Garoua-Boulaï : protéger mères et enfants du VIH
À Garoua-Boulaï, zone frontalière du Cameroun, le projet PETVISIDAME agit pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant grâce à une approche communautaire ciblée.
À quelques mètres de la frontière avec la République Centrafricaine, dans un marché animé de Garoua-Boulaï, une équipe communautaire s’active : tests VIH, sensibilisation, dépistage de l’hépatite et distribution de préservatifs. Assise sur une chaise en plastique, une jeune femme tend la main pendant qu’un agent de santé procède à un test rapide. Derrière eux, une affiche du projet PETVISIDAME rappelle l’objectif : une famille sans VIH/SIDA. Non loin de là, une agente communautaire échange avec des vendeuses de légumes, les sensibilisant avec énergie et bienveillance.
Ces scènes illustrent l’engagement quotidien grâce au Projet PETVISIDAME pour prévenir la transmission du VIH, notamment de la mère à l’enfant, dans cette ville frontalière aux besoins sanitaires criants. Ce projet financé par le Gouvernement du Cameroun avec l’appui de la Banque Islamique de Développement (IsDB) et mis en œuvre par l’UNICEF en collaboration avec des organisations de la société civile (OSC) comme No Limits for Human Projects. Il s’agit d’un volet essentiel de l’initiative nationale d’élimination de la transmission mère-enfant du VIH/SIDA (eMTCT).
Un enjeu crucial en zone frontalière
Garoua-Boulaï se situe dans une zone à haute vulnérabilité. Cette localité frontalière accueille une importante population de réfugiés centrafricains, estimée à plus de 55 000 personnes. La mobilité constante de ces populations, combinée à un accès limité aux soins de santé de qualité, crée un environnement propice à la propagation du VIH. Les conditions sociales précaires, les pratiques sexuelles à risque et l’absence de suivi médical régulier aggravent encore la situation.
En effet, les femmes enceintes réfugiées ont souvent des difficultés à accéder aux services de santé maternelle, augmentant ainsi le risque de transmission du VIH à l’enfant. Ces facteurs font des zones frontalières comme Garoua-Boulaï des points névralgiques dans la lutte contre l’épidémie.
Une réponse communautaire et humaine
Pour faire face aux réalités complexes des zones frontalières, le projet PETVISIDAME s’appuie sur une stratégie de proximité menée par des mentors communautaires, choisis dans les neuf aires de santé de la région. Connus et respectés localement, ces relais facilitent l’accès aux communautés, notamment dans les marchés, chantiers miniers et sites de réfugiés.
Les activités combinent sensibilisation, dépistage du VIH, de la syphilis et de l’hépatite B, ainsi que la distribution de kits de prévention. Les femmes enceintes sont particulièrement ciblées et référées vers les formations sanitaires. L’implication des chefs traditionnels et leaders religieux renforce encore la portée du message. « Je suis venue me faire tester parce que je suis enceinte. Je veux protéger mon bébé, même si je ne ressens rien. On m’a expliqué que mieux vaut savoir tôt pour agir à temps », affirme Aminatou, 28 ans, réfugiée centrafricaine à Garoua-Boulaï, les yeux fixés sur la file d’attente devant le stand de dépistage. Comme elle, de plus en plus de femmes franchissent le pas, preuve que l’approche porte ses fruits.
À l’échelle nationale, les résultats sont encourageants : en 2023, 98 % des femmes enceintes ont été testées pour le VIH et 97 % des séropositives mises sous traitement, contribuant à faire chuter le taux de transmission à 1,45 % chez les nourrissons à 6-8 semaines.
Mais sur le terrain, les difficultés restent nombreuses. Manque de tests, moyens de transport insuffisants et éloignement des communautés compliquent les interventions. « Parfois, on utilise nos derniers 500 francs pour payer une moto et atteindre un chantier reculé », confie Mohamed Boubouda, coordinateur local de l’OSC No Limits for Human Projects, « On se sacrifie, mais on sait que chaque test compte. »
Un appel à la continuité et au soutien renforcé
Mohamed Boubouda souligne l’importance de la régularité des interventions :
« Il ne faut pas venir et tourner la porte. Si l’activité s’arrête brusquement, les populations perdent confiance. Elles vont penser qu’on s’est moqué d’elles. »
Pour que les acquis soient consolidés, les équipes locales appellent à un renforcement du soutien matériel et logistique. Cela inclut une dotation suffisante en tests combinés VIH/syphilis, des moyens de transport adaptés, et un financement stable pour les OSC communautaires qui assurent l’exécution sur le terrain.
Le projet PETVISIDAME démontre qu’en misant sur les acteurs locaux, en investissant dans l’approche communautaire et en adaptant les interventions aux réalités des zones frontalières, la prévention du VIH peut enregistrer des résultats probants, même dans des contextes complexes.
À Garoua-Boulaï, chaque test, chaque séance de sensibilisation, chaque accouchement sécurisé rapproche un peu plus la communauté de l’objectif ultime : mettre fin à la transmission mère-enfant du VIH, et garantir à chaque enfant un départ dans la vie sans VIH.
Le projet PETVISIDAME bénéficie du soutien précieux du Lives and Livelihoods Fund (LLF), une initiative de développement de 2,5 milliards de dollars lancée en 2016. Ce fonds est financé par une coalition mondiale sans précédent, comprenant le Abu Dhabi Fund for Development (ADFD), la Fondation Bill & Melinda Gates (GF), la Banque Islamique de Développement (IsDB), le Fonds de Solidarité Islamique pour le Développement (ISFD), le Centre d'Aide Humanitaire et de Secours du Roi Salman (KSRelief), et le Fonds du Qatar pour le Développement (QFFD). Leur engagement vise à sortir les plus pauvres de la pauvreté dans 33 pays membres de la BID, en s'attaquant à 9 Objectifs de Développement Durable (ODD) à travers des projets dans les domaines de la santé, de l'agriculture et des infrastructures de base. Nous exprimons notre profonde gratitude à ces partenaires pour leur appui déterminant.