À Akparé, Agnès reconstruit sa vie après la traite
Vigilance face aux fausses promesses qui exposent les enfants à la traite et à l’exploitation.
À Akparé, un village de la région des Plateaux, les éclats de voix joyeux et le bourdonnement des sèche-cheveux animent un petit salon de coiffure. Entourée par ses devancières, concentrée, Agnès, 20 ans, sépare délicatement des mèches pour tresser une natte. Chaque geste précis traduit un apprentissage en cours et une vie qui se reconstruit.
Il y a quelques années encore, son avenir semblait incertain. Originaire d’Akparé, dans la préfecture de l’Ogou, Agnès est la cinquième d’une fratrie de dix enfants. Après son Brevet d’études du premier cycle (BEPC), les difficultés économiques de sa famille la poussent à accepter une proposition de travail domestique à Lomé.
J’y ai passé un an. J’étais maltraitée, mal nourrie et je n’ai jamais été payée. Quand j’ai voulu partir, on a refusé.
Comme de nombreux enfants et adolescents victimes de traite, Agnès finit par rentrer au village, sans ressources et profondément marquée par l’exploitation subie. Son parcours aurait pu s’arrêter là. Mais une mission des services sociaux, soutenue par l’UNICEF dans le cadre du Programme de lutte contre la traite des enfants (MPTF), va changer le cours de son histoire.
Un nouveau départ grâce à la coiffure
« Une délégation était venue dans notre village. J’ai raconté mon histoire. C’est comme ça que j’ai pu signer un contrat d’apprentissage », explique Agnès.
Aujourd’hui, elle vit à Akparé dans la famille de sa tutrice, qui est aussi sa formatrice en coiffure. Chaque matin, elle rejoint le salon où elle apprend diverses techniques de tressage, comme elle l’avait souhaité. Les journées sont rythmées, l’encadrement bienveillant et l’environnement sécurisé.
Je me sens bien chez ma tutrice et son mari. Nous respectons les heures normales de travail. Quand je finirai l’apprentissage, je veux ouvrir mon propre salon.
Sa tutrice confirme son intégration. « Elle est sérieuse et respectueuse. Elle apprend vite et s’entend bien avec les clientes », témoigne-t-elle.
Ce modèle d’apprentissage, où la formatrice est aussi la famille d’accueil, constitue un pilier de la réinsertion. Il permet aux enfants survivants de la traite de retrouver un cadre protecteur, tout en acquérant des compétences professionnelles durables et valorisantes.
Retrouver confiance et autonomie
Au Togo, la lutte contre la traite des enfants ne se limite pas à l’identification et au retrait des victimes. Avec l’appui de l’UNICEF et de ses partenaires, le Gouvernement met en œuvre un accompagnement global qui comprend le soutien psychosocial, la formation professionnelle, l’appui en matériel et la préparation à l’insertion économique.
Dans la région des Plateaux, 40 enfants enfants, dont 34 filles, ont ainsi été réinsérés en apprentissage dans plusieurs métiers, dont la coiffure. Les familles d’accueil et les communautés sont également sensibilisées aux risques de migration précoce et à la protection de l’enfant. Dans les quatre régions concernées notamment Maritime, Plateaux, Centrale et Kara, ce Programme a permis, à travers des mécanismes communautaires de protection des enfants (appelés organes fédérateurs), de sensibiliser et de former 4417 personnes dont 1786 femmes et 406 filles. 3557 personnes dont 2120 ont vu leurs compétences de vie courante renforcées.
Au-delà de la formation technique, Agnès participe aussi à des séances de compétences de vie courante. Elle y apprend à s’exprimer, à prendre confiance et à connaître ses droits et devoirs. Progressivement, elle retrouve l’estime de soi qui lui avait été retirée par l’exploitation.
Les jeunes réinsérés comme Agnès deviennent des exemples pour les autres enfants.
D’une survivante à une actrice de changement
Devant le salon de coiffure à Akparé, Agnès termine une coiffure et observe le résultat avec satisfaction. Le regard autrefois marqué par la peur laisse place à la détermination.
Son rêve est clair : ouvrir son propre salon et, un jour, former à son tour des jeunes filles vulnérables. « Je veux que d’autres ne vivent pas ce que j’ai vécu », dit-elle.
Le parcours d’Agnès illustre la transformation possible lorsque protection, accompagnement et formation se conjuguent. D’enfant exploitée dans le travail domestique, elle devient apprentie qualifiée, future entrepreneure et messagère de prévention dans sa communauté.
À Akparé, son histoire rappelle qu’avec un soutien adapté et durable, les enfants survivants de la traite peuvent reconstruire leur dignité, retrouver leur autonomie et contribuer positivement à la société.