Les héroïnes de la vie de tous les jours à Tambacounda, dans le sud-est du Sénégal

Hommage à tous ces gens ordinaires qui font des choses extraordinaires pour le bien de leurs communautés

Par Silvia Danailov, Représentante de l’UNICEF au Sénégal
UNICEF Senegal/2022/Massamba Fall
UNICEF Senegal/2022/Massamba Fall
14 avril 2022

Pour certains, c'est un sens du devoir. Pour d'autres c'est une obligation. Et puis il y a ceux pour qui c'est une nécessité. Leurs noms ne sont pas forcément reconnaissables. Mais les actions de ces héroïnes et héros ont sans l'ombre d'un doute fait bouger les lignes et fait de la région de Tambacounda un endroit meilleur pour les enfants, malgré un contexte toujours difficile.

En mission à Tambacounda pour quelques jours, j’ai fait la rencontre de gens ordinaires - des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants - qui ne cherchent pas à se démarquer à tout prix, qui ne vivent pas sous les feux des projecteurs, mais qui partagent la même philosophie : celle d’apporter un plus pour leurs communautés.

Sous un soleil de plomb, atteignant parfois les 43 degrés, en période de ramadan, ces héroïnes et héros de la vie de tous les jours, ont le courage d’oser, n’abandonnent jamais et sont toujours déterminés à aller plus loin.

Classe Tambacounda
UNICEF Senegal/2022/Andriamasinoro
Madame Diarra Marie Françoise Diouf faisant une animation dans un collège dans la ville de Tambacounda
Classe Tambacounda
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Les collégiennes écoutant attentivement les orientations fournies par Madame Diarra Marie Françoise Diouf

Madame Diarra Marie Françoise Diouf est la Présidente du réseau des femmes enseignantes de la région de Tambacounda. Elle s’est donnée pour mission d’outiller et de former les enseignant(e)s de la région pour promouvoir la scolarisation, la protection et la participation des filles à l’école.

Nous étions témoins des changements qu’elle a apportés lors d’une visite organisée dans un collège dans le centre-ville de Tambacounda. Les filles savent comment s’autoprotéger face aux risques qu’elles encourent. Dans cette salle de classe, la discussion est ouverte, les filles abordent des sujets parfois tabous, parfois sensibles. L’ éducation à la vie familiale des adolescent(e)s, la violence sexuelle, l’égalité de genre, les droits des filles, la gestion de l’hygiène menstruelle.

D’autant plus que cette école figure parmi les 623 autres écoles du pays, ayant été dotées en kits de dignité pour les filles, afin d’appuyer dans un premier temps des sessions de démonstration et de sensibilisation sur la gestion de l’hygiène menstruelle.

En effet, dans certaines écoles dans la région de Tambacounda, les menstrues obligent certaines jeunes filles à interrompre leurs études pendant plusieurs jours. L’UNICEF a mis à leur disposition des kits de dignité leur permettant de gérer la situation. Et ça marche !

Madame Diarra a contribué à la formulation de plans d’actions intégrant notamment la mise en place de groupes de soutien et d’entraide pour les filles en milieu scolaire. Dans son réseau, elle a - à sa charge - plus de 70 enseignantes et enseignants.

"Ce n’est que le début d’un processus. Notre objectif est de nous assurer que les filles de Tambacounda, qu’elle soit à l’école ou hors de l’école, jouissent pleinement de leurs droits !" nous a-t-elle confié avec enthousiasme.

Maman Tambacounda
UNICEF Senegal/2022/Massamba Fall
Madame Mariama Guindo, volontaire communautaire de l'initiative Badienou Gokh
Séance de discussion avec les membres de l'initiative Badienou Gokh dans la ville de Tambacounda
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Séance de discussion avec les membres de l'initiative Badienou Gokh dans la ville de Tambacounda

Les visites de terrain sont un véritable moment de rencontre extraordinaire. J’ai aussi eu l’occasion de discuter avec Madame Mariama Guindo. Elle, en revanche, dirige l’initiative Badienou Gokh dans sa circonscription. Tout le monde la connaît dans la ville de Tamba !

La Badienou Gokh, ou sœur du chef de famille ou marraine des enfants, a un rôle d’encadrement et de soutien aux femmes, aux enfants et aux familles au Sénégal. L’initiative fait partie intégrante de la promotion de la santé car elle assure l’engagement de la communauté envers la santé de la mère, du nouveau-né, de l'enfant et de l'adolescent.

Pour cela, elle s’adapte aux valeurs socioculturelles sénégalaises, favorise le leadership féminin, s’associe au dispositif communautaire au niveau des cases de santé, quartiers et villages et s’appuie sur les leaders communautaires dans la sensibilisation à tous les niveaux pour relever les indicateurs de santé.

