Les Comores s’engagent pour protéger les filles contre le cancer du col de l’utérus
Avec l’appui de l’UNICEF, de l’OMS et de Gavi, le pays déploie une campagne d’immunisation contre le papillomavirus humain, dans le cadre de l’introduction de ce nouveau vaccin au programme Elargi de vaccination du pays
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Dans l’enceinte de l’École Moroni Application, l’ambiance était celle d’un moment historique : la première injection du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) à quatre adolescentes, sous le regard attentif des autorités nationales, des partenaires internationaux, des leaders religieux et des parents.
Cette scène n’était pas seulement un acte médical, mais un geste fort pour marquer le démarrage officiel de la campagne de vaccination aux Comores. Entre échanges, applaudissements et messages de soutien, l’événement a illustré la volonté collective de protéger les filles de de 9 à 14 ans contre le cancer du col de l’utérus et d’inscrire le pays dans la stratégie mondiale d’élimination de cette maladie d’ici 2030.
« Aujourd’hui, l’Union des Comores fait un choix fort : protéger nos filles, protéger nos familles, protéger l’avenir. En posant cet acte, conformément à notre stratégie nationale de vaccination, nous rejoignons la stratégie mondiale de l’OMS pour éliminer le cancer du col de l’utérus (…) a déclaré Ahamadi Sidi Nahouda, ministre de la Santé. Il a rappelé qu’un vaccin n’offre une protection que s’il est accepté et administré. C’est pourquoi il a appelé à l’engagement de tous : parents, enseignants, chefs d’établissements, leaders religieux et communautaires, ainsi que professionnels de santé, afin que chacun joue pleinement son rôle. « Protéger nos filles n’est pas une option, c’est un devoir », a-t-il insisté.
Mustapha Ben Messaoud, représentant de l’UNICEF aux Comores, a quant à lui tenu à rassurer les communautés, en rappelant que le vaccin HPV est sûr, efficace et utilisé depuis plus de 15 ans dans plus de 140 pays. En insistant sur la nécessité de s’appuyer sur des données fiables, il a martelé : « Aucune rumeur, aucun message sur les réseaux sociaux ne peut remplacer les faits. Les faits, ce sont les données de santé publique ; ce sont les pays qui l’ont introduit avec succès ; ce sont les femmes qui, aujourd’hui, sont protégées ».
Le représentant de l’UNICEF aux Comores a également mis en avant l’engagement des partenaires pour garantir le succès de la campagne. Selon lui, grâce à la collaboration entre le Gouvernement, l’OMS, Gavi et des partenaires tels que la Banque mondiale, toutes les conditions sont réunies : des vaccins disponibles dans chaque district, des équipes formées pour assurer une vaccination sûre et conforme aux standards internationaux, ainsi qu’un suivi rigoureux pour atteindre chaque fille âgée de 9 à 14 ans, quel que soit son lieu de résidence.
Cette initiative, menée par le ministère de la Santé et celui de l’Éducation avec l’appui de l’UNICEF, de l’OMS et de Gavi, vise à protéger toutes les filles âgées de 9 à 14 ans, âge recommandé pour une protection optimale avant le début de la vie sexuelle.
Du 26 au 28 novembre, les équipes de santé ont sillonné les écoles et les communautés pour administrer le vaccin et sensibiliser les familles, afin d’assurer une couverture maximale. Au total, 15 727 filles âgées de 9 à 14 ans ont été concernées sur les îles de Ngazidja, Mwali et Ndzuani. Au-delà de cette campagne, la vaccination contre le VPH sera progressivement intégrée dans le programme de vaccination de routine aux Comores, garantissant ainsi une protection durable pour toutes les filles.
Le cancer du col de l’utérus est le quatrième cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde, avec 660 000 nouveaux cas et 350 000 décès en 2022. Aux Comores, la situation est particulièrement préoccupante. Selon les estimations de GLOBOCAN 2022, le cancer du col de l’utérus concerne 163 cas sur 382 cas de tous les cancers chez les femmes, soit une proportion de 42,7 % et un taux d’incidence standardisé de 26,3 pour 100 000 femmes. Par ailleurs, 102 décès sur 251 décès liés à tous les cancers féminins sont attribuables à ce cancer, représentant 40,6 % et un taux de mortalité standardisé de 24,4 pour 100 000 femmes.
Il s’agit de la première cause de décès par cancer chez les femmes âgées de 15 à 44 ans. Le cancer du col de l’utérus est provoqué par une infection persistante au virus du papillomavirus humain (HPV). Les types les plus fréquents sont le HPV16 et le HPV18, responsables à eux deux d’environ 70 % des cas.
La vaccination prophylactique contre le VPH est reconnue comme l’une des stratégies les plus efficaces et abordables pour prévenir cette maladie. Selon l’OMS, atteindre 90 % de couverture vaccinale chez les filles de 15 ans d’ici 2030 est essentiel pour éliminer le cancer du col de l’utérus.
Mobilisation communautaire et partenariats
Au-delà de la vaccination, la campagne s’est appuyée sur une forte mobilisation sociale, rendue possible grâce à un programme structuré de renforcement des capacités, initié par le ministère de la santé, avec le soutien de l’UNICEF.
En amont de la campagne, les leaders religieux ont bénéficié d’une formation spécifique pour consolider leur rôle dans la promotion de la vaccination contre le VPH et dissiper les malentendus d’ordre éthique ou culturel. Cette initiative a été complétée par la formation des membres de l’Association comorienne contre le cancer chez les femmes, afin qu’ils deviennent des relais d’information fiables au sein des communautés.
Parallèlement, des mobilisateurs sociaux ont été formés pour mener des campagnes de sensibilisation porte-à-porte, garantissant une couverture maximale et un dialogue direct avec les familles. Les acteurs du secteur éducatif ont également été informés sur leur rôle stratégique dans la mobilisation des parents et des enfants, en intégrant des messages clés dans les écoles.
Cette approche intégrée, combinant formation, communication et engagement communautaire, constitue un levier essentiel pour assurer l’acceptabilité sociale du vaccin et atteindre les objectifs de couverture vaccinale aux Comores.
L’introduction du vaccin contre le HPV s’inscrit dans la stratégie mondiale de l’OMS visant à éliminer le cancer du col de l’utérus. En combinant vaccination, dépistage et traitement, les Comores espèrent réduire drastiquement la mortalité liée à cette maladie dans les prochaines années. Pour de nombreuses familles, cette campagne représente un espoir concret : celui de sauver des vies et de briser le cycle des inégalités en matière de santé