Sensibilisation, Déconstruction des Mythes et Espoir d'un Avenir sans Mutilations Génitales Féminine
Lutte contre les MGF : Témoignage d'une Actrice du Changement, Assia âgée de 19 ans.
Interview réalisé par : Dr Mohamed Hassan Kamil, Coordinateur du programme de l’UDC (Union pour le Développement et la Culture)
L'interview ci-dessous a été réalisée avec une animatrice du programme intitulé "Appui à la participation des adolescents et des jeunes au changement social et comportemental visant à éliminer les normes sociales et de genre néfastes, en particulier les mutilations génitales féminines, dans dix localités des régions d'Obock et de Dikhil, financé par l'UNICEF et exécuté par l’Union pour le Développement et la Culture (UDC).
• Depuis quand t'es-tu engagée dans la lutte contre les MGF ?
Je me suis engagée en août 2023, après avoir suivi une formation à l'UDC.
• Qu'est-ce qui t'a poussée à t'engager ?
Je souffre énormément chaque mois pendant mon cycle menstruel, ce qui m'a rendue consciente des conséquences dramatiques des MGF sur la santé des femmes. La formation que j'ai suivie à l'UDC a renforcé mon engagement et ma détermination à lutter pour l'abandon de cette pratique.
• Quel est ton rôle ?
Je suis une actrice du changement pour promouvoir l'abandon de la pratique des MGF.
• Quelles actions as-tu déjà entreprises ?
Après ma formation en août 2023, j'ai utilisé le kit fourni pour mener une série d'entretiens individuels et de petits groupes avec des jeunes, des élus locaux, des chefs coutumiers, des religieux et des exciseuses. Mon principal objectif était de déconstruire les idées préconçues sur les MGF.
• Comment les personnes ont-elles réagi à ton action ?
La campagne de sensibilisation sur les MGF a suscité diverses réactions, mais généralement positives.
• Comment envisages-tu la suite ?
La dynamique de changement social est en marche et démontre qu'il est possible d'éliminer les MGF. Mon rêve est de voir notre société se débarrasser définitivement de cette pratique.
• J'imagine que tu as discuté avec des personnes, notamment des jeunes, qui sont en faveur de cette pratique. Que disent-elles ? Et pourquoi le font-elles ?
J'ai eu des discussions avec des centaines de jeunes, d'hommes et de femmes. De nombreuses idées fausses circulent au sujet des MGF. Certaines personnes pensent que :
- Les femmes excisées n'éprouvent pas de plaisir sexuel.
- Ne pas exciser le clitoris provoque des démangeaisons et une mauvaise odeur.
- Si le clitoris n'est pas coupé, il continuera à pousser.
- Une fille non excisée a des désirs sexuels incontrôlables.
- D'autres croient que les MGF sont recommandés par l'islam pour purifier le corps de la femme.
• Quel message souhaites-tu transmettre aux autres jeunes ?
Aujourd'hui, grâce aux efforts de chacun, les MGF sont démystifiés, et le silence qui les entourait est brisé. C'est à nous, la jeune génération, de poursuivre la lutte contre cette pratique traditionnelle préjudiciable à la santé des filles et des femmes. Le travail de sensibilisation et de plaidoyer doit être intensif et constant. Nous pouvons faire la différence en mettant fin à cette pratique nocive pour les générations futures.
Il est à noter que ce programme a été mise en place dans les 10 localités rurales (5 localités de Dikhil) et 5 localités à Obock). Son objectif est de sensibiliser les jeunes, les chefs coutumiers, les religieux et les exciseuses sur les méfaits des MGF et de les encourager à l’abandon total de cette pratique traditionnelle néfaste à la santé des femmes.
L’UNICEF œuvre avec ses partenaires institutionnels et la société civile pour mettre fin à une pratique qui touche encore un nombre considérable de jeunes filles dans le pays. Cela est rendu possible grâce à la collaboration et à la contribution du programme global conjoint MGF UNFPA-UNICEF/ Phase IV (2022-2030).
Note De l'Editeur : L'interview a été traduite de la langue afar le vendredi 10 novembre 2023 à Dallay-af, dans la région d'Obock.