Un vaccin, Une voix, Un avenir.

Comment l’initiative HPV+ du Sénégal aide les jeunes filles comme Anta à réaliser leurs rêves

Giuseppe Napoli et UNICEF Sénégal
Anta, montrant son certificat de première bénéficiaire du vaccin HPV+
UNICEF Senegal/2024/DIOP
31 juillet 2025

Kaolack, Sénégal – fin septembre. 
À cette période de l’année, le temps peut changer d’un instant à l’autre : une heure de chaleur écrasante, suivie d’un souffle de vent ou d’une averse soudaine. Les rues poussiéreuses de Kaolack portent tranquillement le poids de cette transition. Et malgré la fin de l’hivernage, la vie suit son cours. Ici, on a l’habitude de lever les yeux vers le ciel, d’ajuster son rythme, et d’avancer quand même, même quand la saison sèche commence à se profiler à l’horizon.

Dans un coin discret de cette ville portuaire, quelque chose d’essentiel est en train de naître. Une révolution silencieuse en matière de santé. Elle ne fait pas la une des journaux, mais elle transforme des vies. 
 

Aujourd’hui, sur l’une des routes de Kaolack, Anta, 13 ans, élève en classe de CM1, se rend au centre de santé de Kanda. Un sourire sur le visage, une détermination discrète dans le pas. Ce n’est pas sa première visite, elle connaît les lieux. Ce centre fait partie de son histoire. C’est ici qu’elle recevra le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), et c’est ici que sa grand-mère, dispensatrice de soins à domicile, consacre depuis des années son énergie à soutenir les autres. 

Anta, première bénéficiaire du test HPV+, est fière de recevoir son kit
UNICEF Senegal/2024/DIOP Anta, première bénéficiaire du test HPV+, est fière de recevoir son kit

C’est aussi là qu’Anta a entendu parler pour la première fois de l’initiative HPV+, initiative appuyée par l’UNICEF. Pourtant, sa connaissance des risques liés au cancer du col de l’utérus remonte à bien plus loin : « Chaque année, il y a une campagne de dépistage et de vaccination. Des agents de santé viennent dans notre école pour nous expliquer l’importance du vaccin et nous encourager à nous protéger », raconte-t-elle.

Ce jour de lancement, au Conseil départemental de Kaolack, marque aussi un moment particulier : Anta devient la première fille de la ville et du pays à bénéficier de la nouvelle initiative HPV+. 

Cette initiative utilise la vaccination contre le HPV comme porte d’entrée pour proposer d’autres services de santé essentiels aux adolescents : nutrition, santé reproductive, prise en charge du VIH et soutien en santé mentale. HPV+ vise à renforcer le pouvoir d’agir des filles, pour qu’elles prennent en main leur santé et leur développement — tout en soutenant le bien-être de leurs familles et de leurs communautés.

Un petit sac rose l’attend. Un simple sachet, mais rempli de sens. À l’intérieur : du savon, des serviettes hygiéniques, du bicarbonate de soude, et un livret qui répond aux questions sur les règles. Un mélange attentionné d’informations et de soins concrets. « Je suis très satisfaite de cette initiative », dit Anta en tenant le kit. « Elle nous aide à mieux gérer notre hygiène menstruelle tout en restant en bonne santé. »

Anta a un rêve, une vision pour son avenir : protéger sa famille et sa communauté. Elle se voit un jour en uniforme de policière. Mais pour cette jeune fille vive et déterminée, la sécurité commence d’abord par la santé. « Au début, j’étais un peu stressée à l’idée de recevoir le vaccin, mais maintenant je suis soulagée et heureuse d’être protégée. C’est une bonne chose de prévenir les maladies, surtout le cancer. Pour moi, la santé passe avant tout. »

Et c’est précisément ce que propose HPV+ : créer des passerelles entre la vaccination, la prévention du cancer du col de l’utérus, l’hygiène menstruelle et les services de santé intégrés pour les adolescentes. 

 Dans sa première phase, le programme prévoit d’atteindre au moins 22.000 filles âgées de 9 à 14 ans dans les districts de Kaolack, Salémata, Ziguinchor et Touba. Il vise également à mobiliser 2.000 filles-leaders dans les écoles et les mouvements de jeunesse pour sensibiliser leurs camarades. Objectif : atteindre 90 % de couverture vaccinale contre le HPV d’ici fin 2025 dans les districts ciblés, et rapprocher les communautés de l’élimination du cancer du col comme menace pour la prochaine génération.

Au cœur de cette stratégie : une approche multisectorielle. Les services de santé, l’éducation, les départements en charge de la famille et de la jeunesse, les organisations communautaires et la société civile — tous travaillent main dans la main pour offrir aux filles bien plus qu’un vaccin : de l’information, de l’écoute, du soutien. Des forums sont organisés pour donner la parole aux filles, entendre leurs questions, écouter leurs expériences, et les faire participer pleinement à ce chemin collectif vers une meilleure santé.

Car les filles comme Anta ne sont pas de simples bénéficiaires. Ce sont des actrices du changement, des ambassadrices, des modèles. « Je pense que c’est très important de désigner des filles comme modèles pour sensibiliser les autres. Maintenant, je suis à l’aise pour parler de santé, parce que j’ai été vaccinée et je suis un exemple. Je discute beaucoup avec mes amies et je leur dis toujours de faire comme moi, de se faire vacciner. Et je vois qu’elles sont très motivées. »

Mais l’histoire ne commence — ni ne s’arrête — avec Anta. Elle remonte à sa grand-mère, Aminata. À une autre époque. Quand où le vaccin n’existait pas encore, où les informations circulaient peu, et où les options étaient limitées. Le cancer du col de l’utérus reste l’un des principaux problèmes de santé publique au Sénégal. C’est le cancer le plus fréquent chez les femmes. Chaque année, environ 2.064 nouveaux cas sont diagnostiqués et près de 1 327 femmes en meurent. Autrement dit, pour 100 femmes atteintes, plus de 60 décèdent, souvent faute d’un dépistage à temps ou d’un accès aux soins. 

C’est une crise qui touche les grands-mères, les mères, les filles, les nièces. Et c’est une crise que l’on peut prévenir. Aminata, qui n’a pas eu accès à la vaccination dans sa jeunesse, mesure l’importance de cette chance offerte aux nouvelles générations. « Ce vaccin, c’est une promesse pour l’avenir — pour les familles, pour la communauté entière. J’en ai parlé avec ma petite-fille, je lui ai expliqué les avantages. Je lui ai dit à quel point elle a de la chance d’avoir ce vaccin disponible. Toute la famille a soutenu cette décision. En tant qu’agente de santé communautaire, j’encourage les familles à faire vacciner leurs filles et à soutenir les équipes de santé lors des campagnes de sensibilisation. »

L’initiative HPV+, pilotée par l’UNICEF avec le soutien de Gavi, l’Alliance du Vaccin, rend cette opportunité possible pour des milliers de filles à travers le pays.

À Kaolack, la prévention commence désormais avec des jeunes filles comme Anta — des filles curieuses et courageuses, qui ouvrent la voie aux autres. Son petit sac rose peut sembler anodin, mais il contient quelque chose d’essentiel : de la protection, de la confiance, et la conviction que la santé est un droit pour chaque fille.