Sanleguedjimoni, l’exemple de la mobilisation communautaire pour avoir de l'eau propre

Le village a été retenu avec 60 autres pour abriter des postes d’eau autonomes à pompage mixte solaire et manuel

Combey COMBETEY
Des femmes de Sanleguedjimoni mobilisées pour paver la voie
UNICEF/Togo/COMBETEY
07 janvier 2024

La mobilisation communautaire renforce les liens sociaux tout en encourageant la collaboration, la communication et la coopération entre les membres de la communauté. Elle contribue à créer des communautés plus solides et résilientes. La population de Sanleguedjimoni, dans le canton de Kantindi, à plus  de 625 km au Nord du Togo en est un bel exemple. Elle l’a démontré lors de l’exécution du Programme de renforcement de la sécurité nutritionnelle et de l'accès aux services sociaux de base dans les zones affectées par la crise du Sahel au Togo, une initiative qui a pris forme grâce à un appui du Gouvernement du Japon au Togo à travers l’UNICEF au Togo (de janvier 2023 à janvier 2024). 

Ma communauté était totalement mobilisée et nous avons pu arranger la voie en moins de deux semaines.

Djogblé TOANA, chef du village de Sanleguedjimoni
Djogblé TOANA, chef du village de Sanleguedjimoni
UNICEF/Togo/COMBETEY Djogblé TOANA, chef du village de Sanleguedjimoni au cours des échanges avec sa communauté.

Djogblé TOANA, chef du village de Sanleguedjimoni, 110 ans est marié et père de plusieurs enfants et petits-enfants. Il a su mettre en œuvre ses qualités de leadership en mobilisant sa communauté pour une cause noble: l’accès à une source d’eau sûre et propre pour tous, y compris pour chaque enfant.

Dans le cadre du programme tripartite Togo – Japon – UNICEF, son village a été retenu avec 60 autres pour abriter des postes d’eau autonomes à pompage mixte solaire et manuel. Mais l’accès à Sanleguedjimoni par les engins de forage s’est avéré quasi-impossible sur tout un tronçon de piste. L’état du sentier, surtout en temps de pluie, n’allait pas non plus faciliter les travaux aux ingénieurs et techniciens hydrauliques. La communauté risquait de voir filer entre les doigts cette belle opportunité de voir la localité bénéficier de ces infrastructures.

Quand le patriarche Djogblé s’est rendu compte s’est rendu compte de l’impasse dans laquelle se trouvait l’entreprise de forage, il n’a ménagé aucun effort pour mobiliser chaque membre de la communauté, en commençant par sa propre famille. Il fallait que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice.

« Ma communauté était totalement et bien mobilisée, » confie le chef de village. Bien fièrement il raconte que cette mobilisation a permis à la communauté d’arranger la voie par ses propres moyens, en quelques jours, afin que les travaux puissent proprement démarrer : 

« J’ai rassemblé les jeunes, les femmes et même les vieux et les enfants qui sont allés dans les montagnes chercher des cailloux pour paver la voie ».

Mobiré Larbly LARE, Agent de santé communautaire
UNICEF/Togo/COMBETEY Mobiré Larbly LARE, Agent de santé communautaire, 52 ans, père de sept enfants.

« Grâce au Gouvernement du Japon, de celui du Togo et à l’UNICEF au Togo, nous avons de l’eau potable à boire. On dit souvent que c’est l’eau potable qui est la santé de l’homme ».

Mobiré Larbly LARE

Mobiré Larbly LARE, Agent de santé communautaire (ASC), 52 ans, père de sept enfants confirme les propos du chef de village. Ce cultivateur de profession témoigne : « La mission d’inspection du lieu de forage avait été bloquée parce que sur une distance d’au moins 100 mètres, la voie était impraticable. Cette situation allait nous faire rater l’opportunité d’avoir de l’eau propre que nous désirions vivement. Heureusement, le chef du village a joué son rôle ».   

« Nous avons bien arrangé la voie pour avoir de l’eau », rajoute Mobiré dans un grand sourire. 

