Gouré, Niger : Quand la santé vient aux populations

"Nous sommes tellement heureuses de les voir arriver."

Islamane Abdou & Laetitia Ouoba
14 octobre 2025

Il est 5h du matin à Gouré. Amina se tient droite, les pieds dans la poussière, un pagne noué autour de sa taille et le regard fixé vers l’horizon. Dans ses bras, son plus jeune fils dort encore, la tête lourde contre son épaule. Autour d’elle, le village s’éveille lentement, mais une attente silencieuse remplit l’air. Aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire.

Aujourd’hui, la clinique mobile revient.

Dans cette région reculée de Gouré, frontalière avec le Nigeria, le centre de santé le plus proche se trouve à plus de 15 kilomètres. En saison des pluies, les pistes sont impraticables. Pour une simple consultation prénatale, une femme enceinte doit marcher plusieurs heures, souvent sous un soleil écrasant, parfois sans nourriture, sans eau. Alors, quand la santé vient à elles, les mères ne perdent pas une seconde.

"Nous sommes tellement heureuses de les voir arriver," confie Amina. "Aujourd’hui, c’est comme si on nous avait rendu notre dignité. On est enfin vues, écoutées, soignées."

Quelques instants plus tard, le bruit du moteur fend le silence. Un véhicule blanc soulève un nuage de poussière. À bord, une équipe d’agents de santé déploie rapidement leur matériel. À l’ombre d’un arbre, une sage-femme installe une table pour les consultations prénatales. 

Quand la santé vient aux populations
UNICEF Niger/Islamane

Plus loin, un infirmier déroule les carnets de vaccination, pendant qu’un autre agent installe les sachets d’aliments thérapeutiques.

Habsa, 25 ans, arrive à son tour avec ses trois enfants. Son cadet souffre de malnutrition.  "C’est difficile, mais c’est vital. Si on rate une distribution, l’état de l’enfant peut rechuter. Quand on vient ici, il est contrôlé, suivi, et ça change tout."

Chaque enfant est pesé, mesuré, le tour de bras vérifié. Les cas de malnutrition modérée reçoivent un traitement sur place. Pour les cas graves, des référencements sont immédiatement prévus.

"Ici, beaucoup d’enfants n’ont pas reçu toutes leurs doses de vaccin, c’est un risque énorme," explique Ibrahim, infirmier. "Notre mission, c’est de les retrouver, de les protéger, et de sensibiliser les familles."

La file de femmes s’allonge tout au long de la matinée. Certaines sont venues avec leurs voisines, d’autres ont emprunté des charrettes. Mais toutes ont ce regard d’espoir, cette attente résignée mais déterminée.

Les cliniques mobiles
UNICEF Niger/Islamane

Aïcha, mère de cinq enfants, regarde son fils qui vient de recevoir un vaccin. "Les maladies nous prenaient nos enfants sans prévenir. Aujourd’hui, on sent qu’on peut les protéger."

Ces cliniques mobiles soutenues par nos partenaires, notamment ECHO et USAID, sont bien plus qu’une solution logistique. Elles sont un symbole. Un pont entre les promesses de soins et les réalités de terrain. En 2024, l’appui d’ECHO au système de santé a permis de toucher plus de 425 000 personnes à travers le pays, une bouffée d'oxygène pour un système de santé qui se bat contre la distance et l'isolement. Des milliers de femmes et d'enfants ont reçu non seulement des soins, mais aussi de la considération.

Le soleil est haut désormais, et la clinique commence à replier ses affaires. Amina sécurise les sachets d’aliments thérapeutiques dans son pagne. "Aujourd’hui, mon enfant est soigné. Demain, il pourra courir. C’est ça, l’espoir."