À Nassiete, agir tôt pour sauver des vies d’enfants

Le dépistage précoce de la malnutrition redonne espoir aux familles et protège la vie des enfants les plus vulnérables.

UNICEF Togo
Damotote Laré, mère de trois enfants fait consulter sa fille auprès d’une ASC
UNICEF/Togo/Beyond
04 mars 2026

À Nassiete, un petit village de la région des Savanes, Kolgou Labename se souvient de l'époque où elle veillait sur son fils affaibli, l'esprit tourmenté par l'inquiétude. L'enfant, qui autrefois courait et riait, était devenu léthargique, incapable de jouer ou de s'éveiller à la vie. Cette scène n'est pas rare dans cette région, où la malnutrition frappe silencieusement et mine le potentiel des plus jeunes. C’est grâce aux efforts conjoints des agents de santé communautaire (ASC) et du soutien de l'UNICEF que Kolgou a appris à utiliser le MUAC, la mesure de la circonférence du bras gauche d’un enfant entre l’épaule et le coude, cet outil qui a changé le destin de son enfant en permettant un diagnostic précoce de la malnutrition. 

Des racines profondes et des réponses adaptées

La malnutrition aiguë au Togo ne se limite pas à un simple manque de nourriture. Ses racines plongent dans des problèmes plus profonds : pauvreté chronique, accès limité aux soins de santé, méconnaissance des pratiques nutritionnelles. Ayayivi Mensah Ayivigan, expert en nutrition, explique : “La région des Savanes dispose pourtant de ressources alimentaires comme le riz et le soja, mais beaucoup de familles préfèrent les vendre pour obtenir de l'argent plutôt que de les consommer”. Les choix économiques entraînent des carences nutritionnelles qui affaiblissent les enfants, rendant la prévention encore plus cruciale.

Pour faire face à cette réalité, le gouvernement du Togo, avec le soutien de l'UNICEF, a lancé des programmes axés sur la prévention et l’éducation. 

Les femmes, même celles qui n'ont pas reçu beaucoup d'instruction, savent maintenant utiliser le MUAC pour mesurer le périmètre brachial de leurs enfants et reconnaître les signes de malnutrition.

Koami Afangbedji, directeur préfectoral de la santé

Cette capacité nouvelle change la donne et permet des interventions précoces. Les agents de santé communautaire, comme Konlani Thèrèse, visitent les villages et forment les mères, leur donnant ainsi les outils pour prendre en main la santé de leurs enfants.

Le sel iodé : un geste simple aux impacts profonds

En parallèle de la lutte contre la malnutrition, la question de la carence en iode est un défi de santé publique majeur. Le manque d'iode entraîne des troubles tels que des retards de croissance et des problèmes cognitifs chez les enfants. 

Beaucoup de nos enfants souffrent parce que les familles ne savent pas reconnaître le sel iodé du sel ordinaire.

Bantinia Costapinto Blimpo, maire de Korbongou.
Bantinia Costapinto Blimpo, maire de Korbongou
UNICEF/Togo/BEYOND Bantinia Costapinto Blimpo, maire de Korbongou

Pour pallier cette lacune, des initiatives ont été mises en place pour éduquer la population sur l'importance du sel iodé. Des volontaires, souvent issus des communautés locales, organisent des démonstrations sur les marchés et dans les centres de santé. Ces actions ont transformé la manière dont les familles perçoivent et consomment le sel. “La population a été surprise de découvrir que tout sel n'était pas équivalent et que l'iodation jouait un rôle crucial pour la santé”, rapporte Blimpo qui doit ses nouvelles connaissances en santé nutritionnelle à sa propre formation par les équipes du gouvernement et de l’UNICEF.
La sensibilisation dans les marchés s'accompagne d'une distribution de kits de test d'iode, permettant aux familles de vérifier elles-mêmes la teneur en iode de leur sel.

Je vérifie toujours le sel que j'achète. Avant, je ne savais pas que cela pouvait faire une telle différence pour mes enfants.

Damotote Laré Bomboma, mère de trois enfants.
Des agents du service d'hygiène de la mairie vérifient la qualité du sel sur un étalage dans un marché
UNICEF/Togo/BEYOND Des agents du service d'hygiène de la mairie vérifient la qualité du sel sur un étalage dans un marché

De la prévention à l'action : la mobilisation communautaire

La lutte contre la malnutrition repose sur bien plus que des programmes de sensibilisation. Une mobilisation active de la communauté est essentielle pour assurer un changement durable. Des agents de santé communautaire (ASC) comme Thèrèse Konlani jouent un rôle crucial dans l'éducation des mères. “Avant, beaucoup pensaient que la farine enrichie venait d’ailleurs, mais maintenant nous savons que nous pouvons utiliser nos propres céréales pour la préparer”, explique-t-elle lors d'une rencontre publique organisée par le groupe de soutien, une association dynamique de femmes unies pour l'amélioration de la nutrition locale. Cette approche valorise les ressources locales et garantit une alimentation plus nutritive pour les enfants, un point que Thèrèse souligne avec conviction.

