Colonie de vacances à Parakou : ces visages qui font la colonie
Depuis 2022, la colonie de vacances des filles s’est imposée comme un rendez-vous annuel incontournable pour les droits des filles au Nord du Bénin.
Organisée par la Préfecture de l’Atacora avec l’appui de l’UNICEF et des partenaires comme le Royaume des Pays-Bas, le Canada, cette colonie est plus qu’un camp. C’est un lieu de transformation collective, où se rencontrent des histoires de vie, des rêves, des différences et des mains tendues.
Pour sa quatrième édition, 250 filles venues des départements du Nord et pour la première fois des Collines, se sont retrouvées à Parakou du 17 au 23 août 2025 autour du thème : « Éducation à la citoyenneté et promotion de l’égalité de genre pour la cohésion sociale dans les communautés et écoles du Nord et du Centre Bénin ». Mais ce que les discours officiels ne disent pas toujours, c’est que la colonie n’existe pas seulement grâce aux institutions. Elle vit grâce à des filles brillantes, engagées, différentes. Des chaperonnes dévouées, souvent dans l’ombre, qui les accompagnent.
Quand les chemins se croisent
Prisca, 18 ans, vient de la commune de Bantè dans le département des Collines. Albinos, elle s’avance avec prudence mais avec une curiosité immense. Gloria, 14 ans, venue elle aussi des Collines mais de la commune de Dassa-Zoumè, se distingue par sa petite taille mais surtout par sa maturité et son ambition. Perpétue, 17 ans, est une habituée. C’est sa deuxième colonie, et cette année encore, elle s’impose comme une voix forte parmi les participantes.
Ces filles ne se connaissaient pas. Elles viennent de régions différentes, de réalités différentes. Mais une même énergie les réunit : le désir d’apprendre, de s’affirmer, de rêver plus grand. À leurs côtés, une femme veille. Madame Ékué Rosaline, chaperonne infatigable du Borgou, les observe, les recadre parfois, les pousse à se dépasser, et leur apprend l’hymne de la colonie comme un acte de transmission.
« Je suis différente, mais ici je suis chez moi ». Pour Prisca, la colonie est une révélation : « je me suis sentie heureuse ici. Il n’y a eu aucune discrimination. On rit, on parle, on apprend ensemble. »
Elle découvre avec fascination que les filles peuvent être des leaders, des défenseures de leurs droits, et qu’il existe des structures pour les soutenir. Elle sait désormais que si une fille subie des violences, elle peut se rendre à l’hôpital ou au Guichet Unique de Protection Sociale.
De son côté, Gloria proclame haut et fort son ambition de devenir juriste. Elle vient en effet de suivre la présentation de la clinique juridique animée pendant la colonie par ses paires. « J’ai appris comment me tenir, parler en public, reconnaître les violences, défendre aussi les droits des filles. Et maintenant, je veux devenir juriste. Ou ambassadrice. »
Mais l’ambition de Perpétue est quant à elle à court terme. « Moi, je veux retourner et impacter ma communauté ». Perpétue s’est distinguée tout au long de la colonie par ses prises de parole et sa participation active à tous les panels. « J’ai appris la cohésion sociale, la paix, le leadership féminin. J’ai compris que ma voix compte. »
Mais tout ceci ne peut se faire sans l’accompagnement et le suivi des chaperonnes qui guident les filles depuis la phase d’identification et de sélection jusqu’à leur participation à la colonie et l’après colonie. L’une d’elle se distingue par son engagement aux côtés des filles.
Madame Ékué Rosaline, la “maman” de la colonie
Cheffe du Guichet Unique de Protection Sociale de Parakou 1, Madame Ékué Rosaline est plus qu’une chaperonne. Elle est un pilier de la colonie. Présente depuis 2024, elle suit de près les filles, avant, pendant et après la colonie.
« Je suis une maman de principes. Je ris avec elles, je les taquine, mais je veille à leur discipline, à leur propreté, à leur implication. Elles m’ont appelée Maman à Natitingou, et cette année à Parakou, c’est La Go ! »
Son rôle phare : transmettre l’hymne de la colonie, ligne par ligne, mot par mot, à toutes les filles. « Les paroles de cette chanson sont fortes. Elles parlent de courage, de droits, de vision. Je les fais répéter chaque soir, dans les dortoirs, dans les classes, et même pendant le voyage. Comprendre, c’est incarner. Et je veux que les filles vivent cet hymne. »
Mais son impact va bien au-delà de ce chant : « Il y a des filles qui n’osaient pas parler. Aujourd’hui, elles dansent, elles prennent la parole, même leurs familles le remarquent. La colonie, c’est un vrai levier d’éveil ».
La colonie, un souffle de transformation
Ces visages-là sont l’essence de la colonie. Prisca, Gloria, Perpétue, Madame Ékué. Chacune dans son rôle. L’une découvre, l’autre s’affirme, la troisième rêve, une autre enfin transmet. Ensemble, elles donnent vie à cet espace unique.
« La colonie, ce n’est pas juste une semaine. C’est une école de vie. Une occasion de briser les silences. D’activer les rêves. D’ouvrir des chemins. » dit Madame Ékué avec émotion.
Et c’est cela, au fond, la plus grande victoire : voir ces filles repartir avec le sentiment que tout est possible, parce qu’à un moment donné, quelqu’un a cru en elles.