Festival Je suis musique : Un pré-festival à Yaoundé qui donne de la voix aux droits des enfants

Plus de 600 enfants ont animé l’école publique de Melen le 31 janvier, offrant une vitrine artistique pour les droits de l’enfant et renforçant la cohésion entre les noyaux musicaux de Yaoundé.

Marie Guy Bandolo
trois apprenantes de Je suis Musique chantent lors du Pré-festival à l'école publique de Melen
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo
09 février 2026

Habituellement, le samedi est une journée calme, ponctuée par les pépiements d’oiseaux à l’école publique de Melen. Parfois, l’orchestre de l’École militaire interarmées, située à quelques mètres de l’école fait retentir des musiques patriotiques.

Ce samedi-là, plus de 600 enfants issus des trois noyaux de musique de Yaoundé ont empli l’atmosphère d’une harmonie artistique et fraternelle. Ensemble, elles et ils ont porté l’écho vivant et vibrant de leurs droits.

L’école publique s’est alors transformée en un parcours artistique avec plusieurs escales : le théâtre pour vivre et raconter ses droits; le dessin pour graver sur un mur ses rêves ; la danse pour libérer le corps et l’esprit de tout carcan et enfin la grande scène pour articuler avec la voix et le corps les droits de l’enfant.

Sur le mur des rêves, des petites mains dessinent côte à côte leur instrument de musique préféré et racontent leur expérience au sein du programme Je suis musique.

Un groupe d'enfants dessinent leur instrument de musique préféré et décrivent leurs rêves lors du Pré-festival Je suis Musique à l'école publique de Melen à Yaoundé.
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo A group of children draw their favourite musical instrument and describe their dreams during the I am Music pre-festival at the Melen public school in Yaoundé.
Flora dévoile son rêve lors du pré-festival Je suis Musique à l'école publique de Melen
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Flora reveals her dream during the pre-festival event I Am Music at Melen Public School.

« J’ai dessiné une fleur et un piano. Au noyau de musique de Melen, j’apprends à chanter et à faire du slam. J’ai appris qu’un enfant à des droits et qu’il a une voix pour s’exprimer. Grâce à la musique et au slam, j’apprends à exprimer mes sentiments à dire ce que je pense et ce que je désire », révèle Flora.

« Au noyau de musique, j’ai appris que la musique n’est pas qu’un divertissement mais aussi une passion, un engagement et une détermination. » confie Nathalie.

Dans une arrière-cour de l’école, des chuchotements et des fous rires se font entendre. C’est l’atelier théâtre. Les élèves en cercle apprennent à raconter, à vivre et à faire vivre une histoire. L’un des exercices consiste à simuler la préparation matinale avant d’aller à l’école. Un autre exercice, plus exigeant, demande à transmettre un message de bouche à oreille sans le déformer de telle manière que le dernier camarade de jeu ait le message initial. Il exige de la concentration et de la fidélité. 

Le jeu du "bouche à oreille" pendant l'atelier théâtre
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo The "word of mouth" game during the theatre workshop
le jeu de la préparation matinale pour l'école pendant l'atelier théâtre
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo the morning routine game for school during the theatre workshop

« Ici à l’atelier de théâtre, j’ai appris à dompter un public. J’ai appris à me tenir devant plusieurs personnes. J’ai appris que parmi les valeurs qu’un enfant doit avoir, il y a l’humilité et la reconnaissance. », confie Pharell du noyau de musique du CMPJ de Madagascar.

Dans ce parcours artistique qui bouillonne de vie, la danse vient pimenter une journée bien entamée. En rangs derrière Lauriande, la chorégraphe du jour, les enfants apprennent à faire des pas de danse coordonnés et à suivre le rythme. L’exercice demande de la concentration et de la discipline.

Lauriande entraine les enfants à produire des pas de danse coordonnés lors de l'atelier danse & chorégraphie
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Lauriande teaches children to perform coordinated dance steps during the dance and choreography workshop

« La première fois que j’ai été sollicitée en tant que chorégraphe, j’ai constaté que les enfants ont beaucoup d’énergie et aujourd’hui, je constate qu’ils sont très engagé.e.s dans ce qu’ils font. Dans le programme Je suis musique, je vois que les enfants prennent au sérieux ce que nous leur apprenons et considèrent l’art comme un débouché professionnel. »

Lauriande, chorégraphe-pédagogue à Je suis Musique

Le vivre ensemble au cœur du pré-festival

Ce pré-festival représentait un immense défi pour, David K, Myname, Valentin et Serge Vianney, les musicien.ne.s pédagogues  du programme  Je suis musique et pour Carmen, la coordinatrice du programme. Il fallait créer une harmonie entre les trois noyaux de musique: le noyau de musique de l’école publique de Melen, du Centre Multifonctionnel de la Promotion de la Jeunesse et du Lycée Bilingue d’Application.

« Avec le projet Je suis musique c’est toujours une expérience nouvelle et nous sommes toujours prêts à relever les défis » assure David K.

« Il a fallu coordonner chaque noyau, tout en ayant à l’esprit qu’il fallait créer une harmonie. Le but était de créer des liens entre les différents noyaux de musique autour d’un événement », renchérit My Name.