En complément des efforts éducatifs, la distribution de suppléments nutritionnels tels que le SQNLS (suppléments nutritionnels à base de lipides en petite quantité) constitue un pilier de l'intervention communautaire. Administré aux enfants de 6 à 18 mois, le SQNLS permet de combler les carences nutritionnelles et de soutenir leur développement. “Les premiers résultats montrent une amélioration tangible”, affirme Koami Afangbedji. Bien que des études plus approfondies soient nécessaires pour mesurer l'impact à long terme, ces premiers succès renforcent l'optimisme des acteurs sur le terrain.

Ces actions s'accompagnent d'ateliers de cuisine où les mères apprennent à préparer des plats riches en nutriments en utilisant des produits locaux. Ces sessions, souvent animées par des groupes de soutien, créent un espace de partage d'expériences et renforcent la solidarité communautaire.

Thèrèse Konlani, une ASC aidant une mère dans la cuisson pour son enfant.
UNICEF/Togo/BEYOND Thèrèse Konlani, une ASC aidant une mère dans la cuisson pour son enfant.

Nous cuisinons ensemble et discutons des meilleures façons de nourrir nos enfants. C'est un moment où nous nous soutenons mutuellement.

Thèrèse Konlani, Agent de santé communautaire

L'impact du soutien de l'UNICEF sur le terrain

L'UNICEF a été un partenaire essentiel dans la mise en œuvre de ces initiatives. Dovi Senou, médecin-chef au CMS de Bombouaka, témoigne de l'importance des ressources fournies : “Les toises, les balances et les compléments alimentaires comme le Plumpy-Nut ont été déterminants pour assurer une prise en charge efficace des enfants malnutris”. Ces outils permettent aux ASC de diagnostiquer la malnutrition et de la traiter dès les premiers signes, ce qui améliore considérablement les chances de rétablissement des enfants.

L'histoire d'Esther en est la preuve vivante. Sa mère, Labondine, se rappelle des nuits sans sommeil passées à chercher un remède aux pleurs incessants de sa fille. “C'était une épreuve, mais grâce à l'ASC qui m'a orientée et au Plumpy-Nut administré, elle a retrouvé sa santé”, confie Labondine. Aujourd'hui, Esther montre des signes de croissance saine et s'épanouit à nouveau.

Des défis persistants malgré des progrès significatifs

Malgré ces avancées, le chemin reste semé d'obstacles. La pauvreté et le manque de sensibilisation aux pratiques nutritionnelles continuent de poser problème. Ayayivi Mensah Ayivigan souligne l'importance de l'information : “Beaucoup de familles ont des ressources, mais ignorent comment les utiliser pour nourrir leurs enfants de façon équilibrée”. Pour pallier ce manque, l'UNICEF et le gouvernement poursuivent leurs efforts de formation et d'éducation.

Les défis ne se limitent pas aux seules familles. Les infrastructures de santé, souvent insuffisantes dans les zones rurales, ralentissent la prise en charge des cas graves. Koami Afangbedji reconnaît que “même si beaucoup a été fait, des efforts sont encore nécessaires pour renforcer les centres de santé et former davantage de personnel”.

Thèrèse Konlani, l’ASC, vérifie le poids de l’enfant
UNICEF/Togo/BEYOND Thèrèse Konlani, l’ASC, vérifie le poids de l’enfant

Un avenir construit sur l'engagement collectif

L'avenir de la lutte contre la malnutrition au Togo repose sur l'implication de tous les acteurs. Mères, agents de santé, et leaders communautaires travaillent de concert pour créer un environnement propice à la croissance saine des enfants. “Plus nous impliquons la communauté et formons le personnel de santé, plus les résultats sont visibles”, conclut Ayayivi.
L'histoire de Kolgou, celle de Labondine, et d'autres mères de la région, reflète la résilience et la solidarité nécessaires pour surmonter ces défis. Derrière la mesure précise du périmètre brachial, le test du sel iodé et les ateliers communautaires se cache un effort collectif qui contribue à bâtir un avenir meilleur.

Dans les villages de la région des Savanes, les enfants reprennent vie, et l'écho de leurs rires est un symbole puissant de ce qui a été accompli. La malnutrition, bien qu'encore présente, voit son emprise diminuer grâce à la mobilisation collective et au soutien de partenaires dévoués. C’est dans ces moments que la véritable portée du combat se révèle, non pas à travers les chiffres, mais dans le sourire des enfants, la fierté des mères et la détermination des agents de santé.