À Malanville, l'assiette des enfants se transforme grâce à la force des coopératives féminines

L’agriculture ne se limite plus à produire pour vendre sur les marchés, elle se met au service de la bonne nutrition des enfants

Yeloiga Boni
À Malanville, l'assiette des enfants se transforme grâce à la force des coopératives féminines
UNICEF BENIN/2025/Yeloiga Boni
19 janvier 2026

À Malanville, ville frontalière au Niger dans le nord du Bénin, l’agriculture ne se limite plus à produire pour vendre sur les marchés, elle se met au service de la bonne nutrition des enfants.  Face aux défis persistants de la malnutrition infantile dans le département de l'Alibori, où la prévalence de la malnutrition chronique atteint 41,5 % (enquête SMART–SENS 2023), une dynamique locale innovante est en marche. Elle est portée par les femmes et les communautés, à travers une approche intégrée reliant la nutrition, la santé, le WASH et l’autonomisation financière des femmes. Soutenu par le projet conjoint PAM–UNICEF, financé par le Royaume des Pays-Bas, ce modèle repose sur la prévention de la malnutrition en renforçant la capacité des ménages, avec des aliments adaptés, accessibles et produits localement.

Des coopératives au service du "Premier Aliment"

Ce changement prend racine dans la combinaison de deux initiatives communautaires : les groupes de soutien à l’ANJE, et les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), qui ont donné naissance aux Groupements de Femmes pour l’Autopromotion, l’Assainissement et la Nutrition (GFAAN). À Malanville, cette dynamique communautaire s’appuie aujourd’hui sur 270 groupes de soutien ANJE, regroupant 1 890 membres dont près de 70 % de femmes, actifs dans les 58 villages de la commune.  Organisées en coopératives avec l'appui de la Cellule Communale de l'Agence Territoriales de Développement Agricole (ATDA), ces femmes produisent et transforment des « premiers aliments » enrichis, à base de produits locaux (viande, poisson, légumineuses etc). Ces produits, vendus à des prix accessibles, répondent aux besoins nutritionnels des enfants de 6 à 23 mois, période critique des 1 000 premiers jours.

Sous l’arbre du village, Dizé, venue à la rencontre de la mission, présente les produits qu’elle utilise pour préparer la bouillie enrichie.
UNICEF BENIN/2025/Yeloiga Boni Sous l’arbre du village, Dizé, venue à la rencontre de la mission, présente les produits qu’elle utilise pour préparer la bouillie enrichie.

Kogari Dizé, membre du groupement Bannizoubou (« la santé est au rendez-vous »), témoigne de cette dynamique « Je fabrique des farines enrichies que je vends en sachets à 50 CFA ou 100 FCFA accessibles aux femmes. Cela me permet de rembourser mon prêt de 5000 CFA avec un taux d’intérêt de 250 francs que je dois rembourser à la caisse de solidarité, tout en aidant mon mari financièrement. » Pour une petite somme, ces femmes accèdent à des crédits, investissent dans la nutrition et créent une économie circulaire où chaque bénéfice sert à la santé des plus vulnérables.

Dans le bureau de Monsieur Saka Koara, chef de la cellule communale ATDA de la commune de Malanville, l’équipe de mission est accueillie pour un échange autour du projet.
UNICEF BENIN/2025/Yeloiga Boni Dans le bureau de Monsieur Saka Koara, chef de la cellule communale ATDA de la commune de Malanville, l’équipe de mission est accueillie pour un échange autour du projet.

Une gouvernance locale engagée pour la durabilité

Pour maximiser l’impact et éviter les doublons, le projet conjoint PAM–UNICEF s’appuie sur une coordination étroite avec la Mairie, la Zone Sanitaire et les services techniques communaux. Monsieur Saka Koara Abdoul Kadiri, Chef de la cellule communale ATDA de Malanville, exprime sa satisfaction : « Sur la question de la formalisation des groupements, nous échangeons avec d’autres partenaires intervenant dans la commune, en regroupant par thématique les ressources, et en élaborant un plan conjoint de renforcement de leurs capacités, ce qui permet de mutualiser nos efforts. Nous faisons la promotion également de plants d’arbres fruitiers (orangers, papayers, anacardiers) auprès des ménages pour garantir un accès direct aux fruits. » Face aux défis climatiques, notamment les inondations récurrentes, les communautés adaptent leurs pratiques : ajustement des calendriers agricoles, valorisation des zones inondables.

Nutrition, santé et hygiène : une approche intégrée au niveau communautaire

Au-delà de la production alimentaire, le projet conjoint PAM–UNICEF renforce la demande de services intégrés santé–nutrition–WASH au plus près des communautés. À Malanville, 90 points de regroupement communautaires ont été identifiés pour rapprocher les services des ménages et faciliter l’accès aux soins préventifs. Les groupes de soutien organisent des démonstrations culinaires, des repas collectifs, des séances d’éducation nutritionnelle et des activités de dépistage.

Dans la cour de la mosquée, après la démonstration culinaire, les femmes servent la bouillie enrichie dans des bols et des glacières afin de la donner aux enfants.
UNICEF BENIN/2025/Yeloiga Boni Dans la cour de la mosquée, après la démonstration culinaire, les femmes servent la bouillie enrichie dans des bols et des glacières afin de la donner aux enfants.

Dans le quartier de Tassi-Tedji, Mamoudou Souéba préside le groupe de soutien Mandjeresse (« entendons-nous »). Avec l’appui de la facilitatrice, les mères apprennent l'hygiène, le respect du carnet vaccinal et la préparation des aliments enrichies (bouillies, repas etc). La solidarité s'exprime par des gestes concrets : « Nous faisons du troc. Certaines apportent des céréales, d'autres du moringa, et d'autres encore cotisent de l’argent pour écraser les céréales au moulin afin de préparer une bouillie » explique Mamoudou. Ce système de "repas collectifs" et de “démonstrations culinaires” permet de diffuser les bonnes pratiques nutritionnelles jusque dans les ménages les plus isolés. L’objectif est que chaque femme puisse ensuite reproduire ces pratiques à domicile pour mieux nourrir ses enfants et prévenir la malnutrition.

Grâce aux financements mobilisés, pour la commune de Malanville, 26 772 enfants de 0 à 59 mois et 10 900 adultes (parents, leaders communautaires, relais, femmes enceintes, membres des Groupes de Soutien (GS) et les Groupements de Femmes pour l’Autopromotion, l’Assainissement et la Nutrition (GFAAN) ont été sensibilisés. Le résultat escompté est que d'ici fin 2026, un mécanisme de financement pérenne soit établi pour soutenir ces petits exploitants et transformateurs locaux.