Le but a été atteint. Naomi du noyau de musique du CMPJ Madagascar est toute joyeuse d’avoir rencontré les enfants des autres noyaux de musique: 

« ça me plaît, ça me fait être en joie parce que j’ai l’impression d’être avec mes frères. Le programme Je suis musique m’a appris le vivre ensemble, à accepter les autres peu importe leurs origines ou leurs différences ».

« Ce festival est une continuité de la formation dans nos noyaux de musique. Nous y apprenons à lutter contre le tribalisme et à vivre ensemble », a confié Anne Darelle.

Les enfants des trois noyaux de musique ont développé une belle complicité pendant le pré-festival
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo The children from the three music groups developed a wonderful rapport during the pre-festival I am Music
Une belle complicité règne entre les enfants et les musicien.nes pédagogues de Je suis Musique
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo There is a wonderful rapport between the children and the music teachers at I am Music

« J’ai trouvé un refuge, j’ai trouvé des ami.e.s. J’ai trouvé un endroit où je peux rêver, me détendre, me découvrir et apprendre »

Le concert à l’esplanade de l’école publique de Melen a donné à voir la transformation des enfants par le programme Je suis musique.

Sur le podium, Divine du noyau de musique du CMPJ Madagascar, Brahim du noyau de musique de l’école publique de Melen et Stéphane du noyau de musique du Lycée Bilingue d’Application, trois pépites  ont avec aisance et éloquence présenter le concert. La clarté et la précision de leurs prises de parole ont ému les parents venus nombreux.

Divine, Brahim et Stéphane, les trois maitres.ses de cérémonie du pré-festival
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Divine, Brahim and Stéphane, the three masters of ceremonies for the pre-festival

« Je remercie l’UNICEF pour cette initiative. C’est l’occasion pour nos enfants d’exprimer leurs talents. Personnellement, j’aime beaucoup ce que mon fils est en train de devenir. Il est devenu plus éloquent. Régulièrement, il s’entraine à faire des rimes. J’ai remarqué qu’il apprend à exprimer ses émotions par le slam. Cela a éveillé son esprit. Je vais veiller à ce qu’il grandisse dans cette lancée », a confié avec joie Vanina Onana, la maman de Brahim, l’un des petits maitres de cérémonie.

Pour certains parents, ce pré-festival a été l’occasion de découvrir les talents de leurs enfants

« Ma fille était très timide. Elle ne parlait pas beaucoup. D’ailleurs, j’ai été surpris d’apprendre qu’elle a rejoint le programme Je suis musique. Aujourd’hui, je la sens épanouie. Elle s’est faite des ami.e.s. Cela me fait vraiment plaisir. Ce programme permet aux enfants de s’épanouir, de célébrer la vie. Elles sont jeunes. Elles sont libres. C’est bien que ma fille grandisse en ayant ce type d’expérience. Cela lui permet d’avoir une plus grande vision de la vie et de comprendre que celle-ci va au-delà des études. Je suis très heureux », témoigne, Hermann Pokam, l’un des parents venus assister au festival.

La Représentante de l’UNICEF, Nadine Perrault a exhorté les parents à soutenir leurs enfants. Parmi ceux-ci, trois jeunes filles ont tenu à lui témoigner leur reconnaissance.

La Représentante de l'UNICEF, Nadine Perrault entourée des enfants des trois noyaux de musique
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo UNICEF Representative Nadine Perrault surrounded by children from the three music groups

« J’étais une personne complexée. Je n’interagissais pas avec les gens. Depuis que je suis arrivée dans ce noyau de musique, j’ai appris à parler devant les gens et à faire du slam. Grâce aux sorties organisées par le programme, j’ai découvert des lieux incroyables. Mes parents sont démunis et grâce à Je suis musique, je suis retournée à l’école », confie, Anne Darelle du noyau de musique du CMPJ de Madagascar

Alamba Djemba Njie du noyau de musique du Lycée Bilingue d’Application de Yaoundé a tenu à remercier la Représentante et le programme Je suis musique pour lui avoir permis de payer ses frais de candidature à l’examen scolaire du GCE A Level. 

« Je suis très heureuse pour tous les cadeaux et les moments précieux que Je suis musique me fais vivre. Je suis aujourd’hui, une jeune fille brave et courageuse, capable de chanter et de m’exprimer sans crainte devant les autres. », a-t-elle révélé.

Enfin, Claire qui a rejoint Je suis musique depuis 18 mois, y a trouvé un endroit protecteur où elle se sent aimée et appréciée.

« J’ai trouvé un refuge, j’ai trouvé des amis.e.s. J’ai trouvé un endroit où je peux rêver, me détendre, me découvrir et apprendre », a -t-elle affirmé.

Les musicien.nes pédagogues satisfaits à la fin du pré-festival je suis musique
UNICEF/2026/Marie Guy Bandolo Music teachers satisfied at the end of the pre-festival I am music

Pour les musicien.ne.s pédagogues  du programme Je suis musique, ce pré-festival est une étape décisive vers un événement grandiose.

« Notre joie est complète et parfaite parce que nous avons vu les enfants s’amuser, nous les avons vu sourire. Cette expérience était un rêve et aujourd’hui, il est réalité et nous ne pouvons qu’être fiers. Nous savons qu’avec les prochaines éditions, nous aurons plus de la matière et plus de choses à montrer », conclut Vianney, artiste et musicienne pédagogue à Je suis musique