Projet « Vitamin A in New Age »
Une initiative qui ambitionne d’améliorer la couverture sanitaire et de réduire durablement la mortalité infantile
Dans la commune de Malanville, au nord du Bénin, la supplémentation en vitamine A est passée d’un service délivré uniquement dans les centres de santé ou lors des campagnes à une action communautaire au cœur des ménages. Depuis le lancement du projet VINA en 2023, financé par le Canada, Nutrition International et l’UNICEF, et mis en œuvre par le Ministère de la Santé, la supplémentation en vitamine A est devenue l'affaire de tous. Avec la mise en œuvre de la nouvelle politique de santé communautaire et de l’élargissement de la cible PEV à travers les grands rattrapages jusqu’à 5 ans, l’intégration de la vitamine A aux services de routine du centre de santé devient une réalité. Un tournant face à un défi majeur de santé.
Avant VINA, la couverture en supplémentation était marquée par des disparités géographiques et sociale : près de 70% des enfants de 12 à 59 mois passaient à côté de ce service essentiel.
Les causes ? Coût élevé des campagnes de distribution, distance entre les centres de santé et les communautés, faible accès des mères à l’information et avantages, contraintes de temps et normes sociales pesant sur la capacité de décision des femmes. L’Analyse rapide de genre (AGR) rappelle que ces obstacles ne sont pas seulement logistiques, mais aussi liés au genre et aux rôles sociaux. Ce sont principalement ces aspects que le projet cherche à transformer.
L’autonomisation des femmes, pilier de la réussite
Le véritable moteur de ce changement réside dans l'autonomisation des femmes à travers les GFAAN (Groupements de Femmes pour l’Autopromotion, l’Assainissement et la Nutrition) et les groupes de soutien pour la promotion de l’Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant (GS-ANJE). Ces femmes modèles, personnes influentes et catalyseurs communautaires, constituent aujourd’hui un maillon essentiel entre les centres de santé et les ménages.
Pour certaines, ces groupes fonctionnent comme des coopératives dynamiques : on y apprend à gérer des activités génératrices de revenus, à accompagner les jeunes mères, à identifier les enfants non couverts ou perdus de vue, et à assurer une veille communautaire en collaboration avec les relais, afin qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte. Ces femmes sont devenues des actrices incontournables de la sensibilisation et du changement social.
Issaou Saouna, mère de cinq enfants à Bodjécali, en est le visage. Après avoir vu son fils Moussa retrouver l'appétit et reprendre des forces après avoir reçu de la vitamine A, elle a rejoint le groupe de soutien de son village. « La santé de l’enfant est un droit que chaque mère doit saisir », martèle-t-elle aujourd'hui à ses voisines en les conseillant sur l’alimentation et le respect des rendez-vous de vaccination.
Comme elle, de nombreuses autres femmes ont été formées sur l’importance de la vitamine A, et sur la manière d’organiser des dialogues communautaires visant à comprendre les barrières, sensibiliser les ménages et renforcer le recours aux services de santé.
L’engagement des pères, une nouvelle ère en marche
L'autre clé du succès de ce village est l'implication des hommes. À travers les "Clubs de pères", le projet VINA met en pratique une approche transformatrice du genre. Ces clubs encouragent les pères à s'impliquer activement dans les soins apportés aux enfants, qu’il s’agisse de vaccination, de supplémentation en vitamine A ou d’alimentation. La responsabilité partagée au sein du couple allège la charge des mères et garantit que chaque enfant reçoive ses doses de vitamine A aux âges clés, notamment entre 6 et 59 mois.
Adamou Salima, une autre mère de famille, témoigne : « à chaque rendez-vous pour la vitamine A, je reviens. Dans ma maison, toutes les femmes font désormais vacciner leurs enfants régulièrement et prennent la vitamine A. »
Essor économique des femmes, engagement progressif des pères et structuration des services de santé : derrière chaque capsule administrée, un réseau d’acteurs se mobilise pour garantir à chaque enfant une meilleure santé.
VINA c’est une couverture de six départements du Bénin (Alibori, Borgou, Zou, Atacora, Couffo et Donga) et plus de 40 communes, 3 326 agents de santé communautaire, plus de 4 085 groupes de soutien ANJE/GFAAN et 109 clubs de pères, soutenus par des ONG partenaires. Chaque année, ce sont plus de 95 000 enfants de 6 à 11 mois et plus de 300 000 enfants de 12 à 59 mois qui sont supplémentés. Enfin, au-delà des chiffres, VINA transforme le quotidien des femmes, désormais capables d’organiser des dialogues communautaires, des pères engagés dans la vaccination et la supplémentation, des plateformes locales qui réduisent les obstacles financiers, sociaux et géographiques, et des mécanismes solidaires qui soutiennent la scolarisation et la santé des enfants issus des ménages vulnérables.