Formés pour sauver des vies
A N’Djaména, un stage de 45 jours en néonatalogie pour renforcer les soins des nouveaux-nés au Tchad
Au Tchad, le taux de mortalité néonatale s’élève à 31 pour 1 000 naissances vivantes, d’après les statistiques 2024 du Groupe inter organisations des Nations Unies pour l’estimation de la mortalité infantile (UN IGME). Les principales causes de décès sont la prématurité, les asphyxies à la naissance et les infections néonatales.
Pour renforcer la prise en charge des nouveau-nés, l’UNICEF, en collaboration avec le ministère de la Santé publique est en train de mettre en place des Unités de néonatologie dans les hôpitaux provinciaux d’Abéché, de Moundou et de Sarh. C’est dans ce cadre qu’il a soutenu un stage pratique d’immersion de 45 jours au service de néonatologie du Centre hospitalier universitaire de la Mère et de l’Enfant de N’Djamena de neuf professionnels de santé, trois venus d’Abéché dans l’est du Tchad, trois de Moundou et trois de Sarh dans le sud, y ont participé. Leur mission : améliorer les soins aux nouveau-nés malades ou de faible poids de naissance par, la maîtrise de l’utilisation des couveuses et de la photothérapie, l’alimentation des nouveau-nés vulnérables ainsi que les gestes de réanimation qui sauvent des vies.
Apprendre les gestes qui sauvent
Dès leur arrivée, on sentait l’envie d’apprendre des stagiaires. Les journées étaient consacrées aux gestes pratiques : allumer et régler une couveuse, surveiller la température et la respiration d’un nouveau-né, poser des sondes et réaliser des gestes de réanimation, alimenter les nouveau-nés. Les exercices se faisaient sous l’œil attentif des formateurs.
Parmi les stagiaires, Halom al Béchir, infirmière en soins obstétricaux à l’hôpital provincial de Moundou, s’active auprès d’un nouveau-né. Avec assurance, elle applique les gestes appris durant la formation et confie :
Nous avons appris à utiliser les outils. Si Dieu le veut, nous allons sauver la vie des enfants.
Togoyai Toidibaye, accoucheuse à l’hôpital provincial de Sarh, partage son expérience :
Par manque de couveuses à Sarh, nous mettions les nouveau-nés dans des cartons par manque de matériel. Grâce à cette formation, nous savons maintenant utiliser la photothérapie, manipuler et entretenir les couveuses. Cela nous permettra de mieux soigner les nouveau-nés et de sauver plus de vies.
Lardjim Florence, sage-femme à Moundou, ajoute :
À Moundou nous avions des couveuses, mais nous ne savions pas toujours les utiliser. Nous avons appris à utiliser les tables chauffantes, poser les sondes, faire les prélèvements et appliquer les règles d’hygiène pour les nouveau-nés. Nous voulons faire mieux pour sauver des vies.
Les défis dans les provinces
Pour d’autres stagiaires, l’absence d’équipement est encore un obstacle. Oumnabidji Kaina, technicienne de santé à Abéché, raconte :
Nous avons appris à réanimer un enfant, poser des sondes, allumer et utiliser les couveuses et contrôler les paramètres vitaux. À Abéché, nous n’avons pas encore de couveuse, quand on en aura, nous pourrons sauver plus de vies. J’ai choisi ce métier pour sauver des vies.
Koutou Yoguernan, infirmier à Sarh, explique qu’avant, faute de couveuse, on utilisait souvent la méthode kangourou (contact peau-à-peau entre le parent et le bébé) pour garder les prématurés au chaud.
Aujourd’hui, avec la formation, nous pouvons mieux prendre en charge les nouveau-nés malades et soulager les familles.
Halime Abdramane, sage-femme à Abéché, précise :
Nous n’avons pas d’unité de néonatalogie ; les prématurés sont souvent référés vers l’orphelinat qui a des couveuses. Nous avons beaucoup appris : surveillance, photothérapie, utilisation des couveuses. À notre retour, nous participerons à la réduction de la mortalité néonatale.
Espoirs et changements attendus
Du côté de Moundou, Noudjimadji Solange insiste sur le manque de moyens :
« Nous avons deux couveuses mais il manque du matériel et des produits. Cette formation nous aide à mieux utiliser ce que nous avons pour améliorer la prise en charge.»
Pour Zenaba Abdoulaye, sage-femme à l’hôpital provincial de Sarh, l’apprentissage est aussi un espoir :
« Il n’y a pas d’unité de néonatologie à Sarh ; nous travaillons souvent avec les moyens du bord. Aujourd’hui j’ai appris à utiliser la couveuse, la table chauffante et la photothérapie. Nous allons mettre ces connaissances en pratique pour sauver des vies. »
Ahlam Hissein, infirmière à Abéché résume l’état d’esprit général :
«Nous avons appris beaucoup de nouvelles choses. Le plus grand problème reste la prise en charge des prématurés, mais cette formation va changer les choses.»
Du côté des encadreurs, l’accompagnement a été attentif. Le Dr Yannick Alladjibaye, pédiatre responsable de l’unité de soins intensifs de néonatalogie du CHU Mère et Enfant de N’Djamena, rappelle les défis : le manque de personnels qualifiés, de matériels, des structures adéquates dans les provinces et l’urgence d’améliorer la prise en charge des nouveau-nés. Il salue la motivation des stagiaires et mise sur leur rôle de relais :
« Ils vont transmettre ces compétences à leurs équipes et améliorer les soins dans leurs hôpitaux. »
Aujourd’hui, ces neuf professionnels retournent dans leurs provinces avec des compétences qui peuvent faire la différence lors des premières heures de la vie des enfants. Ils deviennent des encadreurs à leur tour pour renforcer les capacités de leurs collègues. L’UNICEF, grâce au soutien financier du Fonds Muskoka pour la santé de la femme et de l’enfant, a rendu possible cette formation. Ce soutien vise à améliorer la qualité des soins néonatals, renforcer l’offre de prise en charge dans les provinces, et accompagner l’ouverture progressive d’unités de néonatologie.
À terme, six couveuses (deux par structure) seront déployées dans les hôpitaux provinciaux d’Abéché, de Moundou et de Sarh afin de réduire la mortalité maternelle et néonatale au Tchad et d’offrir à chaque nouveau-né de meilleures chances de survie.