Pour le Directeur régional de l’eau et de l’hydraulique villageoise de la région des Savanes, Koffi PITCHAKI, il s’agit d’un exemple qui mérite d’être considéré. « Notre souhait est que d’autres communautés puissent s’inspirer de Sanleguedjimoni ». Il dit se réjouir de cette communauté qui s’est totalement investie pour pouvoir avoir de l’eau potable. 

 

« Notre souhait est que d’autres communautés puissent s’inspirer de Sanleguedjimoni »

Koffi PITCHAKI
Koffi PITCHAKI, Directeur régional de l’eau et de l’hydraulique villageoise dans la région des Savanes
UNICEF/Togo/COMBETEY Koffi PITCHAKI, Directeur régional de l’eau et de l’hydraulique villageoise dans la région des Savanes

Dans la région des Savanes marquée par le débordement de la crise du Sahel, l’accès à l’eau potable est plus qu’essentiel pour garantir la santé et renforcer le bien-être des populations.

Selon les données publiées en juillet 2023, par la Plateforme régionale de réduction des risques de catastrophes, 63 546 personnes sont déplacées au Togo. Parmi elles, 45 117 sont des déplacés externes/réfugiés dont 30 824 enfants (15 238 filles), et 18 429 sont des déplacés internes dont 9 030 enfants (4 425 filles). Les personnes déplacées sont accueillies dans 167 localités de la région des Savanes qui ont un accès limité aux services sociaux de base.

Les personnes déplacées sont accueillies dans 167 localités de la région des Savanes qui ont un accès limité aux services sociaux de base (eau potable, assainissement, soins de santé primaires, soutien psychosocial, éducation, articles non alimentaires). Une situation qui accentue davantage la vulnérabilité des enfants face à plusieurs risques, notamment la séparation d'avec leur famille, la violence et l'exploitation.

M. PITCHAKI se rappelle encore le récent passé de cette communauté qui s’approvisionnait en eau dans un puits à grand diamètre construit dans les années 1980 et qui malheureusement ne permettait plus aux populations d’avoir de l’eau potable. 

 

 

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UNICEFTogo/PIMENT
Des femmes de Sanleguedjimoni puisent de l'eau
UNICEF/Togo/COMBETEY

« L’arrivée de ce forage va vraiment soulager les peines de notre chère population de Sanleguedjimoni, y compris les enfants et les femmes. Ils ont maintenant un ouvrage spécifique avec deux pompes dont l’une solaire et l’autre manuelle. A défaut de l’ensoleillement, ils peuvent utiliser le manuel », explique le Directeur régional de l’eau et de l’hydraulique villageoise avec engouement.

« Cette corvée d’eau fait désormais partie du passé » s’exclame Abina KANEYEME. Membre de la communauté de Sanleguedjimoni, Abina ne peut contenir sa joie car ses sept enfants, en particulier ses filles, ne  seront plus en retard ni ne devront se lever aux aurores pour aller chercher de l’eau. « Avant la réalisation de ce forage, il leur fallait tirer l’eau de ce puits de grande profondeur pour ramener de l’eau avant d’aller à l’école. Maintenant c’est bon ! Il suffit de tourner le robinet et tu as ton eau » raconte-t-elle avec un gros sourire aux lèvres. «Nos enfants et nous-mêmes avons enfin de l’eau potable à disposition» ! 

Au-delà de la mobilisation pour la construction, le cher vœu de M. PITCHAKI est que cette communauté puisse s’approprier l’ouvrage, l’entretenir et veiller à son bon fonctionnement. 

Des femmes de Sanleguedjimoni au cours d'une réunion communautaire
UNICEF/Togo/COMBETEY Des femmes de Sanleguedjimoni au cours d'une réunion communautaire
Des hommes de Sanleguedjimoni en train de paver la voie avec des concassés
UNICEF/Togo/COMBETEY Des hommes de Sanleguedjimoni en train de paver la voie avec des concassés