Journée mondiale de l’enfance : des progrès qui ouvrent la voie, mais encore des défis à surmonter pour les enfants aux Comores

Malgré des avancées en éducation, santé et protection, la pauvreté, les chocs climatiques et la baisse des financements menacent les droits des enfants. L’UNICEF Comores appelle à intensifier les efforts pour garantir un avenir meilleur

20 novembre 2025
Un agent de santé mesure le poids un enfant dans un centre de santé à Mohéli, aux Comores, le 11 mars 2024
UNICEF Comores/Karel Prinsloo Un agent de santé mesure le poids un enfant dans un centre de santé à Mohéli, aux Comores, le 11 mars 2024

Moroni, 20 novembre 2025. Aujourd’hui, le monde célèbre la Journée mondiale de l’enfance ; une date symbolique qui marque l’anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par presque tous les pays, dont les Comores. Depuis 1989, ce texte engage les États à garantir à chaque enfant ses droits, tels que le droit à l’éducation, à la santé, et à la protection contre toute forme de violence.

Au fil des années, des progrès significatifs ont été accomplis, permettant à des millions d’enfants d’accéder à une éducation de qualité, à des services de santé améliorés et à une protection renforcée, grâce à l’engagement des États et de leurs partenaires.

Cependant, ces acquis restent aujourd’hui menacés. La pauvreté persistante, la multiplication des conflits, l’intensification des chocs climatiques et la baisse préoccupante des financements compromettent la réalisation des droits de l’enfant. Les données mondiales sont alarmantes : 4,5 millions de décès supplémentaires d’enfants de moins de 5 ans pourraient survenir d’ici 2030 ; 6 millions d’enfants risquent d’être privés d’école d’ici 2026, accentuant la crise mondiale de l’apprentissage ; et plus de 213 millions d’enfants ont désormais besoin d’une aide humanitaire, alors même que les ressources destinées à les protéger diminuent.

Aux Comores, ces dernières années ont été marquées par des avancées significatives pour les enfants grâce aux efforts conjoints du Gouvernement, de l’UNICEF et d’autres partenaires. Nous devons reconnaitre ces avancées et en être fiers, mais également s’en inspirer pour intensifier nos actions face aux défis importants qui subsistent pour garantir à chaque enfant des droits pleinement réalisés.

Dans le domaine de l’éducation, par exemple, la fréquentation préscolaire des enfants de 3 à 5 ans est passée de 5 % en 2012 à 41 % en 2024[1], tandis que le taux de scolarisation au primaire a bondi de 73 % à 97 %[2] entre 2012 et 2022.  Cependant, ces progrès quantitatifs ne se traduisent pas encore par une amélioration suffisante des apprentissages : seuls 26 % des enfants, âgés de 7 à 14 ans, soit un élève sur quatre, maîtrisent les acquis de base en lecture et en calcul, indispensables pour poursuivre leur scolarité[3]. Pour que les avancées impressionnantes en matière d’accès deviennent de véritables réussites éducatives, il est urgent d’investir davantage dans la qualité de l’apprentissage, en accélérant la mise en œuvre des recommandations des assises nationales, notamment la numérisation du système éducatif et la formation continue des enseignants.

Dans le domaine de la santé, la mortalité des enfants de moins de cinq ans a diminué au cours des dix dernières années, passant de 50 à 36 décès pour 1 000 naissances vivantes entre 2012 et 2022, tandis que le taux de mortalité néonatale est passée de 24 à 19 pour 1000 naissances vivantes[4] durant la même période. La mise en œuvre de la stratégie de santé communautaire et de l’approche “soins mère-kangourou” ont contribué de manière significative à cette amélioration. Toutefois, cette dernière approche n’est actuellement appliquée que dans les trois principaux hôpitaux du pays, même si les structures périphériques ont été formées et peuvent transférer les nouveau-nés vers ces centres. Son déploiement à plus grande échelle permettrait de renforcer davantage la réduction de la mortalité néonatale. Il est, en outre, essentiel de renforcer les capacités des 875 agents de santé communautaires et de les équiper adéquatement afin qu’ils contribuent efficacement à la surveillance du paludisme, des maladies diarrhéiques et de la malnutrition aiguë sévère. Acteurs de première ligne, ils jouent un rôle clé pour prévenir, assurer les premiers soins et orienter rapidement les cas nécessitant une prise en charge médicale.

Par ailleurs, dans le domaine de la nutrition, la prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans a nettement reculé, passant de 30 % à 18 %[5] entre 2012 et 2022, un progrès notable pour le pays. Toutefois, des défis persistent, car certains enfants continuent à souffrir de sous-nutrition, y compris la malnutrition aiguë sévère, qui peut mettre leur vie en danger, alors que d’autres enfants sont en situation de surpoids ou d’obésité. Une enquête récente sur certains districts sanitaires révèle que 6 % des enfants de moins de cinq ans sont obèses et 3,2 % souffrent d’obésité sévère. Chez les adolescents, 5,8 % sont en surpoids et 1,9 % présentent une obésité[6]. Ces situations exposent les enfants et les jeunes à des risques accrus de développer des maladies chroniques à long terme. Pour y répondre efficacement, il est indispensable de renforcer la promotion de l’allaitement maternel exclusif, de soutenir de meilleures pratiques d’alimentation du nouveau-né, du nourrisson et du jeune enfant ainsi que de renforcer les systèmes alimentaires locaux afin d’assurer la production d’aliments nutritifs, sûrs, abordables et durables pour les enfants et les adolescents. 

