va à l’université", raconte Nadia avec fierté.
Les subventions données aux groupes ont touché bien plus que les 160 jeunes initialement visés. Une attention particulière a été portée aux personnes handicapées, avec des actions comme celles menées par le groupe Irimbatchéré, qui signifie « Aimons-nous les uns – les autres » en langue locale. Ce groupe a travaillé en étroite collaboration avec des associations de personnes handicapées, en faisant des émissions radios animée par des personnes en situation de handicap.
Saida, 16 ans, handicapée moteur, orpheline de père et mère, vit chez ses grands-parents. Elle témoigne "Dans nos sociétés, les personnes en situation de handicap sont souvent cachées dans les chambres et leurs parents ne veulent pas qu’elles sortent à cause du regard de la société. Je suis allé à l’école jusqu’en CM2, mais j’ai abandonné parce que mes amis se moquaient de moi." Après avoir écouté l’émission radiophonique, Saida a contacté le groupe Irimbatchéré, qui l’a orientée et conseil au GUPS pour bénéficier d’un appui. J’aime faire le tatouage de herné, je suis actuellement en apprentissage et ma patronne m’a autorisé à commencer en attendant le paiement de mon contrat. « affirme Saida avec beaucoup d’émotion.
Un autre exemple poignant est celui de Daouda Farid, 25 ans, handicapé moteur. Après avoir échoué deux fois au baccalauréat, il a décidé de se lancer dans l’apprentissage de la couture. "Je souhaiterai m’installer à mon propre compte et confectionner de jolies tenues pour les gens. Je pense pouvoir accompagner financièrement ma famille et ne plus être une charge pour eux", confie Daouda.
Le programme a vu la tenue également d’un hackathon réunissant 90 jeunes, dont 49 filles, de communes comme Natitingou, Djougou, Kandi et Parakou. Les trois meilleures équipes ont reçu un financement pour la mise en œuvre de leurs solutions. Les lauréats du programme ADC 229 ont également reçu des subventions complémentaires pour continuer leurs initiatives.
Les résultats de ce programme, financé par l'Union Européenne et mise en œuvre par AFRIKEDUTECH, sont impressionnants, plus de 20 779 jeunes ont été impactés par les diverses activités.