À Goufga, les enfants boivent enfin sans avoir peur

De l’eau du fleuve qui rendait malade au robinet porteur d’espoir, Goufga montre que l’espoir peut couler. Dans ce village du Mayo‑Danay, l’eau fut longtemps une épreuve quotidienne.

Fideline Minda Molko
fillette puisant de l'eau à Goufna
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko
29 avril 2026

Avant, boire de l’eau à Goufna pour les étrangers relevait du courage.

Lors d’une visite officielle, Zak Chef service technique de la commune de Gobo se souvient d’une scène qui l’a marqué à jamais. On lui sert de l’eau, soigneusement présentée dans une assiette couverte, geste de respect et d’honneur. Mais lorsqu’il soulève le couvercle, le choc était brutal

 « L’eau était marron, presque épaisse. C’était impossible à boire. » décrit-il.

Ce jour-là, toute la délégation de la mission était choquée de la qualité de cette eau. C’était le reflet d’une réalité que toute une communauté endurait depuis trop longtemps, depuis l’existence du village.

Une adolescente puise de l'eau à Goufga après la réhabilita&tion du point d'eau
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

À Goufga, comme dans les villages voisins de Gabaray, Gaway-Tapay, les enfants grandissaient avec le fleuve Logone comme unique source d’eau. Une eau qui emportait peut-être la soif mais elle volait la santé, la dignité, et parfois même l’avenir des enfants.

Daniel âgée d’une trentaine, habitant du village, raconte 

« Depuis ma naissance c’est l'eau du fleuve qu’on buvait et j’avais constamment mal au ventre. »

Les enfants absents de l’école, cloués par des douleurs abdominales, des maladies hydriques à répétition, et une fatigue chronique qui brise les rêves dès le plus jeune âge. « Mes enfants manquaient la classe au moins deux fois par semaine. C’est à tour de rôle, pendant que l’un se tord de douleur au lit, l’autre essaie de tenir debout puis cède à son tour. On a même cru qu’un sort avait été jeté sur le village. Comment expliquer autrement que tout le monde souffre du même mal de ventre, surtout les enfants ? » témoigne Dimissia, mère de 4 enfants.

Pendant la saison des pluies, la situation empirait. Les inondations transformaient le fleuve en un mélange brunâtre de boue, de déchets et de dangers invisibles. Pourtant, faute d’alternative, les familles continuaient à puiser et à boire.

Manatcheon staff de l'UNICEF boit de l'eau au robinet à Goufga
UNICEF/2026/Fideline Minda Molko

Pendant des années, la commune de Gobo n'était pas restée les bras croisés. Consciente de la souffrance de ses habitants, elle avait financé la réalisation d'un forage équipé d'une pompe à motricité humaine. Un premier souffle d'espoir. Mais la pompe tombait régulièrement en panne, faute de pièces, faute de techniciens, faute de moyens. Et à chaque panne, le village retournait au fleuve. L'espoir, lui aussi, avait ses saisons sèches.

C'est dans ce contexte de fragilité chronique que l'UNICEF est intervenu, à travers le fonds CERF, mobilisé pour répondre aux crises humanitaires qui frappent le bassin du lac Tchad. Car à Goufga, l'eau insalubre n'était pas seulement une question de confort : c'était une urgence de santé publique, silencieuse mais devastatrice, qui hypothéquait chaque jour l'avenir des enfants.

L'UNICEF a transformé ce point d'eau précaire en un système de pompage solaire fiable et durable. Trois bornes fontaines ont été installées et réparties stratégiquement dans le village, pour que l'eau soit accessible à tous, sans distance excessive, sans dépendance aux caprices mécaniques d'une pompe manuelle. Le soleil, ressource que Goufga n'a jamais manquée, devient désormais le moteur silencieux qui fait couler l'eau propre, jour après jour.

« On nous avait dit que ça allait changer. Mais quand on a vu l'eau claire sortir du robinet pour la première fois, on a compris que cette fois, c'était vrai », témoigne Haranga, habitant du village, encore saisi par l'évidence de ce qu'il voyait.

Aujourd’hui, Cette eau propre et potable devient un droit retrouvé pour les enfants de Goufga. Ils ne grandissent plus avec la peur de tomber malades à chaque gorgée. Ils peuvent aller à l’école, jouer, rêver sans que leur corps ne les trahisse.

Les mères ne regardent plus leurs enfants souffrir en silence, impuissantes face à une eau qui empoisonnait lentement leur quotidien.