Parallèlement, des avancées majeures ont été enregistrées dans le domaine de la protection de l’enfance. Au cours de la dernière décennie, l'enregistrement des naissances, qui donne une identité légale à l'enfant, est passée de 87 % à 95 %. Les mariages d’enfants (filles de moins de 19 ans) ont diminué de 20 % à 13 %, et la proportion de filles de 15 à 19 ans ayant subi des violences physiques ou sexuelles est passée de 14 % à 13 %[7]. Dix services d’écoute gérés par le gouvernement sont désormais opérationnels pour accueillir, orienter et accompagner les victimes de violence, et ont déjà soutenu plus de 700 personnes en 2024. Cependant, des efforts supplémentaires restent nécessaires : l’harmonisation du cadre juridique national avec les conventions internationales ratifiées doit se poursuivre, tout comme le renforcement des capacités des acteurs chargés de la protection de l’enfance. Il devient également indispensable de professionnaliser les travailleurs sociaux, en leur offrant un véritable statut et une filière de formation dédiée, afin de garantir un accompagnement de qualité. Par ailleurs, il est essentiel d’accélérer la modernisation de l’état civil et d’intensifier la mobilisation des ressources pour pérenniser les services de protection et répondre aux besoins croissants des enfants les plus vulnérables.

Sur le front climatique, l’UNICEF et le ministère de l’Environnement ont publié la première Analyse du paysage climatique pour les enfants aux Comores, qui révèle l’ampleur des risques auxquels sont exposés les plus jeunes. Selon le rapport, 54 %[8] des enfants vivent déjà dans des zones à haut risque climatique, et les trois îles sont confrontées à une combinaison d’aléas : chaleur extrême, inondations, élévation du niveau de la mer, pénurie d’eau, dont les effets menacent directement les services essentiels dont dépendent les enfants.  Les acquis sociaux obtenus au cours des dernières années sont aujourd’hui fragilisés : remontée du paludisme, recrudescence des maladies hydriques, et risques accrus que les infrastructures éducatives, déjà vulnérables aux inondations et aux tempêtes, deviennent partiellement inutilisables. Face à ces constats, le gouvernement, à travers plusieurs ministères, s’est engagé à tester des solutions d’adaptation climatique dans la santé, l’éducation, la protection contre la violence et les systèmes d’eau, ainsi qu’à intégrer pleinement les besoins des enfants dans la révision en cours des Contributions Déterminées au niveau National -CDN. Le principal défi consiste désormais à faire en sorte que l’adaptation climatique soit intégrée dans toutes les politiques sectorielles et que les financements climatiques internationaux, encore très limités, soient orientés vers les secteurs qui protègent la survie, l’éducation et la santé des enfants, premières victimes de la crise climatique.

« Les progrès accomplis pour les enfants aux Comores sont réels et doivent être salués. Mais ils restent fragiles. Nous devons intensifier nos efforts pour que chaque enfant aux Comores ait accès à une éducation de qualité, à des soins équitables et à une protection sans faille. Investir dans les enfants, c’est investir dans l’avenir du pays », déclare Mustapha Ben Messaoud, Représentant de l’UNICEF aux Comores.

Sous le thème « Ma journée, Mes Droits », l’UNICEF Comores réaffirme son engagement à travailler aux côtés du Gouvernement, des communautés, de la société civile et de tous les partenaires pour garantir que chaque enfant jouisse pleinement de ses droits fondamentaux, sans aucune discrimination.  


 


[1] Rapport d’Etat du système éducatif national (RESEN) 2012 &

Système d’information et de gestion de l’information- SIGE 2024

[2] Enquête par Grappes à Indicateurs Multiples MICS -2022

[3] Ibid.

[4] Ibid. 

[5] Enquête par Grappes à Indicateurs Multiples MICS -2022

[6] Enquête smart nutrition 2024

[7] Enquête par Grappes à Indicateurs Multiples MICS -2022

[8] Analyse du paysage climatique pour les enfants des Comores 

Contacts presse

Odette Kwizera
Communication Officer
UNICEF Burundi
Adresse électronique: [email protected]

À propos de l’UNICEF

L’UNICEF travaille dans certains des endroits les plus inhospitaliers du monde pour atteindre les enfants les plus défavorisés. Dans plus de 190 pays et territoires, nous travaillons pour chaque enfant, chaque jour, afin de construire un monde meilleur pour tous.

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