Mariam Guindo, elle, est allée bien au-delà. L’éducation des enfants, la protection contre la violence, l’excision des filles ou le mariage d’enfants sont autant de sujets qu’elle aborde au quotidien auprès de sa communauté.

Madame Diarra et Madame Guindo figurent parmi celles et ceux qui veulent bousculer les normes pour faire bouger les lignes. Mais à côté d’elles, il y a aussi celles et ceux qui sont au front pour sauver des vies.

Madame Diambou Kanté est aide-infirmière au Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle du centre de santé de Tambacounda
UNICEF Senegal/2022/Massamba Fall
Madame Diambou Kanté est aide-infirmière au Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle du centre de santé de Tambacounda
La Représentante de l'UNICEF, Silvia Danailov, visitant la salle de stockage des intrants nutritionnels au centre de santé de Tambacounda
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La Représentante de l'UNICEF, Silvia Danailov, visitant la salle de stockage des intrants nutritionnels au centre de santé de Tambacounda

Madame Diambou Kanté est aide-infirmière au Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle du centre de santé de Tambacounda. Elle est sur le front non seulement pour faire le suivi des enfants atteints de la malnutrition, mais aussi pour dépister les cas de malnutrition parmi les enfants dans les communautés, sensibiliser les familles sur les pratiques familiales essentielles clés, parler des risques liés à l’accouchement à domicile et promouvoir l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant.

Fatoumata Diallo, 36 ans, en est témoin. Son petit garçon de 12 mois, Ibrahima a été détecté à temps par Madame Kanté. "C’est grâce à elle qu’on a pu traiter à temps mon enfant. Il a commencé à s’affaiblir rapidement. C’est elle qui nous a référé ici au centre nutritionnel, et nous avons tout de suite commencé le traitement" témoigne-t-elle. Ibrahima a vite repris ses forces, mais fait encore l’objet de suivi lors notre passage au niveau de ce centre.

Prise de photo à la suite de la séance de discussion avec les jeunes leaders
UNICEF Senegal/2022/Massamba Fall
Prise de photo à la suite de la séance de discussion avec les jeunes leaders
Séance de discussion avec les jeunes filles leaders dans un centre d'écoute dans la ville de Tambacounda
UNICEF Senegal/2022/Massamba Fall
Séance de discussion avec les jeunes filles leaders dans un centre d'écoute dans la ville de Tambacounda

Qui sont les meilleurs messagers pour sensibiliser les enfants sur leurs droits ? Les enfants eux-mêmes. Ayant bénéficié d’une formation courte sur l’autoprotection et les argumentaires contre le mariage d’enfants, Awa, Ansoumane, Seynabou, Neyzathe, Ndaye, élèves du secondaire âgés entre 16 et 18 ans dans la région de Tambacounda organisent régulièrement des causeries éducatives avec les enfants, les parents, les leaders communautaires, les maîtres coraniques et bien d’autres parties prenantes.

"Parfois les grandes personnes nous écoutent, parfois non. Nous conduisons par exemple des causeries éducatives dans les daaras pour sensibiliser les maîtres coraniques sur la question de la violence à l’égard des enfants ; nous allons à la rencontre des enfants vivant dans les rues pour les soutenir ; nous essayons de convaincre les parents, de ne pas marier leurs enfants" m’a confié Neyzathe, lors d’une séance d’échange que j’ai eue avec eux sous un arbre à palabre.

"Nous avons réussi par exemple à empêcher des mariages d’enfants dans notre communauté" témoigne-t-elle. Ils étaient un premier groupe de 22 filles et garçons, à bénéficier de cette formation dans la ville de Tambacounda, et les résultats de leurs actions ont déjà pris forme.

Séance de discussion de l'équipe de l'UNICEF avec le Gouverneur de la Région de Tambacounda
UNICEF Senegal/2022/Massamba Fall
Séance de discussion de l'équipe de l'UNICEF avec le Gouverneur de la Région de Tambacounda

Diouf, Guindo, Kanté, Awa, Ansoumane, Seynabou, Neyzathe, Ndaye font partie pour moi de ces héroïnes de la vie de tous les jours, souvent méconnues mais qui apportent un plus à la communauté. Je suis sûre qu’au Sénégal, à Tambacounda et d’autres régions, des milliers d’autres acteurs sont aussi sur le front pour promouvoir et protéger les droits des filles et des garçons.

Plus ils seront nombreux, meilleures seront les chances que l’idéal décrit dans la Convention des Droits de l’Enfant à laquelle le Sénégal a souscrit devienne une réalité pour toutes les générations d’enfants à venir.