Allocution de Mme Marilena Viviani, Représentante de l’UNICEF en Tunisie

à l'occasion de la Conférence Nationale de présentation de « L’étude sur les Connaissances, Attitudes et Pratiques Parentales liées au Développement de la Petite Enfance » et du « Programme de Parentalité Positive (P+) »

UNICEF Tunisie
20 novembre 2020

M. Hichem Mechichi, Chef du Gouvernement

Mme Imen Houimel, Ministre de la Femme, de la Famille et des Séniors

M. Mohamed Trabelsi, Ministre des Affaires Sociales

Dr. Faouzi Mehdi, Ministre de la Santé

M. Fethi Sellaouti, Ministre de l’Education

M. Habib Ammar, Ministre de la Culture

S.E. M. Lorenzo Fanara, Ambassadeur d’Italie en Tunisie

M. Riccardo Mosca, Représentant de M. l’Ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et les représentants des partenaires qui nous suivent via la plateforme virtuelle

Distingués invités

Chers parents,

Au nom de l’UNICEF, le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance, c'est un grand plaisir de participer aujourd’hui à cette conférence.

Je suis d’autant plus honorée de participer à l’ouverture de cet évènement aux côtés de Monsieur le Chef du Gouvernement dont la présence témoigne de l’importance et de l’intérêt qu’il accorde aux enfants. 

C’est également un réel plaisir de voir autant de ministres et de hauts fonctionnaires participer à cette rencontre, ce qui traduit la volonté politique de consolider et d’améliorer les conditions de vie des enfants en Tunisie.

 

Monsieur le Chef du Gouvernement,

Honorables invités,

Cette conférence se tient alors que nous célébrons aujourd’hui avec la communauté internationale, la journée mondiale de l’enfance qui marque le 31ème anniversaire de l’adoption par l’Assemblée Générale des Nations Unies de la Convention relative aux droits de l’enfant, le 20 Novembre 1989.

Grâce aux engagements politiques au cours des 31 dernières années, un progrès sans précédent a été accompli pour améliorer les conditions de vie de millions de familles, de femmes et d’enfants. Mais il nous reste encore un grand travail à faire pour assurer la réalisation des droits des enfants dans tous les domaines.

En plus, la nouvelle décennie d’implémentation de la Convention relative aux droits Droits de l’Enfant commence malheureusement avec la pandémie mondiale de la Covid-19 et avec les menaces qu’elle comporte pour la sécurité des enfants, leur développement, leur avenir et la réalisation de leurs droits.

Il ne s’agit plus uniquement d’une crise sanitaire mais d’une véritable crise des droits de l’enfant car son impact a accentué les inégalités et menace les progrès durement acquis jusqu’à présent. Les enfants et les adolescents sont les victimes cachées de la pandémie et ils vivront pour les années à venir avec ses effets et avec la manière dont le monde choisit maintenant de réagir.

 

Monsieur le Chef du Gouvernement,

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui nous allons nous focaliser sur la période la plus décisive pour le développement du cerveau des enfants, les premières années de leur vie.  Le rôle des parents et des familles, et l’impact de leurs pratiques, attitudes et connaissances sur les soins à prodiguer dans les premières années de vie en matière de santé, d’hygiène, de stimulation, de protection contre la violence ou les mauvais traitements, déterminent les chances de survie et de développement optimal des enfants tout au long de leur vie.

La petite enfance, la période allant jusqu’à l’âge de 8 ans, est essentielle pour le développement de chaque personne. Elle constitue également l’opportunité la plus rentable d’améliorer l’impact des investissements sur le développement du capital humain présent et futur d’un pays.

Cela est basé sur les évidences qui nous montrent qu’un cerveau en développement a besoin de plusieurs éléments : bonne santé, soins attentifs, protection, et enrichissement. Selon la Banque Mondiale, chaque dollar supplémentaire investi dans des programmes de qualité pour la petite enfance donne un rendement compris entre 6 $ et 17 $ en dollars. Les interventions de stimulation précoce de qualité pour les nourrissons et les tout-petits enfants peuvent augmenter les revenus futurs de 25 %.

