Familles déplacées et ménages hôtes tentent de se reconstruire après les violences subies

Grâce aux transferts monétaires mis en œuvre conjointement par l’UNICEF et le PAM, familles déplacées et ménages hôtes tentent de reconstruire leur quotidien après les violences survenues de l’autre côté de la frontière nigériane.

Yeloiga Boni
À gauche, Idrissou Bio ; à droite, son neveu accompagné de son épouse et de leurs enfants, lors de la réception de l’assistance monétaire
UNICEF BENIN mai 2025 Yeloiga Boni
18 mai 2026
Familles déplacées et familles hôtes

À Kalalé dans le nord du Bénin, les histoires des familles déplacées se ressemblent. Des villages incendiés, des départs précipités en pleine nuit et des familles séparées. Pourtant, au milieu de cette crise, des gestes simples continuent de donner de l’espoir.

Idrissou Bio et sa famille heureux de recevoir l'assistance monétaire
UNICEF BENIN mai 2025 Yeloiga Boni

L’histoire d’Idrissou Bio en est une illustration. Assis dans la cour de l’hôtel de ville, regardant des enfants jouer dans la cour, il nous raconte ses souvenirs avec son défunt frère Gouda. « Après notre échec au BEPC, mon frère est parti vivre du côté du Nigeria. Là-bas, il s’est marié avec une Nigériane et ils ont eu huit enfants », raconte-t-il. Au fil des années, Idrissou Bio rendait régulièrement visite à son frère et l’encourageait à revenir au Bénin avec sa famille. Mais Gouda avait choisi de rester. Quelques années plus tard, il décède, laissant derrière lui ses enfants installés dans un village frontalier avec le Nigeria. Puis la crise sécuritaire a frappé.

« Un jour, des hommes armés sont venus brûler leur village. Mes neveux ont dû fuir et revenir chez moi. Certains sont restés au Nigeria, à Kano. », explique-t-il.

Face à l’arrivée soudaine de ses neveux, Idrissou Bio a dû faire des choix difficiles. « Quatre enfants de mon frère sont partis à Kano parce que je n’avais plus assez d’espace pour accueillir tout le monde», confie-t-il.  C’est ainsi qu’il a pu recevoir un transfert monétaire, en tant que famille hôte. Un soulagement, qui lui permet de faire face à cette arrivée soudaine : «une partie du Cash Transfert  servira à acheter des intrants pour faire le champ et l’autre à nourrir la famille », affirme t'il.

« Tous mes enfants sont scolarisés et certains sont en fin d’études universitaires. J’ai accueilli une famille de trois personnes apparentées à mon mari. Depuis leur arrivée dans notre maison, ils ne travaillent pas encore. J’ai reçu 30 000 FCFA. Cela va me permettre d’acheter des céréales et de les revendre », explique-t-elle.

Alassane Safoura, mère de six enfants, héberge aujourd’hui une famille déplacée venue du village frontalier de Gbui.

« Tous mes enfants sont scolarisés et certains sont en fin d’études universitaires. J’ai accueilli une famille de trois personnes apparentées à mon mari. Depuis leur arrivée dans notre maison, ils ne travaillent pas encore. J’ai reçu 30 000 FCFA. Cela va me permettre d’acheter des céréales et de les revendre », explique-t-elle.

Alassane Safoura entourée une famille déplacée de trois personnes qu’elle accueille chez elle avec son époux.
UNICEF BENIN mai 2025 Yeloiga Boni À droite, Alassane Safoura au sein de la mairie de Kalalé ; à gauche, une famille déplacée de trois personnes qu’elle accueille chez elle avec son époux.

Dans le cadre de cette intervention, les personnes déplacées internes reçoivent 40 000 FCFA, tandis que les ménages hôtes bénéficient de 30 000 FCFA. Le cash transfert est distribué trois fois en trois mois, permettant ainsi aux ménages déplacés de recevoir 120 000 FCFA et aux familles hôtes 90 000 FCFA au total.

Sous le leadership de l’Agence Béninoise de la Protection Civile (ABPC) et dans une dynamique « One UN », UNICEF et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) ont uni leurs efforts pour appuyer les populations affectées par le débordement de la crise sécuritaire du Sahel dans le nord du Bénin à travers des transferts monétaires.

Le PAM apporte un appui aux ménages  déplacés tandis que l’UNICEF soutient les ménages hôtes afin de répondre à leurs besoins essentiels et  réduire leur vulnérabilité. En complément, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) contribue à cette réponse humanitaire par la distribution de kits de protection.

Après l’Atacora, les interventions ont été étendues aux communes de Kalalé et Ségbana. Ces transferts monétaires constituent une assistance flexible permettant aux familles déplacées et aux ménages hôtes de répondre à leurs besoins prioritaires de manière autonome et digne. 

Enregistrement des bénéficiaires
UNICEF BENIN mai 2025 Yeloiga Boni Le Maire de Kalalé (2e position en partant de la droite) et la Secrétaire Exécutive suivent attentivement l'enregistrement au niveau des différents postes afin de mieux s’imprégner du processus de paiement des bénéficiaires.

Le maire de la commune de Kalalé, Garba Say Abdou-Wahab, a salué l’élan de solidarité des habitants envers les personnes déplacées :« ces événements ont malheureusement contraint plusieurs de nos frères et sœurs du Nigeria à quitter leurs lieux de résidence pour trouver refuge dans notre commune », a-t-il déclaré. Il a également rendu hommage aux familles hôtes : « Je tiens à saluer avec fierté les ménages de Kalalé qui ont accueilli ces personnes réfugiées à bras ouverts, avec générosité, sans exigence de contrepartie. Cet élan de solidarité témoigne des valeurs profondes d’hospitalité, de fraternité et de bonne cohabitation. »

Malgré les difficultés, les ménages hôtes continuent de partager le peu qu’elles possèdent, convaincues que la solidarité reste le premier refuge face à la crise.

« Prions pour que ces événements malheureux prennent fin rapidement afin que chacun puisse retrouver la paix et regagner son lieu de résidence dans la dignité et la sécurité », conclut le maire de Kalalé.

Dans une dynamique « One UN », UNICEF, le Programme Alimentaire Mondial et l'OIM, unissent leurs efforts. Le PAM apporte un appui aux ménages déplacés, l’UNICEF soutient les ménages hôtes et l'OIM contribue à la distribution de kits de protection.
Photo de famille de l’équipe SNU avec les autorités locales de la commune de Kalalé
UNICEF BENIN mai 2025 Yeloiga Boni Photo de famille de l’équipe SNU avec les autorités locales de la commune de Kalalé