5 questions à Serghei Buruiana
Chef Politiques Sociales
Le gouvernement béninois a approuvé le 20 novembre en Conseil des ministres sa politique holistique de protection sociale (PHPS) 2024-2033, ainsi que sa stratégie quinquennale 2024-2028. Selon le compte rendu du Conseil des ministres, « la politique holistique de protection sociale 2024-2033 vise à témoigner la solidarité de l'Etat aux personnes vulnérables afin de les aider à sortir de la précarité ». L’adoption de cette politique est aussi, pour l’UNICEF, le fruit de quelques années de travail, notamment de la section Politiques Sociales et ses autres partenaires impliqués.
Pouvez - vous nous résumer la politique holistique de protection sociale 2024-2033 approuvée par le gouvernement du Bénin ?
La politique holistique de protection sociale 2024-2033, ainsi que sa stratégie quinquennale 2024-2028 est le document phare du Bénin dans le domaine de la protection sociale. Son objectif est que le pays mette en place un socle de protection sociale, qui permettrait à tout citoyen béninois de bénéficier d’un minimum de protection sociale. Concrètement cela signifie que par le biais des mesures contributives et non contributives, tout Béninois peut avoir accès à un paquet minimum de soins de santé, à l’assurance maladie universelle, à des transferts monétaires pour les plus vulnérables, ou d’appui à l’accès aux services sociaux de base, comme l’éducation, l’électricité, etc.
Comment l’UNICEF, à travers sa section Politiques sociales, a contribué à l’élaboration de cette politique ?
Le programme Politiques Sociales de l’UNICEF a appuyé le gouvernement. Le ministère du Développement et de la Coordination de l’Action Gouvernementale a développé le premier document de la PHPS 2014-2024, et fait sa revue en 2023-2024 afin que cette politique soit en ligne avec les priorités du gouvernement (PAG 2021-2026), harmonisée avec d’autres documents stratégiques du pays, ainsi qu’à développer la stratégie de sa mise en œuvre pour les 5 prochaines années. Ce sont des contributions au niveau politique. Cependant UNICEF a contribué aussi au développement d’initiatives et programmes pilotes de protection sociale, comme par exemple le Programme FAABA Cash + Care qui a permis, grâce notamment aux financements des Pays-Bas et du Canada, à plus de 160000 filles issues de ménages vulnérables de bénéficier de transferts monétaires pour leur permettre de rester à l’école, et ainsi d’éviter le mariage précoce.
Quels changements concrets attendez-vous dans la vie des enfants du Bénin grâce à cette politique ?
Avec la mise en œuvre de cette politique, ainsi que sa stratégie quinquennale, les enfants les plus défavorisés du Bénin pourront avoir accès à l’éducation, à une vie sans pauvreté et privations, à des soins de santé de qualité, où qu’ils se trouvent dans le pays.
Quels sont, selon vous, les principaux défis à relever pour une mise en œuvre réussie de cette politique ?
Le plus grand défi selon moi est son financement, car les besoins sont énormes. Mais avec la priorisation des programmes de protection sociale comme Faaba/ Cash + Care, ARCH, pour la couverture maladie unievrselle, Gbessoki , pour les transferts monétaires aux ménages les plus pauvres ou les cartes d’égalité des chances pour les personnes en situation de handicap, le Bénin peut faire face à ce défi. L’autre défi ce sont les ressources humaines, notamment sur le terrain, et en particulier le personnel qui doit animer les Guichets Uniques de Protection Sociale (GUPS), dont le rôle dans la mise en œuvre de la PHPS est crucial. Sans la réforme des GUPS il sera difficile d’avancer, mais l’UNICEF et les autres partenaires, tels que la Banque Mondiale, la UE, les Pays Bas, sont disponibles pour contribuer au développement des capacités institutionnelles et opérationnelles des GUPS pour que les objectifs de la PHPS soient atteints.
« LES GUPS, C’EST QUOI ? »
Le Guichet Unique de protection Sociale ( GUPS ) auparavant appelé Centre de Promotion Sociale (CPS) est la structure déconcentrée opérationnelle du Ministère des Affaires Sociales et de la Microfinance sous la tutelle de la Direction Départementale des Affaires Sociales et de la Microfinance de sa localisation.
Les GUPS ont pour mission de renforcer la résilience des personnes face aux chocs socio-économiques avec des actions de prévention et de gestion des risques sociaux encourus notamment par les groupes vulnérables. Ils assurent le secrétariat de la coordination communale intersectorielle de toutes les interventions de prévention, de prise en charge des enfants à risques et des victimes de violences et de promotions des droits des enfants.
Les GUPS sont en plus garants de la protection des droits des personnes handicapées, des personnes du troisième âge, de l'accompagnement des communautés sinistrées, de la gestions des filets sociaux à travers les projets ARCH ( Assurance sociale ), le Microcrédit Alafia et GBESSOKE. Ils connaissent également des préoccupations liées aux VBG et à l'autonomisation économique des femmes.