Cela nous appelle à redoubler les efforts pour donner aux parents, aux familles, à la communauté et aux prestataires de services le soutien dont les petits enfants ont besoin pendant cette étape critique de leur développement.  Il s’agit d’une responsabilité établie par la Convention relative aux droits des enfants ainsi que d’une nécessité pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable à l’horizon 2030. 

La COVID-19 nous a aussi montré que dans les contextes de crise, c’est encore plus important pour les gouvernements d’instaurer une approche de soutien aux parents et aux prestataires de soins qui soit intégrée, durable et équitable, pour garantir un cadre favorable aux jeunes enfants. En parallèle, l’engagement et l’influence du secteur privé et de la société civile sont indispensables pour que cela se concrétise. 

 

Monsieur le Chef du gouvernement,

Mesdames et Messieurs,

La Tunisie a connu des progrès importants concernant le développement des enfants. L’adoption de la Stratégie Nationale Multisectorielle pour le Développement de la Petite Enfance 2021-2025 représente un important engagement du Gouvernement pour la création d’un environnement propice à répondre aux besoins des parents et des enfants.

Cependant, 18% des enfants risquent de ne pas atteindre leur plein potentiel de développement selon l’indice du développement du jeune enfant.

Les disparités régionales et socioéconomiques sont encore très significatives : 4 enfants sur 10 parmi les enfants issus des familles les plus pauvres n’atteindront pas leur potentiel, contre 1 sur 10 pour les enfants issus des familles les plus riches.

En outre, l’accès aux programmes d’éducation de la petite enfance est limité à 17 % pour les enfants les plus pauvres, contre 71% pour les enfants plus riches.

De même, seulement 13% des enfants sont allaités exclusivement au sein jusqu’à l’âge de 6 mois ce qui fait de la Tunisie un des 20 pays avec le taux le plus bas au monde. 17% des enfants de moins de 5 ans sont obèses et 44% sont à risque d’obésité.

De plus, la violence contre les enfants demeure une pratique sociale courante : 88 % des enfants âgés de 1-14 ans ont été soumis à au moins une forme de punition psychologique ou physique par des membres du ménage ou par des personnes en charge.

Ces chiffres et surtout les disparités socioéconomiques et régionales qu’ils reflètent, nous renvoient à la nécessité d’agir maintenant pour ne pas compromettre le développement du pays.

Et pour pouvoir apporter un soutien adéquat aux parents il faut commencer par connaitre et comprendre leurs besoins.

C’est pour cela qu’aujourd’hui nous sommes réunis ici pour partager les résultats de l’étude sur les Connaissances Attitudes et Pratiques des parents liées au développement de la petite enfance et pour lancer officiellement le Programme de Parentalité Positive, qui s’inscrit sous l’axe 2 de la stratégie du Développement de la Petite Enfance (DPE).

Cette étude, ainsi que le développement du programme de parentalité positive en Tunisie ont été possibles grâce à un fort engagement de toutes les parties prenantes que je remercie, sous le leadership du Ministère de la Femme, de la Famille et des Séniors, et des Ministères partenaires ainsi que des communautés impliquées dans le processus de consultation.

Je souhaite aussi remercier M. l’Ambassadeur d’Italie et M. le représentant de l’Union Européenne ici présents avec nous aujourd’hui pour leur précieux soutien financier à ce programme de partenariat entre la Tunisie et l’UNICEF.

Toujours en termes d’investissement dans la petite enfance et dans le cadre des programmes de protection sociale, l’UNICEF, avec l’appui financier du gouvernement Allemand, soutient également en Tunisie des transferts monétaires complémentaires aux ménages pauvres et vulnérables ayant des enfants.

Les familles bénéficiaires avec des enfants de 0 à 5 ans vont recevoir 30 dinars par mois pendant 8 mois. Ce montant correspond à celui recommandé pour l’allocation universelle pour les enfants actuellement en discussion dans le cadre de la réforme du socle de protection sociale en Tunisie.

Pour clôturer, je saisis cette occasion pour renouveler les remerciements à nos partenaires nationaux qui ne ménagent aucun effort pour apporter une réponse plus efficace aux parents et aux enfants en Tunisie – et à nos partenaires internationaux pour leur appui au travail de l’UNICEF ici et partout dans le monde.

Et je souhaite tout particulièrement remercier Monsieur le Chef du gouvernement, pour avoir honoré cette conférence de sa présence.

Je vous remercie.