Communautés agropastorales au Bénin : Du dialogue national à l’ancrage local
Après un sommet stratégique à Cotonou, l’heure est désormais à des solutions départementales pour transformer les recommandations en actions concrètes au service de l’éducation des filles et de la cohésion sociale.
Lancé en janvier 2024, le programme de coopération 2024-2026 entre l’UNICEF et le Haut-Commissariat à la Sédentarisation des Éleveurs (HCSE) franchit une étape décisive. Après un sommet stratégique à Cotonou, l’heure est désormais à la construction des solutions locales à travers des ateliers départementaux, afin de transformer les recommandations en réalités concrètes pour l’éducation des filles et la cohésion sociale.
Tout commence en décembre 2024. Cotonou devient le centre d’une réflexion collective, réunissant 145 acteurs clés (leaders communautaires, les jeunes, les chefs traditionnels, représentants de l’État et partenaires au développement, etc ) . L'objectif est de définir et trouver les moyens pour lever les barrières à l’épanouissement des enfants des communautés agropastorales.
Deux piliers ont émergé de ces échanges : l’urgence de renforcer l’éducation des filles freinée par les violences basées sur le genre (VBG) et les normes socioculturelles, et la nécessité de garantir la cohésion sociale par des mécanismes de médiation locale face aux conflits liés aux terres de pacage.
La territorialisation : se rapprocher des réalités de chaque zone
Pour que ces décisions ne restent pas lettre morte, une série de restitutions départementales a été initiée entre octobre et novembre 2025 à Bohicon, Djougou et Parakou. L’idée est de s’adapter aux spécificités de chaque région. Moussa Sambo Moumouni, Deuxième Adjoint au Maire de la commune de Malanville, souligne l’importance de cette approche décentralisée. « L'une des grandes recommandations est en lien avec le maintien des filles à l'école en raison des statistiques qui sont alarmantes. Après le niveau national, il faut faire un atelier au niveau des départements car les spécificités varient d’un département à un autre. Il faut être plus proche des problématiques de chaque zone et y répondre de façon rapprochée et adaptée. »
Le défi majeur reste la perception de l’école par les parents et les contraintes liées au mode de vie pastoral. Le départ vers les collèges, souvent éloignés, constitue un point de rupture critique. « Il faut ensemble corriger les idées reçues par les parents et les pesanteurs socioculturelles, comme la peur du brassage avec d'autres cultures ou la crainte que la famille "perde" la jeune fille. Le fait que les parents bougent ou sont souvent en mobilité crée des défis de maintien des enfants à l’école. Dans les zones où les taux sont particulièrement bas, ce que je propose est de créer un foyer de jeunes filles, en initiant une phase pilote », suggère Moussa Sambo Moumouni.
Adama Sonkpian, étudiante en socio-anthropologie à Parakou, témoigne de ces préjugés : « Pour certains parents ou familles, l'école est considérée comme conçue pour embrouiller ou faire un lavage de cerveau aux filles. Ils disent qu'en ville, elles changent de comportement ou vont tomber enceintes. J'ai hébergé une amie de la 4ème en Terminale car son père, opposé à ses études, l'avait renvoyée. Elle a finalement dû retourner au village faute de moyens. »
Au-delà de l'école, l'accès aux droits fondamentaux comme l'état civil est un levier indispensable. Sanda Adam, président de l'Association des Étudiants Peulh du Sud (AEPeS), rappelle que l'inclusion commence par une existence légale.
« Notre équipe a identifié le faible enregistrement des naissances et l'éloignement des services de santé comme des défis majeurs. Parmi les solutions, les séances de sensibilisation sur l'importance des documents administratifs doivent être généralisées et des procédures de rattrapage mises en place pour les enfants non déclarés. »
Ces rencontres ont également permis d’identifier des solutions locales et concertées aux tensions liées à l’accès aux ressources, tout en promouvant la cohésion sociale. Elles ont également consolidé le rôle des autorités locales dans la médiation et la prévention des conflits.
Vers une feuille de route opérationnelle
L’ambition de ces ateliers départementaux dépasse la simple discussion. Il s’agit de co-élaborer une feuille de route opérationnelle intégrant des actions prioritaires par département, une répartition claire des responsabilités entre les institutions et les leaders communautaires et enfin un suivi participatif incluant un groupe « jeunesse » pour garantir la redevabilité.
Grâce à l’appui de UNICEF et de la Coopération suisse, ces ateliers ont contribué à renforcer la cohésion sociale et à améliorer la compréhension des mécanismes de prévention et de gestion des conflits au sein des communautés agropastorales. À travers les échanges et les réflexions menés, les participants ont été mieux outillés pour promouvoir le dialogue, la coexistence et une gestion concertée des différends communautaires.